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27 août 2015

Le monde à l’envers

Temps de lecture: 2 minutes
Jan Segers
Auteur
Joyce Azar
Traducteur Joyce Azar

C’est le monde à l’envers. Hans Bonte, le bourgmestre de Vilvorde, craint de ne pas pouvoir garantir la sécurité de ses demandeurs d’asile syriens. De jeunes excités de sa commune en veulent aux réfugiés de ne pas être restés au pays pour y défendre le califat. À leurs yeux, ces réfugiés sont des mauviettes. Des lâches qui auraient dû soutenir l’EI, tout comme l’ont fait leurs frères partis au front. Si Bonte s’inquiète, d’autres responsables politiques auraient tort de prendre la chose à la légère et de ne pas s’en tracasser également. Hans Bonte est un expert en matière de radicalisation. Même Barack Obama l’écoute. Il est dangereux – littéralement – de dire qu’il dramatise la situation à Vilvorde.

La majorité des demandeurs d’asile syriens est composée de musulmans modérés qui ont fui la violence du président Assad, mais aussi l’horreur de l’organisation État islamique. Pourtant, une partie croissante de la Flandre les trouve encore trop radicaux pour les laisser s’établir ici. C’est cette même partie de la Flandre qui postule généralement qu’il n’existe pas de musulmans modérés et que l’islam est par nature inconciliable avec notre démocratie séculière. C’est cette partie qui entame généralement son raisonnement par les mots: « je ne suis pas raciste, mais… ». Prenons pour exemple la chancelière allemande Angela Merkel. On ne peut la soupçonner d’avoir une naïve sympathie pour la société multiculturelle. « Multikulti ist gescheitert » (ndlr: le multiculturalisme a échoué) a-t-elle un jour déclaré, des mots qui résonnent aussi durement en allemand qu’en néerlandais. Mais hier, après sa visite au centre de réfugiés de Heidenau, Merkel a affirmé haut et fort qu’il n’y avait pas de place pour la haine des étrangers dans son pays. Courageux, face au concert de sifflements. Personne n’est obligé d’étreindre les demandeurs d’asile, chez nous non plus, mais il existe une limite entre islamophobie compréhensible et racisme inacceptable. Ne laissez personne la traverser impunément.

Qui sont les vrais lâches dans cette histoire? Pas les demandeurs d’asile. Ni l’homme blanc apeuré. Les vrais lâches, ce sont les jeunes radicalisés des villes telles que Vilvorde. La prévention est un noble projet. Mais si elle n’est d’aucun soutien: n’hésitez pas, jeunes hommes, à partir d’ici pour regagner votre eldorado, et ne jamais en revenir. Vous ne manquerez pas à notre société, qui s’appuie sur la raison, l’équité et la tolérance. Seules vos chères mères vous regretteront.

Le bourgmestre Hans Bonte estime qu’il est absurde d’ouvrir un centre d’accueil pour demandeurs d’asile s’il ne peut garantir leur sécurité. C’est le monde à l’envers. Ce qui est absurde, c’est qu’une ville, une région, un pays n’ait pas le pouvoir de se porter garant pour les personnes qu’il ou elle accueille. Si elle n’y parvient pas, Vilvorde, et par extension la Flandre et la Belgique, dégénérera en une Syrie miniature où les réfugiés se heurteront à ce qu’ils pensaient avoir fui: la haine, la violence, et le radicalisme. Dans toute relation humaine, la compassion est la plus grande des vertus. Mais dans leur lutte contre la folie religieuse, Vilvorde, la Flandre et la Belgique doivent être impitoyables.

L’article en V.O. sur Het Laatste Nieuws

Traduit du néerlandais par Joyce Azar

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