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12 octobre 2018

Quel est le bilan de la N-VA à Anvers ? La réponse en 10 statistiques

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En 2012, Bart De Wever a mis un terme à 88 ans de pouvoir socialiste à Anvers. À l’issue des élections, le leader de la N-VA a réussi à former une coalition N-VA, CD&V et Open VLD. Tout comme en Flandre et du côté flamand au fédéral deux ans plus tard. À deux jours des élections, quel bilan peut-on tirer de la politique de Bart De Wever dans la métropole anversoise ? DaarDaar dresse le bilan du bourgmestre à l’aide de dix statistiques.

1. Le chômage est toujours élevé

Avec un taux de chômage à 15 %, Anvers compte proportionnellement deux fois plus de chômeurs qu’en Flandre. Plus d’un jeune (moins de 25 ans) sur quatre est sans emploi. La deuxième ville flamande, Gand, a quant à elle un taux de chômage de 11,7 %.

Le collège s’était toutefois engagé à réduire le taux de chômage et plus particulièrement chez les jeunes, comme il est inscrit au point 199 : « Le but à atteindre est que tous les jeunes de moins de 25 ans trouvent une formation, un métier ou un lieu de travail/d’apprentissage. »

2. Le prix des appartements augmente

Le point 9 de l’accord de gouvernance mentionne : « La population à Anvers est à la hausse. Cela nécessite une offre suffisante de différents types de logements familiaux et d’appartements de qualité et à un prix abordable. »

Or, le prix moyen des appartements et studios a augmenté de 29 % entre 2010 et 2017 à Anvers, contre 19 % en Belgique. Un appartement à Anvers reste néanmoins encore meilleur marché que dans le reste de la Flandre ou dans la Région de Bruxelles-Capitale.

Au niveau de la politique urbanistique, le collège a aboli la structure autonome qui faisait office de tampon entre la politique et les promoteurs immobiliers. Conséquence : le secteur immobilier et le monde politique se sont rapprochés. Et la vidéo diffusée en novembre 2017 par le site d’information Apache laisse planer des soupçons de conflit d’intérêts. Cette vidéo montrait une grande partie du collège, dont Bart De Wever, arrivant à une fête d’anniversaire privée d’un lobbyiste du promoteur Land Invest Group dans le restaurant de luxe ‘t Fornuis. Le même promoteur qui a remporté de grands projets immobiliers à Anvers.

3. Le nombre de logements sociaux est stable

En matière de logements sociaux, Anvers se situe au-dessus de la norme flamande des 9 %, avec 9,6 %. Le collège a décidé de ne plus construire de nouveaux logements, mais s’est focalisé sur la rénovation du parc immobilier.

Le nombre de logements sociaux est donc resté stable alors que le nombre de candidats locataires a doublé. Le temps d’attente varie entre 4 et 8 ans. La ville répond qu’elle investit dans la rénovation du parc de logements.

Comme dans le secteur immobilier, le collège anversois souhaite davantage collaborer avec le monde privé : le CPAS fait par exemple appel à une entreprise néerlandaise privée pour lutter contre la fraude aux allocations sociales. Elle contrôle si les bénéficiaires d’un logement social n’ont pas un autre logement dans leur pays d’origine. La ville respecte ainsi son engagement mentionné dans le point 62 : « Les critères d’admission dans un logement social sont appliqués, contrôlés et suivis de manière stricte. » Une dizaine d’autres projets sociaux ont fait l’objet d’appels d’offres ouverts aux sociétés à but lucratif.

4. Le nombre de stations Velo a fortement augmenté

Sur la carte ci-dessous, on peut voir les nouvelles stations Velo, le système de vélos partagés de la ville. Mises en place en 2014, ces nouvelles stations sont surtout présentes dans les districts au dehors du centre de la ville. En passant de 117 stations à 292, le collège a ainsi rempli sa promesse.

