Daar Daar logo

(c) mil.be

17 novembre 2016

La pension à 56 ans n’est plus de notre temps

La frustration est grande dans le chef des militaires belges. À l’occasion de la fête du Roi, jour férié officiel du calendrier de l’armée, les syndicats sont parvenus à mobiliser quelque 8 000 personnes pour protester contre le relèvement de l’âge de la pension. S’il est parfaitement compréhensible que les membres de nos forces armées, à travers tous les niveaux hiérarchiques, se sentent frustrés, il est plus difficilement concevable qu’ils doivent exprimer cette frustration en se prêtant à ce genre de simagrées. Nous serions en droit d’attendre de la part de militaires de carrière un peu plus de discipline. Et un peu plus de compréhension, aussi, à l’égard de leurs camarades de la police. Nos militaires devraient peut-être se montrer plus réfléchis et reconnaître que l’âge actuel de départ à la pension à 56 ans relève d’une autre époque.

Ces dernières années, à chaque fois que l’armée a fait là une des journaux, c’était pour évoquer de nouvelles coupes budgétaires, la fermeture de bases, le licenciement de personnel et la charge de travail accrue de ceux qui restent. Depuis la montée en puissance du terrorisme, les militaires assurent la sécurité de nos gares, de nos cinémas et de nos rues commerçantes. Ce flux permanent de mauvaises nouvelles pèse indiscutablement sur les soldats qui servent nos forces armées depuis des années. Les mesures dont ils font l’objet n’ont rien de motivant. Beaucoup de militaires recherchent depuis longtemps un moyen de retrouver la fierté de leur travail, des perspectives d’avenir. Faute de mieux, bon nombre d’entre eux ont donc décidé de se focaliser sur leur pension. À 56 ans, ils pourraient enfin «partir». Et voilà que le gouvernement les prive aussi de cette possibilité ! La coupe est pleine ! L’indignation est sincère. À défaut d’être légitime.

À l’évidence, certaines missions dans l’armée sont trop pénibles pour des hommes et des femmes de 57 ans et plus. Mais reconnaissons-le : tous les militaires ne combattent pas en Afghanistan et tous ne doivent pas se plier à des manœuvres lourdes. La solution est donc de rediriger les plus anciens vers des fonctions administratives moins pénibles et donc plus appropriées à leur âge. Mais il est apparemment bien difficile de mettre cette mesure en œuvre sur le terrain. L’armée fait face à ce problème depuis des décennies et n’est manifestement jamais parvenue à le résoudre, par procrastination ou par incapacité.

Pourtant, il le faudra bien. Un âge légal de la pension à 56 ans pour tous les militaires, indépendamment de leurs attributions, est totalement exclu. Confier des missions lourdes aux plus âgés n’est pas une option. Le ministre Vandeput et le haut commandement de l’armée devront se montrer créatifs pour convaincre les plus anciens d’accepter des fonctions appropriées à leur âge, que ce soit au sein de l’armée ou, au besoin, en dehors. Et ils devront se montrer encore plus inventifs pour entretenir leur motivation jusqu’à leur 63e anniversaire.

S’ils y parviennent, nous ne devrons plus assister, espérons-le, à de telles escarmouches.

© DaarDaar ASBL 2017 - Mentions légales - Vie Privée