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27 millions en propagande: les partis flamands ont explosé leur budget pour les communales
03·12·24

27 millions en propagande: les partis flamands ont explosé leur budget pour les communales

Temps de lecture : 4 minutes

Les dépenses de campagne dans les communes de Koekelare, Bever et Maarkedal ont atteint des montants proches de ceux observés en Amérique : jusqu’à 12 euros par citoyen disposant du droit de vote. À l’approche du 13 octobre, les partis ont dépensé collectivement plus de 27,2 millions d’euros. C’est ce qui ressort des chiffres publiés en ligne – pour la première fois, et pour une période de dix jours seulement – par l’administration flamande.

Du 13 au 22 novembre, la plate-forme numérique Aletheia, dépendante de l’agence flamande des Affaires intérieures, a fait état des dépenses de propagande réalisées à l’occasion du scrutin local du 13 octobre. Une première dans l’histoire de la Flandre.

D’après ces chiffres, le montant total dépensé par les partis s’élève à 27 266 882,2 euros. « Cela représente beaucoup d’argent, surtout en comparaison avec d’autres élections », assure Bart Maddens, professeur en sciences politiques à la KU Leuven. « Lors des élections nationales, européennes et régionales de juin, l’ensemble des partis belges avait dépensé environ 34,5 millions d’euros, dont seulement 20 millions d’euros pour les partis flamands. Ces sommes, quoique rapprochées l’une de l’autre, ont de quoi surprendre, car généralement, les dépenses sont moins élevées lors des élections communales. »

Dépenses électorales en ligne: un montant colossal d’argent public

Les partis ont dépensé en moyenne 5,61 euros par personne en droit de voter, un montant supérieur aux 5 euros par électeur lors du scrutin fédéral. S’il peut paraître choquant de s’apercevoir que notre voix vaut deux pains, en comparaison avec les pays voisins, cela représente toutefois beaucoup d’argent.

« Les dépenses de campagne aux présidentielles françaises ne s’élèvent qu’à 1,80 euro par électeur, indique Maddens. L’Allemagne et les Pays-Bas contrôlent moins minutieusement les dépenses, mais les meilleures estimations font état de respectivement 1,40 euro et 1,30 euro par électeur. »

Les moyens sont aussi répartis de manière inégale. En montants absolus, ce sont évidemment les grandes agglomérations qui dépensent le plus : la ville d’Anvers se trouve à la première place du podium avec 904 204,61 euros, suivie par Gand (865 993,71 euros), puis Bruges (607 621,30 euros), Louvain (472 980,03 euros) et Malines (433 563,44 euros).

Mais les dépenses par électeur, elles, racontent une tout autre histoire. Certes, à Anvers, les partis ont dépensé près d’un million d’euros, mais cela ne revient qu’à environ 2,77 euros par électeur. C’est dans la commune ouest-flandrienne de Koekelare que les partis ont dépensé le plus par électeur : 12,35 euros. Viennent ensuite Bever (11,99), Wellen (11,86), La Panne (11,33) et Maarkedal (10,92). Dans ces communes, les dépenses par électeur se rapprochent de celles réalisées aux États-Unis (13 euros par voix).

Impossible d’avoir un aperçu global

Pour traiter ces chiffres, Apache s’est fait aider par Geert Van Damme, de la plate-forme citoyenne AdLens, qui se penche principalement sur les dépenses des politiques sur les réseaux sociaux. « La numérisation de ces données constitue clairement un pas dans la bonne direction, assure Peter Van Aelst, professeur à l’Université d’Anvers, expert des sciences politiques et des médias. Jadis, il fallait demander chaque document individuellement auprès d’un tribunal, qui les fournissait sur papier. L’extraction des données représentait donc une masse de travail incroyable. »

Herwig Reynaert, professeur en politique locale à l’Université de Gand, est du même avis : « Si les autorités partagent ces données, c’est pour permettre de contrôler les cas d’éventuelles fraudes de la part de candidats ou de listes. L’application s’y prête très bien, et la période de dix jours est suffisante. »

La plate-forme Aletheia, en revanche, se prête beaucoup moins à l’obtention d’un aperçu général des dépenses électorales. Le site ne comportait pas de données globales, comme les dépenses totales pour toute la Flandre, par commune ou par parti. C’était aux visiteurs de faire le calcul en cliquant sur chaque candidat et sur chaque parti dans chaque commune. Au total, il a fallu consulter environ 33 000 pages web.

« Je soupçonne le Gouvernement flamand d’avoir voulu éviter que les chiffres restent disponibles après la période de dix jours, confie Maddens. Nos chercheurs, par exemple, n’ont pas réussi à collecter toutes les données nécessaires. »

« Lorsque nous avons demandé à l’agence des Affaires intérieures de recevoir les données à des fins académiques, celle-ci nous a très vite répondu par la négative. Nous avions espéré qu’ils nous fourniraient ces informations sous la forme de tableaux Excel, comme le fait par exemple la Colombie. »

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Un chaos dû à un manque de clarté

« La présentation même des données crée un certain chaos, regrette Van Damme. Chaque journal tente, à sa manière, d’aboutir à un montant total, mais l’exercice s’avère difficile, tant les données sont floues. Cela demande du temps, de contrôler si toutes les données ont été encodées correctement, et si aucune donnée n’a été comptabilisée deux fois. Le problème, c’est que ce temps a été artificiellement limité. »

« Les données accessibles manquent tellement de cohérence qu’elles en deviennent presque inutilisables. La manière dont ces données ont été mises à disposition ne traduisait même pas une volonté de transparence. Souvent, les dépenses ne correspondent pas aux entrées rapportées. »

« Les candidats individuels et les partis locaux ont souvent leur propre vision de ce qu’ils doivent rapporter ou non. Certains communiquent chaque dépense séparément, des annonces numériques au coût de la colle, tandis que d’autres mentionnent des montants élevés et arrondis, sous des intitulés très vastes, comme « publicité visuelle ». Si l’on ajoute à cela les fautes d’orthographe et les doublons, nous nous rendons compte que chaque chiffre est à prendre avec des pincettes. »

De surcroît, les dépenses réalisées par les partis au niveau national n’ont pas été reprises sur Aletheia. Il a donc fallu les demander auprès du tribunal. Nos chiffres ne tiennent d’ailleurs pas compte de ces données.

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Les données se limitent aux dépenses à l’approche des élections, c’est-à-dire lorsque les dépenses des partis et des candidats sont contrôlées de plus près. L’État impose à tous les candidats un plafond, en fonction de leur place sur la liste et des résultats de leur parti aux dernières élections. Il faut également savoir que certaines formes de publicité sont interdites, comme la distribution de gadgets et les publicités commerciales par téléphone.

Les dépenses sont avant tout consacrées à la conception, à l’impression et à la diffusion d’affiches, de tracts et de publicités en ligne. Mais les partis peuvent aussi se montrer très créatifs. Ainsi, à Alost, le Vlaams Belang a dépensé 319,31 euros pour une montgolfière, 501,11 euros pour un avion et 350 euros pour des sets de table pour le banquet des sociétés de carnaval.

Par une décision de l’ancien ministre flamand des Affaires intérieures, le libéral Bart Somers, les partis ont pu recourir à des spots publicitaires à la radio et à la télévision, une pratique auparavant interdite, et toujours interdite aux élections fédérales, européennes et régionales. Nous avons pu conclure des données que 62 306,26 euros ont été consacrés à des publicités à la télévision.

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