D’autres systèmes de transport partagé se sont par ailleurs développés, la zone de basses émissions introduite en 2017 devrait améliorer la qualité de l’air. Bart De Wever peut aussi se réjouir d’avoir trouvé une solution pour boucler le périphérique d’Anvers. Après plus de 20 ans d’impasse, les travaux pour la « liaison Oosterweel » ont débuté.

Anvers conserve néanmoins son titre de « capitale des embouteillages de Belgique ». Il y a toujours de nombreux parkings dans le centre historique et les trams circulent à une moyenne de 12km/h. Le nombre de cyclistes a par ailleurs augmenté de 40 % l’année dernière, une des explications pourrait être que ville est parsemée de travaux, la circulation sur les grands boulevards est également interrompue de juin 2017 et à 2019. Rien ne dit qu’après les travaux, les Anversois ne reprendront pas le volant.

5. Les accidents concernent surtout piétons et cyclistes

Comme promis, le collège a mis en place une zone 30 dans presque tout le centre. Le nombre d’accidents n’a pas diminué pendant cette législature. Le graphique ci-dessous montre que ce sont les usagers faibles qui sont le plus victimes d’accidents.

En octobre 2017, trois cyclistes ont par exemple perdu la vie en deux semaines. Un mois plus tard, la police anversoise lançait une campagne pour s’attaquer aux comportements « fautifs, asociaux et dangereux » des cyclistes, le timing a fait froncer les sourcils de bon nombre d’Anversois.

Une comparaison avec les autres villes flamandes permet cependant de relativiser les statistiques sur les accidents. Le nombre de blessés graves atteint 3 pour 10.000 habitants à Anvers, contre 4,9 pour Gand.

6. La dette historique n’est plus

Le collège anversois a pu achever le travail débuté par Patrick Janssens sous la précédente législature. Partie de 3635 euros en 2003, la dette par habitant est arrivée à 1876 euros à la fin du mandat de Patrick Janssens. Sous Bart De Wever, elle devrait arriver aux environs des 750 euros. La dette anversoise se retrouve ainsi en dessous des 990 euros en Flandre.

Dans les affaires publiques, on assiste à une continuité des mesures prises sous Patrick Janssens. Dans son accord de gouvernance, le collège s’est engagé à réduire fortement le nombre de fonctionnaires. C’est chose faite : de 4749, leur nombre a chuté à 2626. On n’engage plus de statutaires, mais des contractuels. Résultat : avec 13 fonctionnaires pour 1000 habitants, Anvers fonctionne avec beaucoup moins de personnel que d’autres grandes villes comme Gand (20) ou Bruxelles (39).

7. « War on Drug » : une partie du chemin est parcouru

Anvers est la ville qui dépense le plus d’argent en sécurité par habitant. Elle devance de loin les villes flamandes de Knokke-Heist et de Courtrai. La police anversoise est la première du pays à recruter elle-même ses agents. Elle va avoir un nouveau bureau pour la coquette somme de 300 millions d’euros. Elle a aussi investi dans de nouvelles armes, des voitures blindées et une nouvelle force spéciale active 24h/24.

Le collège a aussi promis de « s’attaquer durement au trafic (international) de drogues. Bart De Wever a fait de la « War on Drugs » un cheval de bataille. Après deux ans au pouvoir, il se réjouissait d’avoir arrêté 2.000 dealers. Mais ces dernières années, le nombre de règlements de compte dans le milieu de la drogue n’a cessé d’augmenter. Dans la presse, on rapporte des faits de règlements de compte, comme des fusillades, on a aussi retrouvé des lettres de menace contre des informateurs.

Dans le port d’Anvers, la quantité de tonnes de poudre blanche saisie continue d’augmenter d’année en année, avec une saisie record de 42 tonnes l’année dernière. En 2017, les arrestations enregistrées par la police concernaient pour 70 % la possession de drogues contre 25 % pour le trafic de drogues. La délinquance en rue a disparu, mais les transactions continuent de se faire hors du radar.

