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11 septembre 2019

Vue de Flandre: « Le miracle wallon »

Temps de lecture: 3 minutes

Le rouge, le bleu et le vert sont les couleurs du nouveau gouvernement wallon. Mais c’est le vert d’Ecolo qui est le plus criard — plus encore que le rouge du PS. Le bleu du MR, en revanche, est à peine visible à l’œil nu. Si l’on devait résumer l’accord de gouvernement en une phrase, disons qu’au cours des cinq prochaines années, la Wallonie plantera quatre mille kilomètres de nouvelles haies, mais construira zéro kilomètre de nouvelles routes. Des initiatives qui permettront sans aucun doute à la région de se verdir et d’améliorer sa santé physique. Quant à savoir si elle sera également plus prospère et plus robuste sur le plan financier, le doute demeure. Une mauvaise nouvelle pour les Wallons, certes, mais aussi pour les Flamands.

On respire déjà mieux rien qu’à la lecture de ce catalogue de mesures vert-rouge — tant qu’on ne doit pas les payer soi-même. Réduction des émissions nocives de 55 % d’ici dix ans. Un millier d’hectares de réserves naturelles en plus. Quatre mille kilomètres de nouvelles haies. Zéro kilomètre de bitume supplémentaire, sauf pour les pistes cyclables. Le doublement du taux d’utilisation du vélo en cinq ans. Des aéroports florissants à Charleroi et à Liège, mais pas au détriment de l’environnement, de la nature et du sommeil des riverains. Des aides aux prosommateurs de panneaux solaires. Plus de bus pour tous — et la gratuité pour les jeunes et les personnes âgées. Des repas bio dans les cantines scolaires. Quatre milliards d’investissements dans l’écologie, le social et l’économie. Avec un budget dont on promet qu’il atteindra l’équilibre d’ici 2024. Le tout sans nouveaux impôts, jurent les libéraux wallons. Chapeau !

Lorsque quelque chose semble trop beau pour être vrai, c’est généralement le cas. Pour la Wallonie, dont la situation est pour le moins bancale, il s’agit en quelque sorte de la législature de la dernière chance. À partir de 2024, la région recevra moins de fonds fédéraux et nos amis wallons devront compter un peu plus sur eux-mêmes d’année en année. La Wallonie bénéficie de nombre d’atouts qui manquent à la Flandre, à bien des égards, mais sur le plan économique, elle est l’un des enfants à problèmes de l’Europe de l’Ouest. L’accord de gouvernement affirme l’ambition de passer de la queue à la tête du peloton. Une intention louable, mais comment y parvenir sans serrer toutes les vis et mettre le turbo, quitte à provoquer quelques nuisances pour les citoyens et l’environnement ?

La réponse : en mettant plus de personnes au travail. À l’instar de la Flandre, la Wallonie entend augmenter son taux d’emploi de 5 % au cours des cinq prochaines années. Et tout comme la Flandre, elle n’y parviendra pas : ces cinq dernières années, il n’a augmenté que de 2,5 % — alors que la croissance économique était au rendez-vous. On a donc là une ambition qui confine à l’aveuglement. La Wallonie affirme depuis des dizaines d’années qu’elle travaille à combler le fossé qui la sépare de la Flandre, mais la réalité des chiffres indique le contraire. De quoi susciter le scepticisme. Si d’ici cinq ans, cette coalition wallonne de socialistes, de libéraux et d’écologistes atteint tous ses objectifs, un miracle wallon aura eu lieu.

Et tant mieux, dans ce cas, y compris pour les Flamands. Car de tels résultats renforceraient l’appui à la solidarité entre tous les Belges — qui est en train de s’effriter, plus que ne veulent bien l’admettre les partis classiques depuis le 26 mai. Tout le monde a intérêt à ce que la Wallonie se revitalise. Elle doit rester verte, généreuse et ouverte d’esprit – mais doit devenir plus prospère. C’est donc avec sincérité et sans aucune ironie que je formule le vœu suivant : bonne chance, Elio.

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