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Ambiance inégalable chez Opel Anvers
28 janvier 2015

Ambiance inégalable chez Opel Anvers

Temps de lecture: 7 minutes

Ce mercredi 21 janvier, il y aura exactement cinq ans que la direction du constructeur automobile Opel a annoncé la fermeture de son usine d’Anvers. Sur les 2600 salariés d’Opel, 64 % ont aujourd’hui retrouvé du travail, alors que 21 % sont toujours demandeurs d’emploi. La Gazet van Antwerpen est allée à la rencontre de certains de ces anciens salariés.

« Il régnait une ambiance de travail fantastique »

Cinq ans après l’annonce de la fermeture : les anciens salariés racontent leur vécu après Opel Anvers. 

Ex-chef syndical Rudi Kennes

« Chaque semaine, on me téléphone encore à propos d’Opel »

Pendant la crise chez Opel, Rudi Kennes de Willebroek (55 ans) était chef délégué du syndicat socialiste ABW. Mais sa femme, Karima Esbaï (42 ans) se réjouit de la fermeture d’Opel. « J’ai de nouveau mon mari près de moi. »

Karima Esbaï a travaillé dix-sept ans à Opel Anvers. « J’étais contremaître. Dans cette fonction, je devais m’affirmer dix fois plus que mes collègues. Mes chefs m’en voulaient, du fait de ma relation avec Rudi. Ils essayaient d’atteindre Rudi en exerçant des pressions sur moi. C’est allé très loin : le jour avant mon mariage, je n’ai pas pu prendre une demi-journée de congé pour aller chez le coiffeur, alors que mes collègues masculins, eux, ont pu prendre un jour de congé pour aller au football ». Les problèmes ne venaient pas seulement de ses chefs, ses subordonnés faisaient parfois des difficultés. « Ils m’inondaient de questions. Et quand je ne trouvais pas de solution, ils menaçaient de passer au syndicat chrétien ou libéral. Cela me mettait en rage. Je répondais que c’était avec plaisir que je remplirais leurs papiers pour ce transfert. »

Karima va plus loin. « Je suis très contente qu’Opel Anvers ait fermé » dit-elle. « Surtout parce que j’ai de nouveau mon mari près de moi. Pendant la période de crise, qui a quand même duré un an, nous ne nous voyions presque pas. Et quand nous allions au restaurant, je restais seule devant mon verre, tandis que Rudi était au téléphone, occupé à parler avec les journalistes ou les gens de chez Opel.

Moins de stress au travail

Rudi l’admet sans ambages. « Pendant la crise d’Opel, nous sommes allés une semaine en vacances au ski, mais je n’arrêtais pas de téléphoner à des gens d’Opel. Parmi les photos prises pendant toutes ces vacances, il y en a tout juste trois où je n’apparais pas avec un téléphone », explique Rudi. « Et pendant cette période, j’ai aussi fait le tour du monde en avion, car j’étais vice-président du conseil d’entreprise d’Opel. »

Comment vont Karima et Rudi aujourd’hui ? « En ce qui me concerne, je vais très bien », nous répond Karima. « J’ai de nouveau mon mari près de moi. Et j’ai retrouvé un emploi chez Atlas Copco immédiatement après mon licenciement. Je gagne environ 30 % de moins, parce que je ne travaille plus en équipes et parce que je ne suis plus contremaître. Mais il y a bien moins de stress que chez Opel. Et cela aussi, ça compte. »

Rudi Kennes est aujourd’hui membre de l’équipe syndicale de Rudy De Leeuw, le président de l’ABW. « Le matin, je fais une revue de presse. Je m’occupe également de la formation des membres  de l’AWB et je reste en contact avec le secteur automobile. Mais, en ce qui concerne Opel, je n’ai pas tourné la page, loin s’en faut. Deux fois par semaine, je reçois des appels téléphoniques d’anciens salariés de chez Opel qui me posent toutes sortes de questions, par exemple, sur leur fiche de paie qui n’est pas correcte ou sur le montant de leur pension.

Aujourd’hui 20 % des anciens salariés d’Opel sont toujours demandeurs d’emploi. Un chiffre élevé ? « C’est un pourcentage normal », dit Rudi « Un certain nombre d’entre eux sont prépensionnés. Et parfois la différence de rémunération entre le travail et le chômage est trop petite ». (cwil)

Légende photo : Rudi Kennes et  sa femme Karima Esbaï. Il a lutté pour Opel, elle est contente que la fabrique soit fermée.

