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Attaques contre la presse et mensonges… et maintenant, Bart De Wever ?

Crédit photo: Frederic Sierakowski/Isopix

25 janvier 2021

Attaques contre la presse et mensonges… et maintenant, Bart De Wever ?

Temps de lecture: 6 minutes

Ces dernières années, Bart De Wever a affublé Apache de deux sobriquets pour le moins affectueux : nous serions en effet un média diffamatoire et des journalistes de caniveau. Le tribunal civil d’Anvers dans un cas et le tribunal correctionnel d’Anvers dans l’autre se sont penchés sur la question. Tous deux se sont prononcés en faveur d’Apache.
Les conclusions des juges ne souffrent aucune ambiguïté : non, les révélations sur le groupe Land Invest n’avaient rien de diffamatoire. Au contraire, le tribunal civil a confirmé qu’Apache a accompli sa mission journalistique de façon correcte.

Et non, les images que nous avons tournées sur la voie publique lors de l’arrivée des invités du promoteur immobilier préféré de Bart De Wever (N-VA) au restaurant étoilé ’t Fornuis ne constituent en rien une violation de la vie privée de ces invités. Nous n’avons pas non plus harcelé Erik Van der Paal, contrairement à ce que mentionnait au départ son acte d’accusation. Et finalement, l’intérêt social des faits que nous avons illustrés dans notre vidéo au Fornuis ne fait aucun doute pour le tribunal.

Erik Van der Paal, un rentier « qui n’a rien d’autre à faire »

L’on pourrait s’attendre, de la part de Bart De Wever, président du plus grand parti démocratique du pays et bourgmestre d’Anvers, qu’il prenne acte des décisions judiciaires et qu’il admette ses erreurs. Des excuses auraient été les bienvenues, quoi qu’elles ne fussent pas nécessaires. Nous aurions déjà été très contents s’il avait fait mine d’accepter les règles du jeu démocratique et de souscrire à celles-ci.
Mais nous doutons qu’il en arrive là. En tout cas, les astres ne semblent pas alignés. Ces derniers mois, Erik Van der Paal a lancé une nouvelle salve de procédures judiciaires contre Apache. Cette avalanche de procès cache mal le seul et unique objectif du plaignant : briser Apache. Le but n’est clairement pas, et ce depuis longtemps, de remporter les procès, mais d’occasionner, pour nous, un maximum de frais de justice, de prendre en otage un maximum de notre temps et de nous intimider en permanence.

Cette avalanche de procès cache mal le seul et unique objectif de Van der Paal : briser Apache

Van der Paal se sent clairement soutenu par Bart De Wever, comme le démontrent non seulement les seuls propos du président de la N-VA concernant Apache, mais d’autres éléments également. Le dimanche 14 octobre 2018, à 22h42, Van der Paal nous a envoyé un message sur WhatsApp contenant, outre des injures gratuites, le message suivant : « Grâce à tes 40 articles sans fondement, toi et ton petit journal sur internet êtes devenus mon hobby pour les prochaines années. En bon rentier, je n’ai de toute façon rien d’autre à faire. »
La date et même l’heure du message n’ont rien d’anodin. Le 14 octobre 2018, c’était le jour des élections communales en Belgique. Et à Anvers, il a fallu attendre particulièrement longtemps pour que les résultats soient disponibles.
Le message d’Erik Van der Paal date de quelques minutes après l’annonce de la victoire de Bart De Wever, qui, soit dit en passant, détonaient par rapport aux résultats de la N-VA ailleurs en Flandre. Cela a visiblement suffi au promoteur immobilier favori du bourgmestre pour gagner en assurance au point de nous envoyer ses menaces à peine voilées.

Une campagne de communication

Lorsqu’il fut révélé qu’Erik Van der Paal avait dépensé 60 000 euros pour embaucher des détectives privés chargés de suivre à la trace les journalistes d’Apache, Bart De Wever n’a pas jugé bon de s’exprimer. Ni lorsque Kris Peeters est parvenu à faire adopter par le Parlement européen deux amendements au rapport Strengthening Media Freedom afin de rendre punissables les filatures de journalistes par des détectives privés. Il faut savoir que l’argumentation de Kris Peeters se réfère explicitement à l’embauche de détectives privés pour surveiller Apache.

Le Land Invest Gate démontre que plusieurs membres de la N-VA se sont enrichis en procurant au groupe Land Invest des conseils juridiques ou en leur vendant, par l’entremise de leurs sociétés, des voyages ou des œuvres d’art.

De Wever a également perdu plusieurs occasions de s’exprimer lorsque la Plateforme pour la sécurité des journalistes du Conseil de l’Europe a émis des avertissements à propos de la SLAPP (Strategic Lawsuit Against Public Participation) contre Apache (et contre Le Vif, avec qui nous avons publié le dossier Land Invest Gate).
La SLAPP, parfois appelée poursuite-bâillon en français, est une procédure juridique qui n’a pas pour but de remporter un procès mais d’intimider des journalistes ou des opposants et de leur rendre la tâche impossible en les enfumant juridiquement.
Plutôt que d’exprimer son soutien et d’encourager la lutte menée par des institutions afin de préserver les fondements de la démocratie, Bart De Wever a mené une campagne de communication ciblée afin de détourner l’attention du public, qui ne doit surtout plus s’intéresser aux faits dénoncés, mais à ceux qui les dénoncent. Autrement dit, il encourage à tirer sur le pianiste.

