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Il faut plus qu’une hausse des salaires pour remédier à la pénurie d’enseignants
30·08·22

Il faut plus qu’une hausse des salaires pour remédier à la pénurie d’enseignants

Ann Van den Broek est journaliste politique pour le quotidien De Morgen.

Temps de lecture : 2 minutes Crédit photo :

Photo by 2y.kang on Unsplash

Auteur⸱e
Fabrice Claes
Traducteur Fabrice Claes

Par un vendredi matin de printemps, le directeur de l’école de mon enfant, située au cœur d’Anvers, m’a demandé si je ne voulais pas rester pour m’occuper d’une classe. « Attention ! Si vous n’êtes pas sorti quand la cloche sonne, on vous retient ici ! », avait-il plaisanté lors de notre petit bavardage quotidien à la porte de l’établissement. Enfin, plaisanté… pas tout à fait.

Cela faisait des semaines – des mois à vrai dire – qu’il était en quête d’un remplacement structurel pour une de ses institutrices, tombée malade. « Donc, si vous connaissez quelqu’un… », a-t-il ajouté d’un ton soudainement moins enjoué et plus désespéré.

Bien entendu, le caractère anecdotique de cet incident n’en fait pas un élément représentatif de la réalité. Pourtant, la pénurie d’enseignants est bel et bien un fait établi, toutes options et tous niveaux confondus, tant en Flandre qu’à Bruxelles. Et qui plus est, tout le monde l’avait vu venir depuis des années, et tout le monde sait pertinemment bien que les problèmes actuels ne constituent que la partie émergée de l’iceberg.

« Le métier d’enseignant manque d’attractivité sur le plan salarial. Mais ce n’est pas le nœud du problème. »

Et on n’y fait rien ? Si, on y fait quelque chose. Le ministre de l’Enseignement actuel, à l’instar de ses prédécesseurs, mise sur l’embauche de non-professionnels de l’enseignement, qui – atout majeur brandi par les politiques – peuvent conserver l’ancienneté qu’ils ont accumulée antérieurement. Cependant, ceci n’est guère que du chipotage, dont l’efficacité reste marginale. Et nous pesons nos mots.

Nomination des enseignants : un tournant « historique » pour la Flandre

Une des solutions, et non des moindres, serait de rendre la profession plus attractive en matière de rémunération. Mais ce n’est pas là que réside le nœud du problème. Écoutons ceux qui s’intéressent à une carrière dans l’enseignement, et qui détiennent même un diplôme à cet effet, voire ceux qui ont exercé le métier. Ils pointent tous les mêmes obstacles : la surcharge administrative, l’épuisement mental après les heures consécutives d’efforts déployés pour motiver les élèves et une carrière sans la moindre perspective de changement, pendant quarante ans, à moins de nourrir l’ambition de devenir directeur.

« Il faut rendre la carrière d’enseignant plus intéressante, plus stimulante, plus tentante. »

Et une fois de plus, tout le monde sait très bien que c’est là que le bât blesse. Il faut rendre la carrière d’enseignant plus intéressante, plus stimulante, plus tentante, afin d’appâter aussi des profils plus attractifs sur le marché de l’enseignement. Quant aux déclarations provocatrices des réseaux d’enseignement et aux réactions crispées des syndicats, elles constituent les ingrédients d’un cocktail somme toute classique, mais que personne ne songerait à commander, vu les remontées acides qu’il déclenche le lendemain de la cuite.

Pénurie d’enseignants: pauvre petite Flandre riche

Le schéma est bien connu en politique. Pas de négociation budgétaire ou gouvernementale qui ne suive le même canevas. Seulement, à un certain moment, il faut mettre fin aux petits jeux politiciens, aux postures et aux guerres de tranchées, et aboutir effectivement à des accords. Et pour l’enseignement, ce moment est venu.

Sinon, au terme de leur parcours scolaire, nos élèves risquent d’avoir besoin de moins de dix doigts pour compter le nombre d’heures de mathématiques qu’ils auront suivies.

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