Conner Rousseau (Vooruit) a-t-il eu le temps de profiter des talents de son conseiller en image ? Lorsque Jordy Van Overmeire s’est présenté triomphant sur les réseaux sociaux comme le « brand manager de Conner Rousseau », censé redorer son blason, il a surtout récolté les sarcasmes. Comment ne pas y voir l’ultime confirmation du culte de la personnalité qui entoure le président des socialistes flamands (Vooruit) ? Mais voilà que l’on apprend que ce faiseur de réputation figure sur le payroll du Parlement fédéral. Et l’affaire devient tout de suite moins amusante. On ne parle plus d’un homme politique en mal d’image mais d’un Parlement qui jouerait les services du personnel pour la communication des partis.
Rousseau a de la chance : il est parlementaire en Belgique. Dans d’autres pays, cet épisode aurait pu lui coûter sa carrière politique. En France, Marine Le Pen, figure de l’extrême droite (Rassemblement National — RN) et ancienne députée européenne, a été condamnée pour avoir rétribué du personnel travaillant pour son parti en France avec des fonds européens. Résultat : une inéligibilité provisoire qui pourrait lui barrer la route de la prochaine présidentielle. En Europe, comptabilité créative rime avec inéligibilité ; à la rue de la Loi, servirait-elle à restaurer l’aura ?
Quant aux autres partis, ils sont aux indignés absents. Pourquoi ce silence radio ? Car ils ont quasiment tous la main dans le même pot de confiture. Selon le politologue Bart Maddens (KU Leuven), le Vlaams Belang a ouvert la voie en centralisant les collaborateurs parlementaires dans un « pool ». Et le reste de la rue de la Loi s’est discrètement inspiré de l’astuce. D’où la question qui circule désormais : qui a bien pu faire fuiter ce dossier du personnel ? Le conseiller en image de Conner Rousseau est donc moins une exception qu’un symbole.
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À mesure que l’électorat rétrécit et que les caisses de parti se vident, ceux-ci utilisent les collaborateurs parlementaires pour maintenir leur appareil à flot. L’ancienne présidente du Sénat, la libérale flamande Stephanie D’Hose (Anders), l’a même reconnu sans détour : dans les faits, les soixante collaborateurs des sénateurs travaillent surtout pour les partis. On comprend mieux pourquoi des formations comme le MR et le PS ne sont pas pressées de supprimer le Sénat. Tant qu’elles abritent encore du personnel utile, les institutions sont toujours ardemment défendues.
« L’ancienne présidente du Sénat, la libérale flamande Stephanie D’Hose (Anders), l’a même reconnu sans détour : dans les faits, les soixante collaborateurs des sénateurs travaillent surtout pour les partis. »
Pourtant, nombre de parlementaires prouvent chaque jour que le Parlement peut être bien plus qu’un simple service logistique au profit des partis. Des hommes et des femmes épluchent les dossiers, contrôlent les ministres et s’efforcent d’améliorer les politiques publiques. Ces élus sont conscients que leur mandat est temporaire et qu’ils sont au service des citoyens. Mais si la nouvelle norme consiste à mobiliser les moyens parlementaires pour la communication partisane, le problème d’image dépasse largement Conner Rousseau : c’est la politique tout entière qui en sort ternie.
Qui est Conner Rousseau, le président de Vooruit qui casse les codes des partis traditionnels ?