Les copains de la N-VA

Peut-être vous souvenez-vous de la conférence de presse ultramédiatisée que le bourgmestre a donnée après la publication de la vidéo du Fornuis et du reportage d’investigation De favoriete bouwpromotor van Bart De Wever (Le promoteur immobilier favori de Bart De Wever). Les yeux rouges, il avait promis toute la transparence sur les dossiers immobiliers controversés du groupe Land Invest, mais il a surtout dénoncé les méthodes « à l’américaine » de cette campagne politique.

Pourquoi Bart De Wever a-t-il voulu octroyer des contrats à une société immobilière quasiment en faillite, notamment parce que ses propriétaires et ses dirigeants s’en sont mis plein les poches ?

Il est intéressant de se repencher sur la succession de faits accomplis et de propos tenus – voire de mensonges proférés, dans certains cas – par le bourgmestre à cette époque.
La conséquence de toute l’opération de communication de Bart De Wever, c’est qu’en fin de compte, plus personne ne s’est intéressé au contenu du dossier.

Le dossier Land Invest Gate s’est par ailleurs encore épaissi un an plus tard. Il a été enrichi d’éléments qui prouvent que la Ville même a demandé au groupe Land Invest de bâtir des immeubles aussi hauts que lucratifs sur la Tunnelplaats. Nous avons également démontré que plusieurs membres du parti de Bart De Wever se sont enrichis en procurant des conseils juridiques à une filiale du groupe Land Invest ou en vendant au groupe, par l’entremise de leurs propres sociétés, des voyages et des œuvres d’art.
Tout ceci nous pousse à poser la question suivante : pourquoi Bart De Wever a-t-il voulu octroyer des contrats à une société immobilière quasiment en faillite, notamment à cause de propriétaires et d’administrateurs qui s’en sont mis plein les poches ?

Des liens avec Stéphane Moreau

En qualifiant Apache de média diffamatoire et ses pratiques de journalisme de caniveau, Bart De Wever a réussi à faire passer à l’arrière-plan la collaboration entre son promoteur favori et Ogeo Fund. Il faut savoir que ce fonds de pension est l’un des actionnaires du groupe Land Invest et qu’il a financé les projets immobiliers ayant bénéficié des autorisations de la Ville d’Anvers.

On imagine que politiquement, cette collaboration entre la N-VA anversoise et le PS liégeois s’avère particulièrement sensible.

En effet, si Ogeo Fund n’évoque presque rien en Flandre, du côté francophone du pays, ce fonds de pension géré pendant des années par Stéphane Moreau, l’ancien homme fort du PS liégeois, se retrouve depuis un an sous le feu des projecteurs.
Un rapport provisoire de la FSMA, l’autorité en charge de la régulation des marchés financiers, a récemment démontré que sous la direction de Stéphane Moreau, également invité à l’anniversaire d’Erik Van der Paal, le fonds de pension a été utilisé pour accorder des prêts illégaux, procéder à des investissements irresponsables et rendre des service (politiques) entre amis. Comment ne pas y voir de parallèle avec ce qui se passe au sein du groupe Land Invest ?
Nous en arrivons ainsi au cœur de l’affaire : cette collaboration entre la N-VA anversoise et le PS liégeois dans le giron du groupe Land Invest s’avère particulièrement sensible d’un point de vue politique, surtout lorsque l’on sait que le fonds Ogeo et le groupe Land Invest sont mêlés, par des emprunts et des contrats, à la banque Optima de Jeroen Piqueur, aujourd’hui en faillite.
La vidéo du Fornhuis a démontré – de manière gênante pour certains – à quel point le réseau est aux aguets. Elle a aussi permis de savoir qui en fait partie, de la N-VA anversoise au PS liégeois.
Si cette affaire « colle à la peau » de quelqu’un, pour reprendre les mots de Bart De Wever, ce n’est pas la faute du soi-disant journaliste diffamateur qui passe son temps à râcler les caniveaux. Ce n’est pas Apache qui a écrit le scénario des grandes embrassades du Fornuis ou des courbettes de l’échevin de l’Aménagement du territoire devant le promoteur Van der Paal.

Le cloaque est ouvert

Apache n’a pas mis en scène ces images. Cette vidéo n’est qu’une illustration de certaines découvertes faites lors de notre investigation sur Van der Paal.
Bart De Wever a réussi à faire passer ces images pour de la diffamation et du journalisme de caniveau, alors que dans notre dossier, nous avons publié, entre autres, la preuve d’une réunion de lobbying entre Bart De Wever et la direction d’Ogeo Fund, quelques mois après la fondation du groupe Land Invest.
Faire passer des journalistes qui font leur travail pour des journalistes de caniveau, c’est une manière efficace de détourner l’attention des faits, comme l’a démontré cette affaire pendant trois ans.
Maintenant que pour la deuxième fois, un tribunal démonte les arguments de De Wever, celui-ci, la peur au ventre, a les yeux tournés en direction de Liège. En effet, il apparaît que le monde politique et le monde judiciaire semblent vouloir fouiller dans le cloaque que Stéphane Moreau a laissé derrière lui au fonds Ogeo.
Et il se pourrait bien que les effluves qui s’en échappent atteignent un jour ou l’autre la ville d’Anvers.

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