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2 mai 2015

« Politico » peut-il faire la différence ?

Temps de lecture: 3 minutes
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Traducteur DaarDaar

Le spécialiste de l’Europe à la rédaction de la VRT, Rob Heirbaut, attendait avec impatience la première publication de Politico, un nouveau projet médiatique qui promet de mettre la pagaille dans le secteur de l’information liée à l’Europe en y intégrant des histoires passionnantes. C’est aujourd’hui que les premières d’entre elles sont parues sur leur site. Alors, une réussite ?

Hourra ! Un nouveau publiant des nouvelles concernant l’Union européenne a vu le jour ! Le lancement de politico.eu a reçu ces derniers jours pas mal d’attention. Tant à la radio qu’à la télévision, des entretiens ont eu lieu à propos de cette nouvelle initiative qui va rendre l’info européennes bien plus sexy. Et ce sont les Américains qui vont venir donner une petite leçon à la presse européenne sur la manière d’informer sur la « Brussels bubble ».

Différent ?

Depuis minuit, les premiers articles sont en ligne sur politico.eu. A première vue, l’offre de nouvelles ne diffère pas tellement des autres sites web d’info UE, tels qu’euobserver.com, euractiv.com ou eubusiness.com. Politico entame son lancement par un entretien avec le Président de la Commission, Monsieur Juncker, (« La faillite grecque n’aura pas lieu »); ce qui, en soi, n’a rien d’exceptionnel. En revanche, Juncker raconte à Politico bien plus de détails sur ses calculs au rein : il sautille parfois, pour atténuer la douleur. C’est ça l’actu sexy que le monde n’en pouvait plus d’attendre ? Pour le reste, on retrouve les mêmes nouvelles que celles lues ailleurs : le plan en 10 points contre l’immigration illégale, la lutte de la Commission européenne contre  Gazprom. Ce que nous ne savions pas encore : un sous-groupe d’un groupe de travail de la Commission va composer un panel d’experts (vous  suivez ?) qui doit élaborer un code de conduite pour les apps dans le secteur de la santé. Et puis il y a aussi Hillary Clinton, qui est contre le TTIP [ndlr: Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement], aurait lu un journaliste de Politico dans le livre de Clinton.

La raison pour laquelle les négociations entre les technocrates de la Grèce et de la Troïka ont eu lieu ces derniers jours à Paris plutôt qu’a Bruxelles ? La voici : les hôtels de Bruxelles seraient complets à cause d’un énorme congrès Seafood se déroulant dans la capitale belge. Heureusement que Politico a trouvé cette info ! Désolé, je ne veux absolument pas me montrer condescendant. Plus il y a de sites web sur l’Europe, mieux c’est !

Insiders

Les sites existants ne sont pas les seuls à devoir s’attendre à la concurrence de Politico. Le journal britannique Financial Times (FT) avait jusqu’à présent le monopole des scoops européens. Cette époque semble révolue. D’ailleurs, Politico aurait en outre essayé de recruter des journalistes du FT, ce qui n’a (provisoirement) pas marché.

Politico, les autres sites web d’actu UE et le Financial Times écrivent tous en anglais, entre-temps devenue la langue officieuse de l’Union. Il existe certainement un marché pour cela. Pensez aux centaines de lobbyistes à Bruxelles, aux diplomates, aux membres du Parlement européen et aux eurocrates, aux fonctionnaires qui suivent les dossiers communautaires, dans les 28 capitales, aux journalistes spécialisés en affaires européennes, aux étudiants et aux professeurs d’études européennes. Toucher un public plus large est un grand défi qui ne semble pas encore figurer dans les priorités du secteur.

Le fait qu’un site web comptant une quarantaine de journalistes à temps plein paie pour des informations politiques sur l’UE, en a étonné plus d’un. Je ne l’ai jamais compris. Combien de journalistes politiques n’avons-nous pas dans les rédactions flamandes qui sont actifs et nous égayent jour après jour avec des unes, des analyses, des cris et des chuchotements, des blogs et des tas d’autres petites nouvelles de la rue de la Loi ? Politico va désormais faire la même chose  pour la partie moins connue de cette rue, côté place Schuman.

Étrange

L’étonnement indique peut-être autre chose. Les médias « nationaux » se demandent encore comment couvrir les actus de l’UE. Certaines rédactions ont un correspondant traitant ces sujets, d’autres (malheureusement) pas. Généralement, le correspondant fait partie de la rédaction internationale, chose bizarre, car l’UE détermine les axes fondamentaux de la politique intérieure de chacun des États membres. En outre, les décisions sont prises chez nous, à Bruxelles et non à l’étranger.

Il est étrange de constater que les journaux n’aient pas une page ou une catégorie Europe, ou que ce site web [ndlr: deredactie.be] ne possède pas de rubrique consacrée à l’Europe (sur la VRT, il existe une édition mensuelle de l’émission télé Villa Politica diffusée depuis le Parlement européen à Strasbourg).

Il reste cependant encore des histoires intéressantes auxquelles ni Politico ni le Financial Times n’ont accordé d’attention. Il suffirait par exemple de détecter et d’analyser les dossiers européens à un stade précoce pour prévoir leur impact sur la Flandre ou sur la politique du gouvernement fédéral ou flamand. Qui sait, un site web tel que Politico  pourrait aider à découvrir  de nouvelles histoires et angles d’approche.

En V.O. : Kan « Politico » het verschil maken ? (deredactie.be)

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