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5 juin 2018

Dossier des F16 : des courriels falsifiés et un président de parti décrédibilisé

Le dossier du remplacement des F16 revient à la figure du président du sp.a, John Crombez, comme un boomerang. L’intéressé a utilisé deux e-mails anonymes afin d’exiger la démission de Steven Vandeput, ministre de la Défense (N-VA). Le hic ?  Les e-mails en question auraient plus que probablement été falsifiés au nez et à la barbe de Crombez. Sa crédibilité est mise à mal.

Deux e-mails plongent John Crombez dans la tourmente. Ces messages, dont le nom de l’expéditeur avait été soigneusement effacé, lui ont été envoyés anonymement dans une enveloppe brune. Difficile d’en tracer l’origine, donc, ou d’en vérifier la véracité.

Le problème est que ces deux courriels constituent la clé de voûte d’une campagne menée depuis des semaines par Crombez et son parti à l’encontre du ministre de la Défense, Steven Vandeput (N-VA), autour de la succession des bombardiers. Le sp.a estime que Vandeput et l’état-major ont aveuglément opté pour les F-35 de la société Lockheed Martin, niant ainsi sciemment que les actuels F-16 pouvaient encore parfaitement fendre les airs quelque temps. « Le dossier, qui brasse des milliards, fait l’objet d’une manipulation ». Tel est le postulat partagé, entre autres, par Dirk Van der Maelen, expert de la défense dans les rangs du sp.a.

Or en l’occurrence, c’est le président en personne, John Crombez, qui s’est emparé du dossier la semaine dernière. Celui-ci voyait lesdits courriels comme le chaînon manquant, la preuve irréfutable indiquant que Vandeput s’est joué du parlement dans ce dossier. En effet, selon Crombez, les courriels démontrent que Vandeput savait pertinemment que Lockheed Martin, par ailleurs également fabricant des F-16, avait étudié la prolongation de la durée de vol des appareils.

Aujourd’hui, Crombez doit panser ses plaies et fournir lui-même des explications au bureau du parti. Du reste, les deux e-mails, qu’il brandissait mercredi dernier encore dans le but d’exiger la démission de Vandeput à travers une motion de défiance, ont été plus que probablement falsifiés. C’est également ce qu’a affirmé le ministre Vandeput la semaine dernière, sur tous les tons.

Crombez est tombé dans le panneau

Les courriels sont criblés d’erreurs : les abréviations des grades militaires ne sont pas correctes, la terminologie employée est pour le moins étrange (l’armée n’utilise pas le terme « confidentiel » mais « confidential », pour ne citer qu’un exemple), et le nom d’un officier y est tout simplement mal orthographié. Mais ce n’est pas tout : Hendrik Vuye, ex-député N-VA désormais actif sous la fraction bicéphale Vuye & Wouters, a également reçu les e-mails. De plus, une source venue de l’armée confirme la thèse de la falsification. Ainsi, Crombez est tombé dans le panneau en ayant négligemment utilisé les courriels dans sa lutte contre Vandeput.

Crombez doit à présent faire amende honorable : « Je ne suis pas certain de l’authenticité de ces messages. Quand je vois la tournure des évènements, je me dis que j’aurais mieux fait de ne pas m’en servir », concède-t-il au quotidien De Standaard. Quant à la série d’erreurs, qui laissent tout de même penser que nous avons affaire à un amateur, il s’exprime également : « Je ne suis pas militaire, donc je n’ai pas connaissance de ce genre de choses. »

Le président des socialistes flamands doit maintenant se lancer dans la plaidoirie la plus difficile qui soit, car il n’en démord pas : Vandeput était au courant que les F-16 pouvaient voler au-delà des 8000 heures prévues, mais il a ensuite fait fi de cette information. Crombez n’a pas le choix, sa crédibilité s’effondrerait s’il revenait sur ses positions.  Quoi qu’il en soit, l’affaire vient solidement ternir sa réputation. Le dossier des F-16 faisait office d’arme idéale pour tirer sur le gouvernement de centre-droit. Le slogan, sublime, était tout trouvé : de l’argent pour des avions de chasse, du vent pour la sécurité sociale. Depuis janvier déjà, le sp.a fait le forcing, et John Crombez joue aussi bien le rôle de meneur de jeu que celui d’attaquant de pointe.

Le fait que sa preuve irréfutable soit désormais sérieusement mise en cause représente un cauchemar à ses yeux. Tout d’un coup, les graves ennuis changent de camp, passant de Vandeput au président du sp.a. S’il n’est pas question de démission à la suite de ce faux pas, nous sommes en droit de nous poser les questions suivantes : la soif de résultats de Crombez l’a-t-elle poussé à dépasser les bornes ?  Ce faisant, a-t-il causé des dégâts aussi nombreux qu’inutiles à son parti ? Il revient au sp.a d’y répondre en interne. Crombez, lui, a déjà préparé sa défense : « On fait tout pour nuire à notre crédibilité, mais je ne ferai pas marche arrière. Il en va de notre démocratie. »

 

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