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Apprentissage du néerlandais : démarrage timide pour le plan à 340 millions de Zuhal Demir
16·10·26

Apprentissage du néerlandais : démarrage timide pour le plan à 340 millions de Zuhal Demir

© Belga Image

Temps de lecture : 4 minutes
Auteur⸱e
Traducteur Guilhem Lejeune

Depuis la rentrée, moins de 10 000 élèves suivent des cours de néerlandais supplémentaires. Selon les experts, le vaste plan de la ministre Zuhal Demir connaît des débuts timides, freiné notamment par des réticences. « Les écoles primaires rechignent souvent à “cataloguer” les élèves. »

Cette rentrée devait être celle où la ministre flamande de l’Enseignement, Zuhal Demir (N-VA), se montrerait intransigeante sur le néerlandais. En cause : un niveau qui ne cesse de baisser chez les élèves flamands. La ministre a donc élaboré un plan d’action d’envergure, annoncé à l’été 2025, destiné à faire de « chaque enfant un héros de la langue ». Au menu, notamment : des cours supplémentaires pour les plus petits et des classes séparées en primaire et en secondaire.

Les premiers chiffres, obtenus par De Tijd, dessinent un démarrage modeste. Cette année, moins de 10 000 élèves du primaire et du secondaire bénéficient de cet accompagnement. Dans l’enseignement fondamental, ils sont 5 503, soit environ 1,5 % du total, pour la plupart des primo-arrivants allophones.

Dans le secondaire, 4 142 élèves, c’est-à-dire 5,5 % de tous ceux qui entrent en première, ont trois heures de néerlandais en plus des horaires normaux. Ce sont surtout des élèves sans certificat d’études de base, admis dans le secondaire en raison de leur âge, qui sont concernés. Parmi ceux qui l’ont obtenu, la proportion tombe à 3,9 % à peine.

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Un coup d’accélérateur à plus de 20 millions d’euros

Pour ce coup d’accélérateur, Zuhal Demir prévoit, une fois le plan pleinement déployé, plus de 20 millions d’euros : 12 millions pour les « classes de héros de la langue » du primaire et 8 millions pour les heures supplémentaires du secondaire.

S’y ajoutent un volet consacré au développement du langage en maternelle et en primaire, ainsi que des formations destinées aux enseignants et aux référents linguistiques. Facture totale sur la législature : 340 millions d’euros.

« Moins de 10 000 élèves, ce n’est effectivement pas beaucoup », reconnaît Pandora Versteden, coordinatrice du Centre pour la langue et l’enseignement de la KU Leuven, où elle aide les écoles à se doter d’une politique linguistique.

L’explication est en partie d’ordre pratique. Les conseils de classe, chargés d’orienter les élèves vers ce soutien linguistique, ne savaient pas toujours qui pouvait en bénéficier. « Il n’y a par exemple aucun outil officiel de positionnement pour sélectionner les élèves, ce qui a plutôt incité les conseils à la prudence. »

À cela se sont ajoutées des réticences. Dans sa circulaire, la ministre insistait sur la nécessité de placer les enfants à la traîne en néerlandais dans des classes séparées, et ce, dès la deuxième année du primaire. Nombre d’experts se sont élevés contre l’idée de classes distinctes à temps plein, jugée stigmatisante pour les élèves concernés. « Les écoles primaires rechignaient souvent à “cataloguer” les élèves », souligne Pandora Versteden.

Pression supplémentaire

Beaucoup se sont par ailleurs demandé si le jeu en valait la chandelle. En primaire, surtout, les idées de Zuhal Demir se traduisent par un surcroît de travail. D’autant que les nouveaux objectifs minimaux, axés sur les connaissances, ont aussi fait leur entrée cette année dans les écoles primaires : la pression y était déjà énorme.

« Pour qu’une classe de soutien soit vraiment utile, il faut beaucoup de préparation », souligne Kris Van den Branden, professeur de linguistique à la KU Leuven. Ces classes réunissent des élèves d’âges différents, qui n’ont pas tous les mêmes lacunes. « Les premiers chiffres ne témoignent certes pas d’un départ en fanfare, mais les écoles ont profité de cette année pour se former d’abord elles-mêmes à l’enseignement de la langue. Je préfère des fondations solides à une petite classe à part montée à la va-vite. »

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Par ce plan, Zuhal Demir entendait enrayer le déclin de l’enseignement en Flandre. La lecture en est une illustration navrante : le niveau est si faible que certains jeunes ont du mal à s’insérer dans la société. Dégager l’essentiel d’un texte leur est souvent impossible. Les spécialistes parlent d’« analphabétisme fonctionnel ».

« La lecture en est une illustration navrante : le niveau est si faible que certains jeunes ont du mal à s’insérer dans la société. »

À la suite des derniers tests PISA, qui situent les élèves flamands à l’échelle internationale, une analyse de De Tijd a en outre montré que certaines écoles reculent plus fortement que d’autres. La raison pourrait en être la large autonomie dont disposent écoles et enseignants pour définir le contenu des cours.

Un diagnostic que partage Pandora Versteden. « Même si la plupart sont convaincus depuis un moment de l’importance de travailler la langue en classe, on constate que dans certaines écoles, la politique linguistique n’existait que sur le papier. On met les bouchées doubles pour former les enseignants, mais ça prend du temps. »

La ministre, pour sa part, revendique une « nouvelle approche » et récuse l’idée d’un mauvais départ. « C’est une montée en puissance progressive. Cela fera tache d’huile dans les années à venir. » Elle entend laisser du temps et de la marge aux écoles, à condition que les progrès soient réels et continus.

Les autorités flamandes ont d’ores et déjà mis en chantier une évaluation du plan. Ses résultats doivent apporter « des éclairages utiles à l’action publique et des retours d’information exploitables pour les écoles, en vue de la poursuite du déploiement, de l’accompagnement et d’éventuels ajustements ». Le premier rapport d’étape est attendu fin 2027.

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