 

KARIMA ESBAÏ

Ex-salariée d’Opel et femme de Rudi Kennes

« Je suis vraiment très contente qu’Opel soit fermée. Surtout parce que j’ai de nouveau mon mari près de moi.»

 

Un couple Opel

« La plus grande différence ? Le ménage à la maison est moins bien fait ».

Bianca Roggeman (41 ans) et son mari Philip Verdonck (47) sont originaires de Sint-Job-in-‘t Goor. Il y a cinq ans, ils travaillaient ensemble chez Opel. « Depuis que nous avons changé de travail, nous n’arrivons plus à faire notre ménage à la maison ».

Bianca et Philippe étaient un des nombreux couples qui travaillaient chez Opel. Ils ont appris à se connaître sur leur lieu de travail. « Philip devait faire une réparation dans mon département » raconte Bianca. Juste à ce moment, un collègue m’a demandé avec quel type d’homme j’aimerais boire une bière. J’ai répondu « celui-là » en indiquant Philip. Cela a abouti à un rendez-vous. Vingt ans plus tard, nous sommes toujours ensemble. »

Bianca et Philip ont travaillé ensemble pendant des années chez Opel. Aujourd’hui, ils travaillent dans deux entreprises différentes. Cela a-t-il constitué un grand changement ? « Pas vraiment, car Philip travaillait chez Opel le vendredi, samedi et dimanche. Je travaillais les autres jours. La plus grande différence c’est que, maintenant, le ménage est moins bien fait à la maison. Auparavant, Philip faisait beaucoup, car, chez Opel, il travaillait trois longues journées et était quatre jours à la maison. Maintenant, il n’est plus que deux jours par semaine à la maison. Par conséquent, il reste moins de temps pour faire le ménage.

Philip est resté dix mois sans travail après son licenciement par Opel. « Je voulais d’abord terminer la rénovation de notre maison. Ensuite, je me suis vu proposer un job de technicien d’entretien chez Fabricom via une foire pour l’emploi. J’entretiens les machines des clients de Fabricom. »

Plutôt des femmes que des hommes.

Bianca a directement postulé après la fermeture d’Opel Anvers. Mais, elle s’est heurtée à beaucoup d’incompréhension. « Les gens chez qui je sollicitais pensaient que j’avais gagné au Loto chez Opel » raconte Bianca. « Les travailleurs d’Opel étaient, soi-disant, surpayés et auraient reçu des primes de départ beaucoup trop élevées. Il y avait parfois un manque de respect. Durant un entretien d’embauche, un employeur potentiel m’a un jour dit : ‘Chez Opel, ils travaillaient peut-être de manière plus structurée. Mais nous au moins, nous existons encore.’ Je suis partie directement après avoir entendu cette remarque ».

Après la fermeture d’Opel Anvers, Bianca est restée sans emploi pendant six mois. « Ensuite, j’ai trouvé du travail chez ETAP, une entreprise qui fabrique des armatures lumineuses. J’avais un CDI, mais je suis partie de moi-même au bout d’un an et demi. Dans cette entreprise, je travaillais parmi des femmes alors que j’étais justement habituée à travailler dans un environnement masculin. Je suis une grande gueule et les hommes supportent cela plus facilement. Quand j’ai entendu via des anciens collègues d’Opel que l’entreprise Amoras cherchait un opérateur, j’ai postulé. J’y travaille aujourd’hui depuis un an et demi et j’en suis très contente.

Le nouveau travail de Bianca a encore un autre avantage. « Je n’aurai pas pu continuer mon travail chez Opel jusqu’à 67 ans, à l’inverse de mon job chez Amoras. Par contre, l’ambiance de travail n’est pas comparable. »

 

André Hasaers

« Nous avons perdu notre groupe d’amis ».

