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La N-VA et les nominations politiques: « On n’est jamais mieux servi que par l’entre-soi »
25·04·22

La N-VA et les nominations politiques: « On n’est jamais mieux servi que par l’entre-soi »

Isabel Albers est la directrice des rédactions de Médiafin (De Tijd et L’Echo).

Temps de lecture : 3 minutes Crédit photo :

BELGA (BENOIT DOPPAGNE)

Isabel Albers
Auteur⸱e
Virginie Dupont
Traductrice Virginie Dupont

La maladie belge des nominations politiques s’est également propagée au sein du gouvernement flamand. La N-VA, autrefois déterminée à en finir avec ces pratiques, semble désormais s’y adonner avec enthousiasme.

Joy Donné, député N-VA et ancien chef de cabinet, deviendra le nouveau CEO de l’agence flamande FIT (Flanders Investment & Trade). Il aura la lourde tâche de remplacer Claire Tillekaerts, qui prendra sa retraite le 1er juillet. Celle-ci a professionnalisé l’organisation, l’adaptant mieux aux besoins des entreprises. Elle s’est fait une place à l’international et, en tant que dirigeante de la FIT, elle a soutenu ses proches, jusqu’à tenir tête à son ministre de tutelle.

On peut se demander si son successeur, Joy Donné, envisage de s’affranchir de son ministre de tutelle, Jan Jambon. Joy Donné est l’ancien chef de cabinet du ministre-président du gouvernement flamand et lui est redevable à plus d’un titre. En tant que député N-VA, il a dû se contenter de jouer les seconds couteaux. Mais aujourd’hui, un poste de premier plan l’attend.

C’est le noyau du gouvernement flamand – et Jan Jambon lui-même – qui l’a désigné, au terme d’une présélection apolitique à partir d’une short list dressée par le bureau de recrutement Hudson. Or la décision finale est de toute façon politique.

« L’ami à la Porsche »

Cette désignation constitue un mauvais signal. Non pas que Joy Donné soit incompétent. Au contraire, connu pour bien maîtriser ses dossiers, il jouit d’une bonne réputation. En tout cas, il bénéficie d’une image plus positive que celle qu’évoque auprès du grand public « l’ami à la Porsche » de Bart De Wever qui avait jeté par terre une amende glissée sous son essuie-glace.

Le mauvais signal n’est pas Joy Donné lui-même. Le problème vient de ce que, pour la énième fois, des procédures de sélection prétendument objectives ont abouti à des listes de candidats purement politiques.

Copinage au sein de l’administration flamande ?

Lors de la phase finale, vendredi, quatre candidats étaient encore en lice, tous (anciens) cabinettards. Certains d’entre eux n’ont pratiquement aucune expérience en matière d’entrepreneuriat international.

Est-ce une coïncidence que la cinquième personne, celle qui présentait le moins de liens avec un cabinet, se soit volontairement retirée au dernier moment ? Ou que les candidats issus du secteur privé, forts d’une expérience pratique probante en termes d’entrepreneuriat international, n’osent ou ne veuillent même plus participer à ce type de procédure ? Est-ce un hasard que le processus de sélection soit à ce point axé sur les procédures liées au fonctionnariat que seules les personnes ayant une expérience en cabinet accèdent miraculeusement au sommet ?

Rien de nouveau sous le soleil

Rien de nouveau sous le soleil, malheureusement. Mais cette nomination témoigne du fait que le ministre-président du gouvernement flamand qui voulait mettre un terme aux nominations politiques s’est également transformé en un moteur de désignation de collaborateurs issus de ses propres rangs. Cette culture du libre-service politique est pernicieuse pour la crédibilité de la profession qui subit déjà une pression considérable.

C’est également désastreux pour l’ambition des personnes compétentes du secteur privé. Ces profils pourraient représenter un enrichissement bienvenu dans des agences comme la FIT. Mais lorsqu’ils s’aperçoivent que la répartition des mandats de premier plan se résume toujours, dans la pratique, à griffonner un livre de coloriage politique, les meilleurs éléments renoncent.

Nominations politiques: la guerre pour les postes est ouverte

En fin de compte, on assiste à un jeu dans lequel chaque partenaire de la coalition peut placer son pion quelque part. Présélection objective ou non.

Sur ce point, le gouvernement flamand ne se comporte pas différemment du fédéral. Au « On n’est jamais mieux servi que par soi-même » qui était de mise auparavant, on semble avoir substitué un « On n’est jamais mieux servi que par l’entre-soi ». Le rayonnement international de l’entrepreneuriat flamand mérite mieux.

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