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Un discours mortellement ennuyeux
1 octobre 2015

Un discours mortellement ennuyeux

Temps de lecture: 4 minutes

Captiver son auditoire ne sera jamais le fort du ministre-président flamand Geert Bourgeois.

La deuxième année du gouvernement Bourgeois n’aura donc pas non plus connu de coup d’envoi impressionnant. Dans sa Déclaration de septembre, le ministre-président s’en est en effet délibérément tenu à un exercice imposé, soucieux de n’incommoder personne. Le budget établi pour l’année à venir est pratiquement sans surprise, si ce n’est le bonus accordé aux acquéreurs d’une nouvelle voiture électrique ou à hydrogène.

Premier constat : la Déclaration de septembre – le « State of the Union » flamand prononcé au terme des vacances parlementaires – reste l’un des moments forts de l’année politique. Les bancs et la tribune de la presse du Parlement flamand sont rarement plus remplis que ce jour-là. Pour l’occasion, la coupole en verre qui coiffe l’hémicycle a été nettoyée à fond et brille de mille feux, à la grande satisfaction du président du Parlement, Jan Peumans (N-VA).

Deuxième constat : malgré les attentes, le ministre-président Geert Bourgeois (N-VA) ne parvient pas à dépasser le niveau du discours terne. Il s’exprime en des termes sobres, sans faire pratiquement de mouvements. Les mains vissées sur la tribune, il plonge régulièrement le nez dans son texte long de neuf pages, qui contient une énumération interminable de projets que son gouvernement entend mettre en œuvre.

Les propos marquants se font longuement attendre. À propos de la crise des réfugiés : « La connaissance du néerlandais est cruciale, ainsi que l’intériorisation de nos normes et valeurs. » Sur le plan climatique de la Belgique : « J’appelle les autres gouvernements de ce pays à arriver rapidement à un consensus. » Concernant l’accord de libre-échange avec les États-Unis : « Il va sans dire qu’il ne peut être question d’un nivellement des normes de travail, d’environnement ou de sécurité. »

Travail collégial

Bourgeois n’est ni Barack Obama ni Guy Verhofstadt. Toutefois, dans les débats, formels ou informels, il peut se montrer incisif et passionné. Rien de tel lors de son exposé au Parlement. Par nature, Bourgeois est plutôt un habile répliqueur : il préfère se retrouver en face d’un membre de l’opposition avec lequel il peut avoir des échanges animés. Mais il y une autre raison, encore plus importante.

Selon le cabinet Bourgeois, c’est à dessein que la Déclaration de septembre adopte ce ton pragmatique. Le plus important est que le chef de gouvernement évoque la tâche de tous les ministres de son équipe, de sorte que tout le monde puisse rentrer chez soi avec une impression positive au terme de la première journée de travail officielle. Cela soulignerait la démarche collégiale. Par souci d’honnêteté, reconnaissons que ses prédécesseurs ne s’y prenaient pas autrement. Kris Peeters et Yves Leterme (tous deux du CD&V) étaient même fiers du surnom de « notaire » dont on les avait affublés. Lorsqu’ils montaient à la tribune, de nombreux parlementaires trompaient aussi leur ennui en consultant leur smartphone.

Toutefois, le caractère volontariste de leur mode de gouvernement faisait souvent en sorte que la Flandre occupait le haut du pavé dans l’actualité politique. Bourgeois a, quant à lui, bien du mal à obtenir le même résultat. Précisément au moment où la sixième réforme de l’État permet aux entités fédérées de disposer pour la première fois de plus de moyens que le niveau fédéral, c’est clairement ce dernier qui occupe de nouveau le centre de l’échiquier politique. Une évolution qu’atteste tout particulièrement l’attention accordée par les médias et l’intérêt manifesté par le grand public. Au cours des derniers mois, ce que ceux-ci ont retenu, outre les chamailleries au sein du gouvernement Michel, ce sont les conditions d’accueil déplorables des réfugiés au parc Maximilien et le tax shift. Bref, deux dossiers fédéraux…

Le mot d’ordre : prudence

Les premiers jours du gouvernement Bourgeois laissaient pourtant présager autre chose. Au cours de l’été suivant la formation, les journaux ont commenté abondamment les projets du nouveau gouvernement flamand. Le débat a été attisé par la création d’un mouvement contestataire, « Hart boven Hard » (NDLR : le pendant de « Tout autre chose »), d’ailleurs également présent lors de cette rentrée parlementaire. Une fois le gouvernement fédéral mis sur les rails, la Flandre a dû se battre pour garder sa place dans l’actualité.

Et la situation ne devrait guère changer au cours des prochains mois, comme l’illustre bien le budget établi pour 2016. Celui-ci semble en effet répondre à un seul mot d’ordre : prudence. L’année prochaine, le déficit devrait se réduire à 172 millions d’euros, en vue d’atteindre l’équilibre l’année suivante. Au dire de Bourgeois, le déficit pour 2016 est insignifiant par rapport au budget total de 39 milliards d’euros. « Il représente zéro virgule zéro zéro quatre pour cent », souligne-t-il. À suivre ce raisonnement, les économies supplémentaires (70 millions, qui s’ajoutent aux économies en cours) et les nouveaux investissements (179 millions, non compris dans l’exécution de l’accord gouvernemental actuel) peuvent, eux aussi, être qualifiés de quantité négligeable. Le gouvernement choisit de ne pas faire de folies en cette période d’incertitude en matière d’évolution future de la croissance économique. Judicieux, disent les uns ; largement insuffisant, répliquent les autres.

Quoi qu’il en soit, Bourgeois n’a récolté que quelques rares compliments. Même l’organisation d’employeurs Voka, fervent défenseur de la coalition, estime aujourd’hui qu’il est temps de « passer la vitesse supérieure ».

Silence docile

Une seule nouvelle a suscité l’enthousiasme général : les acquéreurs d’une voiture électrique ou à hydrogène auront droit à un bonus.

Concluons par un dernier constat : à aucun moment Bourgeois n’a évoqué le communautaire. Et ce, essentiellement pour ne pas froisser les sensibilités au niveau fédéral. Nul doute que cela n’a pas été chose aisée pour lui. Un jour après le véritable coup de semonce administré à l’Espagne par la Catalogne, le fondateur de la N-VA – parti qui récolte plus d’un tiers des voix dans sa région – s’est vu contraint à un silence docile.

Article de Jeroen Van Horenbeek du Morgen

Traduit du néerlandais par Pierre Lambert

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