André Hasaers (55 ans) a travaillé 32 ans pour Opel Anvers. Il y grimpa les échelons jusqu’à devenir conducteur de chariots élévateurs. Il s’y était constitué une chaleureuse bande d’amis et était convaincu qu’il continuerait à y travailler jusqu’à sa pension. Mais les choses en ont décidé autrement. « J’ai perdu ce groupe d’amis », raconte André. Et les cinq dernières années, j’ai surtout fait de l’intérim. Mais je refuse de rester à la maison, ce n’est pas pour moi. Actuellement, je travaille à l’usine de recyclage Sita et il y a une chance que j’obtienne un contrat à durée indéterminée ».

André Hasaers est un homme heureux. « Cela n’a pas de sens de pleurer sur son sort, on ne peut pas tout contrôler. Mais je me sens encore très lié à Opel. Quand la direction a annoncé que l’usine allait fermer, j’ai tout de suite dit que je voulais travailler jusqu’au dernier jour possible. Si la fermeture était une surprise ? Ah non, je voyais le déclin d’Opel depuis des années. D’abord, on a supprimé notre buvette. Ensuite on ne recevait plus 25 euros par an pour faire des activités de groupe. Et puis il y a eu de plus en plus d’engagements d’intérimaires et Opel a commencé à travailler avec des sous-traitants. Je savais donc que cela n’allait pas bien, mais je ne voulais pas admettre que l’usine allait fermer.

« Quand le verdict est tombé, j’en ai été malade pendant des mois. Je suis même allé voir un psychiatre. C’était très difficile d’accepter que je ne travaillerais plus pour Opel. Mais après six mois, j’ai trouvé un job d’intérimaire comme conducteurs de chariots élévateurs chez les Cafés Beyers. Un mois plus tard, j’ai changé pour les pompes funèbres Marschang. Je faisais déjà ce boulot en complément depuis quinze ans et soudainement, j’ai pu obtenir un contrat à durée indéterminée ».

Enterrer les ex-collègues.

Qu’a pensé André de ce nouveau job ? « Ah, j’ai dû y enterrer quelques ex-collègues de chez Opel. Ces gens ne pouvaient pas supporter de vivre sans Opel. Ils avaient perdu leur boulot et avaient aussi d’autres problèmes. Ces enterrements m’ont permis de relativiser les choses. Pendant deux ans, j’ai habillé des corps, je les ai placés dans un cercueil et roulé jusqu’au crématorium. J’ai arrêté au bout de deux années. Lors de mon départ, j’ai d’abord reçu un  préavis plutôt malhonnête. À ce moment, il m’a quand même manqué la présence d’un syndicat : dans une grande entreprise comme Opel, ce genre de choses était complètement géré pour moi ; dans une petite PME, tu dois chercher toi-même quels sont tes droits. »

Est-ce qu’André voit encore ses anciens compagnons ? « Seulement si je les croise à l’une ou l’autre occasion. C’est toujours agréable. Mais nous n’organisons pas vraiment de rencontres. Nos heures de travail sont trop différentes. J’ai donc perdu beaucoup d’amis.

Après son job aux pompes funèbres, André a encore fait quelques autres boulots, comme le chargement de containers. Opel ne s’était-il pas préoccupé d’une bonne pré-pension ? « Si quand même » dit André. J’ai même fait payer cette pré-pension de manière mensuelle, comme cela j’ai une certaine sécurité financière. Mais malgré cela, la différence entre travailler et ne pas travailler est d’environ 300 euros nets par mois. Quand je travaille, je ne dois pas toucher à mon épargne. C’est pourquoi je continue à travailler. Jusqu’à mes 65 ans si cela dépend de moi. »

CDI en vue

Il est probable qu’André arrive effectivement à travailler jusque-là. « Je travaille déjà depuis 4 mois comme conducteur de chariots élévateurs à l’usine de recyclage Sita à Beerse. Il y arrive toutes sortes de déchets. Je m’occupe de les mettre dans la bonne file. Mon patron me dit qu’un contrat à durée indéterminée est envisageable. ‘Sais-tu quel âge j’ai’ lui ai-je demandé. ‘Oui, mais je vois tout ce que tu fais ici’, a-t-il répondu. Cela m’encourage. Parce que dans les boulots d’intérimaire, je me sens comme un produit jetable. »

« Si je pense encore à Opel ? Je roule encore toujours avec une Opel. Et tous mes rêves se passent encore au sein de l’usine. Cette entreprise est dans mon cœur. »

 

 

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