8. La pauvreté chez les jeunes a augmenté

Dans le point 374 de l’accord de gouvernance, on peut lire : « L’un des points d’attention les plus urgents de la ville est la mise en place d’un plan inclusif de lutte contre la pauvreté. La ville, les districts, le CPAS et les organisations concernées y travaillent. La lutte contre la pauvreté chez les enfants est prioritaire. »

Pourtant, la pauvreté chez les enfants n’a cessé d’augmenter lors du mandat de Bart De Wever : 29,6 % des enfants de moins de 3 ans vivent encore dans la précarité. Soit, plus du double de la moyenne flamande.

9. L’accès au soutien financier est restreint

Même si le nombre d’allocataires sociaux a augmenté sous cette législature, il y a de moins en moins de personnes qui ont reçu des soutiens financiers complémentaires du CPAS. Les critères pour obtenir ce type de soutien se sont durcis. Par exemple, si quelqu’un habite chez un ami, car il n’a nulle part d’autre où aller et que cette personne demande de l’aide au CPAS, ce dernier va demander la fiche de salaire de l’ami en question. Résultat : De 2012 à 2017, leur nombre a chuté de 33.000 à 18. 230. Le nombre de cartes médicales octroyées, pour pouvoir payer des soins, a par exemple chuté de 4.701 à 1.144 entre 2012 et 2017.

Dans le même temps, l’échevin aux Affaires sociales, Fons Duchateau (N-VA), a aussi investi dans de nouveaux projets sociaux comme le Zorgshostel, une habitation résidentielle pour une vingtaine de SDF toxicomanes, pour un budget de plus de 900.000 euros par an. Pour espérer y entrer, il faut être sans-abri, avoir des problèmes de drogues et avoir perturbé l’ordre public.

10. La N-VA ne veut pas « importer la pauvreté »

Au niveau social, la N-VA ne veut pas créer un effet « d’appel d’air », elle est convaincue que « l’importation de la pauvreté » joue un rôle crucial dans les mauvais résultats en matière de politique sociale. Le collège avait d’ailleurs essayé de mettre en place une taxe d’enregistrement pour les étrangers : chaque nouvel arrivant devrait payer 250 euros pour s’inscrire à la commune. Un mois après l’annonce, la gouverneure de la province a suspendu cette décision.

« Sans la crise des réfugiés, le nombre d’inscrits au CPAS à Anvers en 2016 aurait diminué », avait déclaré Fons Duchateau à la TV. Or les statistiques du SPP Intégration sociale montrent qu’il y a eu effectivement une hausse entre 2013 et 2017, la part de non-réfugiés bénéficiant du CPAS a augmenté de 38 %.

Conclusion

Au-delà des statistiques, le discours a bien changé par rapport à l’ancienne législature. Patrick Janssens (sp.a) essayait de rassembler tandis que Bart De Wever et son équipe divisent. Cumulant la casquette de président de parti et celle de bourgmestre, Bart De Wever se positionne sur les points liés à l’identité, l’immigration et l’intégration pour plaire à son électorat dont une part importante vient du Vlaams Belang.

En mars 2015, Bart De Wever avait par exemple qualifié la communauté berbère de « très fermée » et « très sensible aux thèses salafistes, à la radicalisation ». Trois ans plus tard, il rempilait : « Je n’ai jamais vu un juif orthodoxe vouloir travailler à un guichet. Ils évitent les conflits. Les musulmans revendiquent eux une place pour leurs signes religieux dans l’espace public, dans l’enseignement. Cela crée des tensions. »

Bart De Wever a mis un point d’honneur à montrer que sa politique était différente de celle de ses prédécesseurs. Et les symboles comptent : le slogan d’Anvers n’est plus « La ville est à tout le monde », mais « Atypique Anvers ».


Enquête réalisée avec le soutien du Fonds pour le journalisme en Fédération Wallonie-Bruxelles.

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