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Mensonges et demi-vérités : les relents trumpistes de la N-VA

Image by Gordon Johnson from Pixabay

26·11·20

Mensonges et demi-vérités : les relents trumpistes de la N-VA

Temps de lecture : 3 minutes
Auteur⸱e
Sebastien Cano
Traducteur⸱trice Sebastien Cano

Ancien journaliste, Walter Zinzen passe l’actualité politique au crible, tour à tour avec le journaliste Alain Gerlache ainsi que l’ancien journaliste et ex-responsable politique Siegfried Bracke.

Selon un vieux proverbe, les demi-vérités sont des mensonges entiers. Un adage que l’on a surtout tendance à appliquer à Donald Trump, mais que l’on ne s’y trompe pas : la Flandre aussi manie avec brio l’art de maquiller les mensonges en demi-vérités. Il y a quelques jours, j’ai trouvé dans ma boîte aux lettres un tract de la N-VA aux relents trumpistes.

Un tract de la N-VA aux relents trumpistes

Dès la première phrase, on croirait entendre le président déchu : « Le 26 mai 2019, vous avez voté pour plus de Flandre ». Voilà non pas une demi-vérité, mais un pur mensonge. La vérité, c’est que la N-VA a perdu 280 000 électeurs et que plus de 54 % des voix se sont portées sur l’Open Vld, le sp.a, Groen et le PvdA. Aucun de ces partis ne demandait « plus de Flandre ». Et qu’entend-on au juste par « plus de Flandre » ? La crise du coronavirus et la réponse qui y a été apportée n’ont-elles pas clairement démontré que « plus de Flandre » ne faisait qu’empirer les choses ?

Prenons un exemple concret : avant une augmentation de salaire l’année prochaine, le gouvernement fédéral vient d’annoncer une prime d’encouragement de 985 euros pour le personnel hospitalier. De son côté, le gouvernement flamand, dirigé par un cadre de la N-VA, abandonne le personnel soignant des maisons de repos et de soins. Est-ce à dire que vouloir « plus de Flandre » reviendrait à faire preuve d’une avarice impitoyable et d’un manque de respect total envers celles et ceux qui se démènent jour et nuit pour leurs semblables ? Qui voudrait poursuivre dans cette voie ?

Des milliers de Flamands ont voté pour une politique migratoire juste et humaine.

Le tract de la N-VA affirme ensuite que nous avons voté pour une « politique migratoire ferme et humaine ». Or des milliers de Flamands ont voté pour une politique migratoire juste et humaine. La N-VA soutient que la politique de Theo Francken, son ex-secrétaire d’État, a été humaine. Qu’elle ait été ferme, aucun doute là-dessus. Mais humaine, tout au contraire. Voilà donc une demi-vérité.

Nous, simples électeurs, aurions aussi voté pour une politique climatique réaliste. Allons donc, la N-VA ferait-elle la promotion d’une politique climatique réaliste ? C’est probablement pour cette raison que le ministre N-VA compétent en la matière a approuvé le déboisement de plus de 50 ha dans le port d’Anvers.

Il n’est dit nulle part que les gouvernements De Wever (au niveau régional et fédéral) ont été sanctionnés pour leurs politiques d’austérité antisociales. « Couper pour prospérer », ça vous rappelle quelque chose ? Si le nouveau gouvernement fédéral adopte une approche différente, les électeurs obtiendront exactement ce qu’ils voulaient.

Selon la N-VA, ces électeurs ont obtenu « tout le contraire » de ce qu’ils demandaient

Pour autant que l’on puisse parler des électeurs comme d’un ensemble cohérent, évidemment. Or selon la N-VA, ces électeurs ont obtenu « tout le contraire » de ce qu’ils demandaient : « Votre voix a tout simplement été mise de côté. Vous méritez plus de respect. Il est inacceptable que le gouvernement fédéral soit dénué de majorité flamande et que son programme soit diamétralement opposé à ce pour quoi vous avez voté. »

Le gouvernement De Croo est soutenu par 49 % des électeurs flamands. Au Parlement, il lui manque deux sièges pour avoir une majorité au sein du groupe néerlandophone. Est-ce « inacceptable » ? S’agit-il d’un « gouvernement de procrastination dominé par les francophones », comme le prétend le tract de la N-VA ? Pour ce qui est de la procrastination, rendez-vous en 2024. Et s’agissant de la domination francophone ? Comme le prévoit la Constitution, le gouvernement fédéral est composé du même nombre de ministres francophones et néerlandophones. Et c’est un Premier ministre flamand qui siège au 16 rue de la Loi. L’Intérieur, les Finances, la Justice, la Santé publique, la Fonction publique, l’Énergie et la Coopération au développement — autant d’attributions essentielles — sont tous gérés par des ministres flamands. Il n’y a donc pas de domination francophone au sein du gouvernement.

Il n’y a donc pas de domination francophone au sein du gouvernement.

L’attachement de la N-VA à la suprématie parlementaire serait grotesque si elle n’était pas incroyablement hypocrite. Quid du respect pour le Parlement lorsque, en 2018, celui-ci a approuvé le « pacte de Marrakech » à la majorité des deux tiers ? Pour rappel, le président De Wever avait alors estimé que cette décision était contraire à la volonté du peuple, précipité la chute du gouvernement Michel et, ce faisant, plongé notre pays dans une crise politique sans issue.

Soit dit en passant, le gouvernement Michel représentait à peine 20 % de l’électorat wallon. À l’époque, des voix de la N-VA se sont-elles élevées pour dénoncer une minorité francophone « inacceptable » ? En 2014, le MR était le seul parti francophone disposé à gouverner avec la N-VA. Quatre ans plus tard, en guise de remerciement, De Wever l’a poignardé dans le dos. Pour ensuite, en 2020, traiter le MR et son président de tous les noms. Et brandir un nouveau poignard : De Wever ne voulait pas du MR dans le gouvernement qu’il allait former avec le PS.

C’est ainsi que la coalition Vivaldi a vu le jour. Si elle ne rassemble pas de majorité flamande, c’est donc la faute de la N-VA. Voilà une vérité, mais elle ne figure pas sur le tract.

Quand je parlais de relents trumpistes…

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