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Les 100 jours du gouvernement Michel
28 janvier 2015

Les 100 jours du gouvernement Michel

Temps de lecture: 3 minutes

Le gouvernement Michel a survécu à ses cent premiers jours. C’est une véritable prouesse vu le caractère inhabituel de cette coalition, les ministres inexpérimentés, les coups portés au-dessus et en dessous de la ceinture tant par l’opposition que par les syndicats, et les chamailleries des partis de la coalition entre eux. À l’automne dernier, on n’aurait pas parié sur la longévité et le succès du gouvernement Michel. Le vent est-il en train de tourner avec les premiers accords sociaux ? Si c’est le cas, on ne le saura qu’au début du printemps prochain. L’état de grâce pour le gouvernement n’aura en réalité duré que quelques jours. Encore une chance que Laurette Onkelinx ait asséné régulièrement ses 50 coups de bâton au premier ministre et à ses collègues. Cette menace constante a eu pour effet de maintenir le gouvernement en place durant cette période. Il est resté soudé face à l’adversité.

En Flandre, les partenaires de la coalition ont pu compter sur une équipe gouvernementale expérimentée : Bourgeois,Turtelboom, Crevits,… Ils ont déjà de nombreuses batailles et ont pu faire dans la tiédeur relative du Parlement flamand ce qu’un gouvernement doit faire : gouverner. Ce n’est rien de plus que ce qu’on attendait d’eux.

Naturellement, il est trop tôt pour juger le gouvernement Michel. En ce qui concerne le coeur de sa politique — le social, le financier et l’économique —, il mérite tout de même une petite reconnaissance. Son premier vrai bulletin sera remis juste avant Pâques. Reste que la communication est le grand point faible du gouvernement Michel. Et le premier ministre a une responsabilité directe dans cette situation.

‘Un premier ministre francophone reste un handicap pour la communication en Flandre’

Malgré sa bonne maitrise du néerlandais, un premier ministre francophone reste inévitablement un handicap en Flandre. Il lui est difficile de comprendre l’opinion publique dans une partie du pays où il ne vient que pour ouvrir des foires et prononcer des discours. Les premiers mois du gouvernement Michel ont été dominés par trois grandes crises : la crise énergétique, la crise sociale, et enfin la crise sécuritaire dans laquelle nous nous trouvons.

Il convient de remarquer que les black-outs supposés imminents ont disparu de l’actualité, alors que nous connaissons les premiers froids de l’hiver. Seul le bourgmestre gantois, Daniel Termont s’inquiète encore pour son port. S’il ne l’a jamais dit, il doit bien avoir un jour avoir pensé « ils le font exprès pour contrarier la gauche gantoise ».

Mais la crise de l’énergie n’était qu’un échauffement avant la grande crise sociale et les grèves tournantes qui ont suivi, plusieurs lundis de suite, avec en tête de cortège Marc Leemans, « l’épouvantail » de l’ACV. Il veut obtenir du gouvernement de droite ce qu’il n’a jamais pu obtenir d’aucun gouvernement de gauche : un impôt sur la fortune. C’est, restons gentils, assez naïf. Hier Gwendolyn Rutten, la présidente-passionaria de l’Open Vld, a déclaré que le gouvernement Michel allait encore étonner. Nous sommes curieux de voir si cet étonnement vaudra aussi sur le plan fiscal.

Pas maîtrisée

La crise sociale est temporairement évitée, mais pas encore maîtrisée. Le temps où la FEB et la Voka pensaient, avec une certaine arrogance, qu’il suffisait, syndicats ou pas, d’atteler quelques politiciens à leur charrette pour remporter la bataille est révolu. Cette idée s’est tout simplement heurtée aux limites de la réalité, qu’elle soit belge ou flamande. Les « Timmermans » et autres « Libeer » se rendent visiblement compte que la Flandre ne peut être gouvernée comme l’Angleterre de Thatcher. Et il en sera ainsi aussi longtemps que la N-VA et l’Open Vld n’ont pas la majorité absolue. Si ce gouvernement veut réformer notre pays, ce qui en soi est tout à fait légitime, dans de nombreux domaines – en particulier ceux de la fiscalité et de l’innovation – il devra le faire en entretenant de bonnes relations avec les autres grands acteurs de la société civile. Dans un climat de crise sociale permanente, on ne peut construire un futur économique viable.

Tout cela est bien sûr assombri par les plus graves menaces terroristes que la Belgique ait connues depuis des décennies. Certains veulent importer dans nos rues les conflits moyen-orientaux. Les ministres N-VA ont notre sécurité en main et doivent, conjointement avec Koen Geens, montrer ce dont ils sont capables. Des vies humaines sont en jeu. Que l’armée aide de manière ponctuelle n’est pas un problème, mais le gouvernement doit alors être cohérent. De ce point de vue, les économies imposées aux services de renseignements et aux services les plus essentiels de l’armée sont les signes d’un dangereux manque de prévoyance. Si les terroristes attaquent encore, nous devrons emprunter des munitions chez nos voisins. Comme le dit le proverbe latin « si vis pacem, para bellum » (« Qui veut la paix doit être prêt pour la guerre »).

 

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