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10 septembre 2015

Vous avez dit flamingants de gauche ?

Temps de lecture: 4 minutes
Joyce Azar
Auteur
DaarDaar
Traducteur DaarDaar

L’information est parue mardi dernier dans le quotidien De Standaard : plusieurs nationalistes du Mouvement flamand (Vlaamse Beweging) ont décidé de former une nouvelle branche, baptisée VLinks. Ses adhérents défendent une politique flamingante « sociale, de gauche et progressiste ». La nouvelle en a surpris plus d’un. Pourtant, ce genre de formation n’est pas une première dans le nord du pays.

On se souvient évidemment du parti Spirit. Fondé en 2001, il fut le fruit de la scission du parti nationaliste flamand Volksunie. Celui-ci s’était alors divisé en deux : d’un côté, la branche de droite, qui a formé la N-VA et dont les membres ont constitué un cartel avec le CD&V, et de l’autre, la branche dite de gauche, modérée et libérale. Spirit avait également opté pour un cartel, avec les socialistes du SP.A. L’aile libérale avait quant à elle principalement rejoint l’Open VLD.

L’originalité de Spirit résidait assurément dans ses positions : le parti prônait le confédéralisme tout en affichant son penchant pour un libéralisme de gauche. En 2008, suite aux mauvais résultats électoraux du cartel SP.A/Spirit, le parti changea de nom. Il fut brièvement appelé VlaamsProgressieven, avant de devenir, quelques mois plus tard, le Sociaal-Liberale Partij (SLP). La nouvelle formation ne fera toutefois pas long feu. Fin 2009, elle fusionnera avec le parti écologiste flamand Groen. Le SLP disparaîtra ainsi du paysage politique belge.

Des mouvements en veux-tu en voilà

Si le SLP, ex-Spirit, est le seul parti fédéral à avoir affiché des convictions flamingantes de gauche, il n’est pas le seul mouvement à défendre de telles idées. À y regarder de plus près, ce genre de formations ne manque pas en Flandre. On retrouve par exemple le Vlaams-Socialistische Beweging (V-SB). Cette organisation politique, la deuxième du même nom, a été créée en 2007 dans le but de réunir les flamingants de gauche. Elle défend l’idée d’une société socialiste dans une Flandre indépendante. Sur son site, le V-SB qualifie la Belgique de « construction au service du grand capital belge et mondial », qui de ce fait « perturbe l’autodétermination de la population qui se trouve sur son territoire ». Le « Flamand » est défini comme « toute personne qui habite le futur État de Flandre, sans distinction quant à son origine, son sexe, sa croyance, sa langue maternelle, ou ses orientations sexuelles ». Bref, des idées a priori portées par la gauche, mais qui formeraient les bases d’un État flamand indépendant.

Même topo pour le SFL, le Sociaal Flamingantische Landdag. Ce dernier milite en faveur d’une souveraineté nationale flamande en vue de dissocier la Flandre du capitalisme international. « Nous ne voulons pas du tout nous couper de la population wallonne, mais nous désirons la fin de l’État belge », peut-on lire sur leurs pages.

On citera également le LinksVlaams. Toujours dans la même lignée, il estime que les flamingants de gauche forment une « force », aussi bien au sein de la gauche traditionnelle unitaire que du mouvement confédéraliste. Sur son compte Twitter, LinksVlaams se définit comme « social, libertaire, régionaliste, œuvrant pour une région flamande sociale et autonome ainsi qu’une alternative à la gauche flamande ». Enfin, le Gravensteengroep est une initiative citoyenne provenant de l’aile progressiste du Mouvement flamand. Elle est principalement constituée d’académiciens, de journalistes, et de représentants culturels.

VLinks fera-t-il la différence?

Face à ce foisonnement de groupes progressistes flamingants, on peut se demander si l’existence de VLinks est nécessaire, et s’il parviendra réellement à se distinguer. Dans les faits, la formation est encore en pleine élaboration. Sa naissance aurait été précipitée par l’envie urgente de ses adhérents de plaider en faveur d’une « Flandre généreuse et sans racisme ». « Nous voulions nous lancer plus tard, mais nous avons été pris de court par l’actualité, notamment liée à la crise des réfugiés. Après la publication de notre texte dans le Standaard, tous les médias ont relayé la création de notre mouvement. Mais en fait, nos documents de base ne sont pas encore finalisés », nous a confié Johan Velghe, porte-parole de VLinks.

Pour les fondateurs, le nouveau groupe vient combler un manque au sein de cette branche. « Nous avons constaté que certaines choses demeuraient insuffisantes. Prenez par exemple le Gravensteengroep. Nous les connaissons très bien, et je lis souvent leurs publications. Mais ça reste trop lié au monde académique », explique Johan Velghe. « Nous voulons toucher plus de monde, devenir un réseau, une plateforme qui offre une voix à l’identité flamande de gauche dont le mot d’ordre est solidarité et égalité.».

VLinks est actuellement en concertation avec les autres acteurs de la scène progressiste flamingante. « Nous discutons notamment avec le V-SB, et d’autres formations. Nous ne voulons pas constituer un club. Chacun doit pouvoir garder son identité », assure Johan Velghe. « Nous désirons juste avoir notre mot à dire sur l’actualité, offrir un forum, une perspective aux gens », ajoute-t-il, réfutant toute envie de former pour autant un nouveau parti politique.

Une idéologie schizophrène?

L’existence de flamingants socialistes (ou de socialistes flamingants?) peut en laisser plus d’un pantois. Est-il véritablement possible de combiner deux tendances politiques qui, à première vue, sont littéralement opposées? Johan Velghe n’est pas surpris par le scepticisme de certains : « ça peut sembler étrange en effet. Mais nous ne sommes pas de nouveaux-venus. Le mouvement socialiste flamingant existe depuis 100 ans! », rappelle-t-il.

Il demeure cependant difficile de comprendre comment les partisans de cette idéologie parviennent à se dire de gauche, tout en plaidant, par exemple, pour une scission de la sécurité sociale. « Il n’y a rien de remarquable à cela », avance Velghe. « Plus une politique est proche des gens, mieux elle fonctionne. La Flandre en tant que communauté s’auto-gèrera certainement mieux. Et il en va de même pour les communautés francophone et germanophone », estime-t-il.

« Nous sommes pour plus de solidarité. Cela compte pour la Flandre, mais nous sommes aussi ouverts à la Wallonie », défend-il encore. « C’est par le dialogue que fonctionne la démocratie. Il n’y a aucune adversité envers le sud ».

Pour connaître les positions de VLinks sur d’autres sujets « communautaires », il faudra encore attendre un peu. Les premiers jets seront publiés ce 15 septembre lors du lancement de leur site. Mais les partisans du mouvement gardent les pieds sur terre: « On ne rêve pas. Il y a eu de très bonnes choses au sein du mouvement, mais aussi de très mauvaises. Nous ne sommes pas euphoriques et restons avant tout rationnels », conclut Johan Velghe.

Joyce Azar

 

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