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Une guerre économique peut avoir des répercussions militaires
04·03·22

Une guerre économique peut avoir des répercussions militaires

Stefaan Michielsen est rédacteur senior pour le quotidien De Tijd.

Temps de lecture : 2 minutes Crédit photo :

Pixabay (ELG21 / 1527 images)

Fabrice Claes
Traducteur Fabrice Claes

Les éclats des grenades économiques lancées sur la Russie retombent aussi, en partie, sur les pays occidentaux.

Afin de respecter les sanctions, mais aussi sous la pression de leurs gouvernements, de l’opinion publique et des investisseurs, de plus en plus d’entreprises coupent les ponts avec la Russie. Ainsi, les sociétés pétrolières BP et Shell se sont retirées de projets russes brassant des milliards d’euros. Les grands armateurs Maersk et MSC cessent l’acheminement de containers en Russie. Dans le secteur automobile, GM et Volvo suspendent l’exportation de voitures dans le pays. Quant à Nokia et Ericsson, ils mettent fin à la livraison d’appareils de télécommunication en Russie.

À tout ceci s’ajoutent l’exclusion de plusieurs banques russes des réseaux bancaires internationaux et le blocage d’une partie des réserves de devises de la banque centrale russe. Il s’agit, ni plus ni moins, d’un bombardement en règle visant à mettre au tapis l’économie russe.

Les pays occidentaux se sont donc rangés du côté de l’Ukraine. Ils apportent au pays un soutien militaire, tout en s’abstenant de combattre. Ils comptent sur leur arsenal d’armes économiques, qu’ils engagent sans réserve afin de forcer Poutine à revoir ses ambitions à la baisse.

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Soyons de bon compte : une guerre est toujours en partie économique. En effet, même lorsque les deux ennemis prennent les armes, l’économie ne peut pas suivre son cours normalement. Après la chute du communisme en 1989, la Russie a pris le train de la mondialisation en développant de nombreux liens avec l’Occident. Par conséquent, la rupture brutale de ces liens touche de plein fouet l’économie russe. Le pays, isolé, disparaît en grande partie de la carte économique du monde.

Les éclats des grenades économiques lancées sur la Russie retombent aussi, en partie, sur les pays occidentaux et sur leurs populations, sous la forme d’une explosion des prix du gaz, du pétrole ou du blé. BP doit encaisser une dévalorisation de 25 milliards de dollars. Le banquier et assureur belge KBC, qui a développé d’importantes activités dans plusieurs pays d’Europe centrale, a vu fondre d’un quart sa valeur boursière en quelques jours à peine.

Il ne fait aucun doute que tout ceci ne fera qu’empirer, notamment à cause de la perturbation des chaînes logistiques, des nouvelles vagues d’inflation et du ralentissement général de la croissance économique. Si l’arme économique peut s’avérer efficace, elle est également à double tranchant. Ici aussi, elle fait mal.

Les pays occidentaux voient en elle une alternative aux armes à feu, aux canons et aux missiles. Ils entendent mener le combat sur un autre terrain. Mais la Russie, fait-elle la distinction entre les deux types d’armes ? « Les guerres économiques peuvent déboucher sur de vraies guerres », avertit l’ex-président russe Dmitri Medvedev, un fidèle de Poutine.

L’agression de l’Ukraine par Poutine exige une réponse forte. Mais les pays occidentaux ne doivent pas oublier que leur guerre économique peut participer à l’escalade du conflit militaire. En effet, tout le monde se bat avec les armes dont il dispose, dès qu’il souhaite, et dès qu’il ose les mettre en jeu.

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