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8 juin 2018

Theo Francken dit tout haut ce que beaucoup pensent tout bas

Jan Segers
Auteur
Ludovic Pierard
Traducteur Ludovic Pierard

Il arrive que Theo Francken ait raison. Plus souvent qu’à son tour, d’ailleurs, même s’il est alors sur la même longueur d’onde que son homologue radical de droite, Matteo Salvini, l’homme fort du nouveau gouvernement italien. Mardi, au sommet européen consacré à la politique des réfugiés, notre secrétaire d’État a plaidé pour verrouiller toutes les portes d’entrée en Europe, à l’avant comme à l’arrière – no pasarán. Il a suivi Salvini dans sa proposition d’appliquer la méthode du « pushback » en s’inspirant du modèle australien. Les réfugiés, qui risquent leurs vies et celles de leurs enfants en tentant de traverser la Méditerranée en échange de fortes sommes d’argent, doivent être interceptés et renvoyés sur les rivages d’où ils sont partis. Oui, l’Europe a le devoir d’accueillir les gens qui fuient la guerre et les persécutions, mais pas de manière illégale et illimitée. La droite n’a pas l’apanage de ce point de vue. En Flandre, il est également partagé par des politiques et des idéologues de gauche. Mardi, Theo Francken l’a exprimé sans ménagement, dans la langue de Salvini. « Basta così. »

Autrement dit : c’est assez ! Mais aussi de trop. Nous avons tellement l’habitude de voir des épaves humaines que le naufrage de chaloupes pleines de rescapés en vestes orange ne trouble plus que rarement nos nuits et notre quiétude. Tout au plus se réveille-t-on en sursaut lorsque le drame de la migration illégale prend une nouvelle forme. Comme dans le cas de Mawda, où les normes s’estompent et les balles se perdent dans une course folle. La migration, dans sa version maffieuse et incontrôlable, risque de devenir la pomme de discorde de l’Europe. Mardi, Theo Francken en a rajouté une couche hier en prédisant l’implosion de l’Union européenne si cette dernière ne maîtrisait pas rapidement le problème des réfugiés. Une mise en garde déjà lancée par bien d’autres, de Karel De Gucht à Herman Van Rompuy. L’unique différence est qu’ils ne sont pas d’accord avec l’approche dure qui, selon notre secrétaire d’État, serait la seule voie possible. Et encore moins avec le ton adopté par ce dernier et son président de parti.

Dans la pratique, la politique d’asile de Theo Francken est assez similaire à celle menée par ses prédécesseurs, Maggie De Block et le gouvernement Di Rupo en tête. La différence réside dans les mots utilisés, l’intonation, le degré verbal de compassion. « C’est le ton qui fait la musique ». Les mots durs servent la cause électorale, mais les réfugiés restent des êtres humains, quelle que soit l’ampleur du désespoir qu’expriment leurs actes. Ils ne sont pas ces fourmis cherchant une ouverture pour se frayer un chemin vers une vie meilleure et plus sûre que décrivent Theo Francken et Bart De Wever. Jusqu’au moment où, au bout du rouleau, ils montent dans une fourgonnette bondée, livrés à un chauffeur sans scrupules. Alors, subitement, ces fourmis doivent assumer leurs responsabilités parentales. Au fond de lui, Bart De Wever sait qu’il a eu tort de tenir ces propos. Pas seulement au niveau du timing, mais aussi sur le plan émotionnel. Car même en politique, ce n’est pas toujours la raison qui doit nous guider. Dimanche, c’est la fête des Pères.

Aucune personne rationnelle, aucune personne raisonnable ne peut donner tort à Theo Francken lorsqu’il estime que l’Europe doit contrôler plus strictement l’afflux de réfugiés, de préférence à l’extérieur des frontières de l’Union européenne. Il n’y a là rien d’inhumain, tant que l’UE est prête à soutenir cette politique en y injectant les sommes d’argent nécessaires. Et une dose d’humanité sincère. Car elle aura beau dépenser des milliards, sans humanité, l’argent ne suffira jamais.

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