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La Flandre se sert-elle de pistes cyclables pour isoler Bruxelles ?

(cc) un-perfekt via Pixabay

13·04·21

La Flandre se sert-elle de pistes cyclables pour isoler Bruxelles ?

Temps de lecture : 3 minutes
Peter De Lobel
Auteur⸱e
Genevieve Bernard
Traducteur⸱trice Genevieve Bernard

Les Quatre Bras de Tervueren sont, matin et soir, le théâtre régulier d’embouteillages. La concentration de croisements à forte densité de circulation génère inévitablement des files. Un projet pilote flamand visant à remplacer deux bandes de circulation automobile par des pistes cyclables suscite une vive inquiétude dans des communes comme Woluwe-Saint-Pierre, Kraainem et Auderghem.

Concrètement, il est question de transformer en piste cyclable une des deux voies de l’avenue de Tervueren, qui serpente des Quatre Bras au centre-ville. Une voie de la chaussée de Tervueren, menant du centre-ville aux Quatre Bras, serait également réservée aux deux roues. Il s’agit d’un projet pilote, dont la mise en œuvre est prévue entre août et octobre. Bien que la Flandre soit responsable de la gestion de la quasi-totalité du Ring, Elke Van den Brandt (Groen), ministre bruxelloise de la Mobilité, défend également le projet. Après les réactions véhémentes de ces derniers jours toutefois, reste à savoir s’il sera réalisé.

Bloquer une partie de l’accès à Bruxelles ?

« Il s’agit clairement d’une stratégie de la Région flamande visant à isoler Bruxelles. On veut éviter que davantage de navetteurs ne se rendent à Bruxelles, dont on réduit systématiquement l’accèsAvec le projet de taxe kilométrique, Bruxelles met aussi tout en œuvre pour faire fuir les entreprises », estime Benoît Cerexhe (CDH), bourgmestre de Woluwe-Saint-Pierre. Le fait que le projet soit en phase de test ne dissipe pas son inquiétude : « J’ai suffisamment d’expérience en politique pour savoir que les mesures provisoires deviennent souvent définitives ». Dans une vidéo publiée sur le site du MR, la députée bruxelloise MR Alexia Bertrand se montre tout aussi critique : « Le projet répond-il aux besoins des cyclistes ? Je ne le pense pas. Ne s’agit-il pas plutôt simplement de bloquer une partie de l’accès à Bruxelles ? ».

Côté flamand, on est surpris par cette agitation. Le cabinet de la ministre de la Mobilité Lydia Peeters (Open VLD) refuse même de répondre à la question de savoir si la Flandre vise en réalité l’isolement de Bruxelles. Machteld Claerhout, porte-parole de la ministre : « Quelle question ! Nous ne travaillons pas contre, mais pour quelque chose – donc en faveur du désenclavement et de l’accessibilité de Bruxelles. Dommage que les gens ne le voient pas ».

Aucune incidence sur la fluidité du trafic ?

La Werkvennootschap, société anonyme de droit public qui coordonne les travaux pour la Flandre, ne comprend pas non plus l’émoi que suscite le projet. « Les communes ont été consultées », indique Marijn Struyf, responsable de la communication. « Selon les mesures précorona et les simulations dont nous disposons, le projet n’aura aucune incidence négative sur la fluidité du trafic. Nous souhaitons à présent le tester. Si, au bout de deux semaines, il s’avère néanmoins que tout est complètement bloqué, le projet sera bien sûr interrompu plus tôt. Le but n’est absolument pas de fermer ou d’isoler Bruxelles. Bien au contraire ».

Le bourgmestre d’Auderghem Didier Gosuin (Défi) réserve sa position. Il a demandé des explications à Elke Van den Brandt. « Le fait que la « La Libre Belgique » ait présenté une image faussée de la situation la semaine dernière n’a pas aidé. Mais nous ne sommes pas contre ce projet pilote, qui a en outre fait l’objet d’une concertation. Le projet ne doit toutefois pas constituer un moyen détourné de sortir du tiroir une ancienne proposition visant à reporter le trafic automobile sur la chaussée de Tervueren et le trafic cycliste sur l’avenue de Tervueren – proposition à laquelle nous nous sommes déjà opposés en 2018 pour des raisons de sécurité ».

Selon « La Libre », la Flandre souhaiterait néanmoins finalement prendre cette direction. Struyf nuance : « C’est un des scénarios envisagés dans l’élaboration du plan régional d’aménagement du territoire pour aborder les travaux des Quatre Bras dans leur ensemble. Mais rien n’est encore décidé ; ce le sera, au plus tôt, dans quelques années – non sans mener des tests et des concertations ».

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