« Madaaaaame, elle recommence ! » Au moment où de nouvelles études révèlent l’écart de connaissances important entre Flamands de souche et Flamands issus de l’immigration, la ministre de l’Enseignement Zuhal Demir (N-VA) revient à la charge avec la maîtrise du néerlandais, son cheval de bataille. Les lacunes se marquent surtout chez les Flamands nés chez nous de parents ayant immigré. Il n’en fallait pas plus pour que Zuhal Demir enfourche son dada : l’immersion linguistique obligatoire pour les enfants de maternelle qui ne maîtrisent pas suffisamment cette langue nationale. La femme politique incarne parfaitement la réussite de cette stratégie : l’immersion a permis à cette petite fille qui parlait à peine le néerlandais de devenir ministre de l’Enseignement. Un modèle d’intégration.
La politique linguistique du gouvernement flamand : un mécanisme d’exclusion?
Personne n’osera donc la dépeindre comme une fanatique de la langue flamingante : son parcours parle pour elle. C’est d’ailleurs ce qui donne encore plus de poids à son plaidoyer pour le néerlandais, même si d’autres l’ont fait avant elle. Zuhal Demir est aussi immigrée de la deuxième génération : son père est venu travailler dans les mines en Belgique, elle est née ici. Selon l’étude, toutefois, la Flandre réussit moins bien que d’autres pays à intégrer les enfants issus de l’immigration. L’exemple Demir montre que ce n’est pas mission impossible. Et c’est donc logiquement que la ministre campe sur l’immersion qui lui a été si profitable. Zuhal Demir a peut-être une obsession du néerlandais, une obsession cependant utile.
Mais c’est insuffisant. On ne rallie pas des personnes à une langue et à une culture en effaçant leurs racines. À l’école de mes enfants, le néerlandais est la seule langue utilisée, mais les enfants ayant une autre langue maternelle sont aussi encouragés à l’entretenir en lisant à la maison. L’accent mis à raison sur le néerlandais ne doit pas occulter leur identité. Parfois, la crainte de perdre notre identité nous fait oublier que cette même peur habite les communautés immigrées. Et grandir dans une famille où le langage est pauvre réduit nettement les compétences linguistiques. Comme le dit un proverbe arabe que m’a appris un ami d’origine marocaine : celui qui n’a pas, ne peut pas donner. Dans un monde idéal, l’ouverture est de mise et les interactions entre les communautés sont bien plus nombreuses qu’aujourd’hui. Pour remédier au manque de maîtrise du néerlandais des enfants, on « dégaine » vite les sanctions financières aux parents, en oubliant que l’on n’attrape pas les mouches avec du vinaigre mais plutôt avec du miel. Et si la plupart des politiques et des experts sont tellement convaincus de la nécessité de maîtriser le néerlandais, nous pourrions avoir une vision moins étriquée sur le sujet.
Une chose est sûre : jeter l’éponge ne profitera à personne. Quand les inégalités se creusent, elles menacent la productivité du travail, garante de notre État-providence. De quoi alimenter les démagogues et diviser encore davantage notre société. Oui, Demir fait figure d’exemple, mais il faudra faire plus que marteler l’importance du néerlandais à l’école.
