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Le parti Vooruit remercie Rousseau et Molenbeek pour l’attention offerte
28·04·22

Le parti Vooruit remercie Rousseau et Molenbeek pour l’attention offerte

Temps de lecture : 3 minutes Crédit photo :

(c) Belga image

Auteur
Dominique Jonkers
Traducteur Dominique Jonkers

Malgré sa déclaration « simpliste » sur Molenbeek, Conner Rousseau, président des socialistes flamands, n’a pas le moins du monde franchi une ligne rouge aux yeux de son parti. Au contraire, la polémique est l’occasion de préciser les positions du Vooruit. 

Conner Rousseau reprend à son compte, sans rougir, une partie du discours de la N-VA et du Vlaams Belang. Et ce n’est pas surprenant.

« Est-ce que sa formulation a été un peu carrée, voire simpliste ? Oui. Mais il a mis le doigt sur la plaie. Et les gens se retrouvent dans ce qu’il a dit. S’il s’était exprimé autrement, vous ne seriez pas tous là à m’appeler. » C’est ainsi que Bruno Tobback, ancien président du SP.A, résume le sentiment de son parti après la tempête médiatique qui touche le président actuel, Conner Rousseau.

Dans une interview publiée mardi par l’hebdomadaire Humo, celui-ci avait fait remarqué, presque négligemment, que « quand je traverse Molenbeek, je ne me sens pas en Belgique ». Il réagissait ainsi à un commentaire du journaliste, sur le rôle majeur de la migration dans l’élection présidentielle en France, et sur le fait que trois quarts des Français disent vouloir avoir le sentiment de vivre dans leur propre pays.

Dans l’interview, Conner Rousseau ne s’est pas étendu sur le cas de Molenbeek, passant immédiatement à l’importance de l’intégration, de l’apprentissage des langues nationales et de l’accueil obligatoire des enfants dès l’âge de six mois. C’est pourtant sa (courte) première phrase qui a été retenue, déclenchant de vives réactions.

Tant pis pour Molenbeek

Conner Rousseau a notamment subi un feu roulant de critiques de la part de son parti frère francophone, le PS. Catherine Moureaux, bourgmestre PS de Molenbeek, a réagi « avec colère et dégout », l’accusant de se mettre « de manière caricaturale dans la roue de la droite extrême ». Quant au président du PS, Paul Magnette, il a jugé son discours « inacceptable », s’offusquant de ses « platitudes flamandes ». À Bruxelles, les jeunes socialistes y ont vu des appels du pied inappropriés.

Les instances dirigeantes de Vooruit, elles, semblent très peu s’inquiéter des déclarations de leur président. Dès mardi matin, l’interview en question a fait l’objet d’un débat interne en réunion de groupe parlementaire, recevant le soutien de tous les pontes du parti, jusqu’au vice-premier ministre Frank Vandenbroucke.

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Au terme d’une série d’appels téléphoniques, les réactions paraissent pratiquement unanimes : Conner Rousseau a peut-être exprimé les choses de manière un peu carrée, mais il a mis l’accent sur des thématiques socialistes majeures, difficiles à communiquer autrement. « Ce qu’il dit sur l’acquisition de la langue, par exemple, n’a rien de neuf », d’après Bruno Tobback. « L’idée remonte au congrès SP.A de Leuven en 2013 ; nous la défendons depuis longtemps, et il l’a simplement formulée de manière un peu carrée. »

Et tant pis si la commune bruxelloise de Molenbeek-Saint-Jean est le dindon de la farce. Au contraire : ce n’est pas une mauvaise chose pour Conner Rousseau : voilà un bon moment qu’il avait l’intention de rencontrer des jeunes à Molenbeek. Avec l’agitation qu’il a suscitée, nul doute qu’il bénéficiera d’un surcroît d’attention médiatique.

Mardi, Conner Rousseau a répondu en toute décontraction aux demandes d’explication relatives à sa petite formule. « Je voulais dire par là que je plaide pour une bonne mixité sociale », a-t-il réagi sur HLN Live. « Quand je traverse un endroit de Bruxelles où la langue véhiculaire n’est ni le néerlandais ni le français, je trouve cela problématique. » Il ne voit aucune raison de présenter des excuses. « Je suis un président qui appelle un chat un chat. »

Une démarche peu surprenante

Conner Rousseau prend à son compte, sans rougir, une partie du discours de la N-VA et du Vlaams Belang. Et ce n’est pas surprenant. Fin décembre, déjà, lors d’une interview accordée à Knack, il expliquait son intention « de regagner graduellement la confiance des électeurs du Vlaams Belang ».

Au sein des instances dirigeantes de Vooruit, on ne voit pas où il y aurait un problème, et on ajoute même : « nous ne sommes pas des adeptes du wokisme » Détail intéressant : Conner Rousseau a reçu immédiatement le soutien du président de la N-VA, Bard De Wever, qui partage son analyse. « On ne saurait ignorer la ségrégation de fait que l’on observe dans certains endroits tels que Molenbeek. », a-t-il tweeté, alimentant la rumeur selon laquelle les deux partis envisageraient d’unir leurs forces après l’élection de 2024.

Est-ce une bonne chose que Vooruit s’exprime d’une manière qui plait à la droite, voire d’une manière très comparable ? « La formulation est peut-être comparable, mais notre position se fonde sur un esprit de solidarité. C’est cela qui nous distingue des autres », ajoute Bruno Tobback. « De nos jours, il faut parfois oser dire les choses de manière un peu carrée. Nous verrons bien comment l’électeur réagira. »

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