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Pourquoi les Flamands sont-ils si nombreux à ne pas vouloir fêter le 11 juillet?
12·07·22

Pourquoi les Flamands sont-ils si nombreux à ne pas vouloir fêter le 11 juillet?

Journaliste et historien, Marc Reynebeau est aussi éditorialiste pour le quotidien De Standaard, ses chroniques paraissent une fois toutes les deux semaines.

Temps de lecture : 3 minutes
Marc Reynebeau
Auteur⸱e
Fabrice Claes
Traducteur Fabrice Claes

Ce lundi 11 juillet, en plus d’être un beau jour d’été, c’est le jour de la fête flamande. Un jour de fête et non un jour férié, car pour beaucoup, c’est un lundi de travail comme les autres. C’est un peu comme si tout le monde n’était pas convaincu de la nécessité d’un jour férié. Même le gouvernement flamand ne semble pas s’en émouvoir.

Pour les entrepreneurs non plus, le 11 juillet ne vaut pas un jour férié. Trop cher. On a bien imaginé une alternative, mais pas pour tout de suite : un jour de congé, oui, mais pour compenser un autre jour férié qui tomberait en plein week-end. Un prêté pour un rendu, en somme.

Pourquoi sont-ils si nombreux à ne pas vouloir fêter le 11 juillet ? Certes, la Flandre que nous fêtons aujourd’hui a perdu de sa grandeur, mais jadis, il y a plusieurs siècles, « nous » habitions un territoire bien plus vaste. Il faut dire que nous venons de loin !

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Au 16e siècle, les habitants d’un comté, d’un duché ou de toute autre seigneurie des Dix-Sept Provinces, appartenaient à un « empire sur lequel le soleil ne se couchait jamais. » C’était l’empire de Charles Quint, né à Gand, empereur d’une bonne partie de l’Europe et des Amériques et de quelques autres morceaux de territoires épars.

En effet, le soleil brillait toujours quelque part sur l’empire des Habsbourg d’Espagne. Si, à l’époque, la majorité du peuple ne s’en rendait pas compte – il n’avait de toute façon pas voix au chapitre –, aujourd’hui, cette pensée a un petit côté exaltant.

Il n’a pas fallu attendre longtemps pour voir le territoire se rétrécir. Au 18e siècle, les Habsbourg d’Autriche limitèrent leur règne à l’Europe, mais les Pays-Bas méridionaux se retrouvaient quand même sous le même empire que la Hongrie.

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Quant aux Dix-Sept Provinces, il n’en demeurait déjà plus rien, après que la moitié septentrionale du territoire, refusant d’encore constituer l’un des joyaux de la couronne habsbourgeoise, eut fondé sa propre république.

Puis survint l’époque où nous devînmes citoyens français. Certes pas à la demande générale, mais en ce temps-là, les rois n’avaient pas coutume de demander l’avis de leurs sujets. Les Pays-Bas méridionaux reçurent cependant un petit territoire en plus, à savoir l’ancienne principauté de Liège.

En 1815, le territoire a continué de se réduire : le Royaume uni des Pays-Bas est né de la réunification, après deux siècles de séparation, des provinces du sud et de celles du nord, qui avaient formé une république jusque-là, avec, en sus, quelques colonies dans la ceinture d’émeraudes, comme le disait Multatuli, et en divers autres endroits du globe.

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Après quinze ans à peine, en 1830, les Belges décidèrent de faire chambre à part, entre eux, dans leur nouvel État qu’ils baptisèrent Belgique. Visiblement conscient de l’exiguïté de notre territoire, un chant patriotique semblait déjà nous prévenir du danger de vouloir morceler encore notre pays en régions, en provinces et en particularismes. Le chant s’intitulait : Waar ligt mijn duurbaar vaderland? (Où se trouve ma chère patrie ?) Cette question, personne ne se l’était posée avant le 19e siècle.

En 1977, l’artiste flamand Eric De Volder, avec son groupe Belgisch Combo, a sorti une version plus drôle de la chanson. Cette patrie est-elle la Hesbaye, le Hainaut (sic) ou là où le sarrasin pousse et sent ? « Oh non, oh non, ma patrie n’est pas si p’tite. Elle est plus grande, c’est le pays des Belges, là où le peuple vénère la royauté. » Cette royauté, celle de Léopold II, a considérablement agrandi la Belgique, avec le Congo. Les colonies ont permis d’entrevoir un territoire géographiquement plus vaste. Même si, comme le voulait la coutume coloniale, les Congolais n’ont pas eu la moindre voix au chapitre.

Le territoire, qui a continué de se rétrécir, se limite désormais à l’actuelle Flandre, une région (avec ou sans Bruxelles ?) avec un hymne, un drapeau (malgré les désaccords sur le lion « armé et lampassé de gueules », comme on dit en héraldique), et un jour de fête qui ne peut surtout rien coûter.

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Mais le rétrécissement ne s’arrête pas là. Eu égard aux coûts du chantier de l’Oosterweel, ou à l’exigence d’assouvir en priorité la soif en électricité du secteur pétrochimique de son port, voilà que la ville d’Anvers souhaite faire bande à part. Avec le reste de la Flandre qu’elle considère comme « la province », voire un « parking », comme on l’entend souvent au nord du pays.

Le morcellement a le vent en poupe, à telle enseigne que même le provincialisme n’est plus envisageable. Les cinq provinces flamandes s’estompent, au profit de quinze régions encore plus petites. Seule une province fait de la résistance : le Limbourg. Une patrie qui, pour reprendre les mots d’Eric De Volder, refuse d’être « si p’tite ».

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