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La consultation citoyenne fédérale, un flop qui coûte cher
09·06·22

La consultation citoyenne fédérale, un flop qui coûte cher

Temps de lecture : 3 minutes Crédit photo :

Photo by Glenn Carstens-Peters on Unsplash

Seuls 19 000 Belges ont répondu à la consultation citoyenne lancée en ligne par le gouvernement. Dave Sinardet, l’expert chargé de la supervision du projet doté d’un budget de 2,1 millions d’euros, admet que « l’on aurait pu faire mieux ». D’autant plus que le plus dur reste à venir : trouver une entreprise en mesure de traiter toutes les réponses. Le rapport d’experts tant attendu est dès lors remis à plus tard, tout comme le débat politique sur la réforme de l’État.

Pendant six semaines, vous avez eu l’occasion de donner votre avis sur la politique belge. Par le biais de la plateforme en ligne unpayspourdemain.be, le gouvernement fédéral a voulu sonder l’opinion des Belges sur l’avenir du Sénat, le financement des partis ou encore la répartition des compétences entre le gouvernement fédéral et les entités fédérées. En définitive, cette enquête visait à donner le coup d’envoi du débat politique sur la nouvelle réforme de l’État. Reste qu’elle n’a pas eu l’effet escompté.

« Vu les ambitions initiales du gouvernement, il est clair qu’on ne peut qualifier le projet de franc succès »

Selon les ministres compétents Annelies Verlinden (CD&V) et David Clarinval (MR), quelque 19 000 citoyens ont répondu à l’enquête. En moyenne, un participant a répondu à environ quatre questions, la plateforme ayant enregistré un total de 75 000 réponses. « En soi, ce n’est pas si mal », nuance le politologue Dave Sinardet (VUB), qui supervise le projet en tant qu’expert. « Mais compte tenu des ambitions initiales du gouvernement et de l’argent dépensé en communication, il est clair qu’on ne peut qualifier le projet de franc succès. On aurait sans doute pu mieux faire. »

Une majorité de questions ouvertes

Le coût de cette consultation citoyenne a déjà soulevé un torrent de critiques. Le gouvernement y a en effet consacré la bagatelle de 2,1 millions d’euros, ce qui revient précisément à 28 euros par réponse. Environ un demi-million d’euros va au consortium qui a conçu la plateforme. Un autre demi-million sera consacré au traitement des réponses par la suite. La somme restante – 1,1 million d’euros – a servi à payer les services d’une agence de communication afin de promouvoir la consultation auprès des citoyens.

La forme et le contenu du sondage ont également fait l’objet de critiques, notamment de la part de la N-VA, parti d’opposition. Il s’avère que les personnes sondées ont uniquement pu formuler des réponses à des questions ouvertes.

Le gouvernement invite les citoyens à donner leur avis, mais les écoutera-t-il ?

Rares étaient les questions fermées, les sondeurs partant du principe que les réponses n’auraient jamais été représentatives de l’ensemble de la population belge. Le gouvernement a donc tenté de trouver des solutions nouvelles et originales à des questions politiques bien connues. Si cette approche ne facilite pas l’analyse, M. Sinardet tient néanmoins à la défendre : « De toute manière, l’enquête n’est qu’un premier pas dans un processus à plus long terme », précise-t-il.

La semaine dernière, le gouvernement a annoncé que dans la foulée, des groupes de citoyens seront constitués afin d’approfondir un certain nombre de thématiques. « Pour moi, il s’agit d’un aspect fondamental », ajoute le politologue. « La constitution de panels de citoyens est une méthode qui a fait ses preuves, notamment parce qu’elle utilise le tirage au sort. »

Réforme de l’État

La question est de savoir ce que le gouvernement fédéral fera de toutes les données recueillies. Annelies Verlinden et David Clarinval souhaitent que les réponses soient traitées par une entreprise spécialisée, grâce à l’intelligence artificielle. Ce n’est qu’après analyse que les experts scientifiques pourront présenter leurs conclusions finales dans un rapport. Mais le gouvernement n’a toujours pas trouvé d’entreprise d’IA disposée à prêter main-forte. Dave Sinardet estime que cette situation a freiné tout le processus, et que les experts ne pourront pas rendre leur rapport avant la fin de l’année. Les panels citoyens verront donc le jour en 2023. Et la réforme de l’État, dans tout cela ? Pour l’entrevoir, il faudra attendre de nouvelles élections.

Cette 7e réforme de l’Etat qui ne dit pas son nom

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