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Affaire El Kaouakibi : subsides politiques et égalité des chances baffouée

(cc) Angelolucas via Pixabay

11·02·21

Affaire El Kaouakibi : subsides politiques et égalité des chances baffouée

Temps de lecture : 3 minutes
Bart Eeckhout
Auteur⸱e
Maxime Kinique
Traducteur⸱trice Maxime Kinique

Il y a plus important que le sort d’El Kaouakibi. Le fait que les partis peuvent utiliser librement l’argent de leur dotation renforce encore leur pouvoir sur celles et ceux qui les – et qui nous – représentent.

L’affaire Sihame El Kaouakibi, du nom de cette femme politique (Open Vld) et entrepreneuse dont la chute paraît de plus en plus inéluctable, peut être analysée à travers au moins deux prismes de lecture. Le premier concerne des soupçons de maquillage des comptes de Let’s Go Urban, l’académie de danse qui a permis à El Kaouakibi de se faire connaître. Il appartiendra à la Justice de juger si l’intéressée a franchi ou non la limite entre amateurisme – elle pourrait alors s’en sortir en faisant amende honorable – et abus de fonds publics – ce qui l’exposerait à des sanctions pénales -.

Le deuxième prisme de lecture touche à la question de l’égalité des chances et est plus difficile à appréhender en termes de normes et de lois. Ses répercussions, toutefois, pourraient être plus importantes encore. En tant que figure de proue de l’émancipation et de l’égalité des chances, madame El Kaouakibi a toujours mis un point d’honneur à ne pas revendiquer et obtenir davantage d’opportunités pour elle-même que pour d’autres, et c’est pourtant là que le bât blesse tant l’égalité des chances semble avoir été bafouée dans l’affaire qui vient d’être révélée.

Soutien à grande échelle

Dans le secteur de la jeunesse, on ne parvient plus à contenir sa frustration face au contraste entre le sempiternel manque structurel de moyens dont on fait l’expérience au quotidien et l’attention et le soutien à grande échelle que madame El Kaouakibi parvient à générer, pour ses organisations comme pour elle-même. Et comme si cela ne suffisait pas, la droite radicale assiste depuis le balcon, goguenarde, à ce conte de fées sur fond d’intégration qui part en vrille.

La frustration des acteurs de la jeunesse a des ramifications politiques dès lors qu’il apparaît que l’Open Vld, sous la présidence de Gwendolyn Rutten et avec l’aval de plusieurs pontes du parti, a généreusement délié les cordons de la bourse pour soutenir le lancement en politique de Sihame El Kaouakibi. D’après nos investigations, l’opération n’a rien d’illégal, mais la pilule n’en reste pas moins difficile à avaler pour les nombreux militants de base non rémunérés que compte le parti. Après avoir dû digérer le fait que des personnes sans passé politique héritent de la plus belle place, ceux-ci découvrent à présent que cette place est également largement subsidiée.  On en connaît qui rendraient leur carte de parti pour moins que cela !

En réalité, de l’argent public

Subsidié : le terme n’est pas galvaudé car l’argent du parti n’est en fin de compte rien d’autre que de l’argent public. Notre argent, dès lors. Afin d’éviter l’ingérence privée et tout risque de corruption – souvenez-vous de l’affaire Agusta -, la Belgique a décidé de financer le système des partis politiques intégralement avec des fonds publics. Un choix légitime, mais coûteux dans le cas de la Belgique, surtout si le financement doit intégrer la « petite cuisine » interne des partis. Bizarrement, lorsque les partis expriment leurs idées sur le thème du renouveau politique, l’austérité n’a pas droit de cité !

L’affaire El Kaouakibi soulève un problème plus fondamental encore : le fait que les partis peuvent utiliser comme bon leur semble l’argent de leur dotation leur donne encore davantage de pouvoir particratique sur celles et ceux qu’ils autorisent à les représenter et, en fin de compte, à nous représenter. Il y a matière à débattre du bien-fondé de ce système fermé, mais c’est une autre histoire, qui dépasse largement le sort politique de Sihame El Kaouakibi.

 

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