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5 avril 2019

Le duel De Wever-Nollet, un spectacle qui en dit long sur la Belgique

Temps de lecture: 3 minutes
Auteur
Traducteur Jean-Paul Bombaerts

Alors que la campagne électorale commence à peine, on observe déjà à quel point la situation sera compliquée après le 26 mai. Le spectacle donné mercredi soir à Tour & Taxis par deux poids lourds de la politique belge, croisant le fer sans vraiment se connaître, en dit long sur la Belgique. Bart De Wever, président de la N-VA depuis 2004, et Jean-Marc Nollet, ministre dès l’âge de 29 ans, ne s’étaient jamais affrontés dans un débat direct. Aucun ne possédait le numéro de GSM de l’autre. Quelque part, ce n’est pas étonnant. Les résidents flamands ne peuvent voter pour Nollet. Les Wallons ne peuvent voter pour De Wever. En ce sens, le « duel » d’hier soir était un débat électoral comme seule la Belgique peut en proposer.

Mais le véritable mérite du débat Tijd/Echo se situe ailleurs : il a montré à quel point, dès l’entame de la campagne électorale, la situation risque d’être compliquée après le 26 mai. Si on part du principe que l’extrême gauche et l’extrême droite se situent en dehors de l’arithmétique politique pour la formation d’un gouvernement, De Wever et Nollet illustrent l’écart maximal qui devra être enjambé après les élections pour former un gouvernement.

Non seulement on a pu mesurer l’importance de cet écart, mais également à quel point cet écart se résume à des choix économiques. De Wever a répété qu’il accepte les objectifs climatiques, tout comme Nollet. Mais il compte les atteindre sans nouveaux impôts.

Tous deux souhaitent que l’écart entre travail et chômage soit plus important pour les bas salaires. De Wever entend réaliser cet objectif en supprimant l’allocation de chômage après deux ans, alors que Nollet est partisan d’un relèvement du coût salarial.

Les divergences de vues concernant la migration sont davantage d’ordre éthique, même si là aussi l’économie n’est jamais loin. Tous deux veulent que davantage de nouveaux arrivants puissent s’insérer plus rapidement sur le marché du travail. La N-VA souhaite opérer un tri parmi ceux qui rentrent, tandis qu’Ecolo considère qu’il est un devoir éthique d’aider ceux qui sont en détresse, peu importe leur nombre.

Cela fera des élections du 26 mai un nouveau moment de basculement. C’était déjà le cas il y a cinq ans. La Belgique se trouvait à la croisée des chemins entre une politique de centre droit ou de centre gauche. Pour le premier scénario, il manquait l’appui de la Belgique francophone. Pour le second, il manquait le soutien de la Flandre. Ce manque de consensus n’a fait qu’augmenter au cours des cinq dernières années.

C’est ce qui est également ressorti du « duel ». Les sondages suggèrent que la famille écologiste et la N-VA seront après le 26 mai les deux plus grands groupes à la Chambre. Seront-ils capables de travailler ensemble dans un même gouvernement ? « Pas même quand les poules auront des dents », a lancé De Wever. Nollet a également admis qu’il s’agissait de deux visions du monde totalement antagonistes. Il faudra pourtant bien un accord à l’échelle de la Belgique, car pour l’heure il n’y a pas de consensus pour une mise en œuvre rapide du confédéralisme.

Ce qui nous ramène à la question de départ: tout le monde reconnaît qu’il faudra faire des efforts pour financer la facture du vieillissement, la lutte contre le réchauffement climatique et un meilleur contrôle des flux migratoires. Mais y arrive-t-on par davantage d’impôts ? Ou, au contraire, par des économies ?

Le coup d’envoi de la campagne électorale suggère qu’il faudra à nouveau des centaines de jours pour opérer ce choix, à moins qu’on ait à nouveau un gouvernement sans majorité dans l’une des deux parties du pays. La voie centrale de la politique belge risque d’être fort étroite pour y faire tenir un gouvernement.

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