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16 novembre 2018

La Flandre doit voir plus loin que le bout de son nez

Ce texte a été traduit par les étudiants de deuxième Master de la Faculté de traduction et d’interprétation (FTI-EII) de l’Université de Mons, sous la supervision de Guillaume Deneufbourg.

Chaque changement à court terme renforce la nécessité d’une vision à long terme. Selon Jan De Groof et Guy Tegenbos, il est grand temps d’assembler un conseil scientifique pour la politique gouvernementale (CSPG).

Le monde change. La science, la technologie, la société et l’économie ne cessent d’évoluer. L’acronyme « vuca » correspond parfaitement au monde actuel : volatilité, incertitude, complexité, ambiguïté. Quiconque est amené à diriger – une entreprise, une ONG, une administration – s’est déjà senti dans la peau d’un prestidigitateur jonglant avec des assiettes chinoises. Ce sentiment est encore plus exacerbé chez les politiques, qui sont, par nature, focalisés sur le court-terme. L’actualité et leur image constituent pour eux une pression considérable.

Plus nombreux sont les changements à court terme, plus grand est le besoin de vision et de cadre à long terme. D’où l’importance de se tourner vers l’avenir.

Les dirigeants flamands ont déjà fait un pas dans cette direction, laissons-leur ce mérite. Le premier gouvernement flamand « autonome » (1981) avait déjà essayé de donner à sa politique une perspective à long terme. La bourse Flanders Technology et la campagne Derde Industriële Revolutie in Vlaanderen (DIRV) du ministre-président Gaston Geens dans les années 1980, sont considérés depuis des décennies comme des modèles du genre. Tous ses successeurs ont créé leur propre projet pour la Flandre. VIA – Vlaanderen in actie – est le projet des anciens ministres-présidents Yves Leterme et Kris Peeters, tous deux CD&V. Le ministre-président actuel Geert Bourgeois (N-VA), a, quant à lui, créé « Visie 2050 ».

Vivre ensemble en 2050

Toutes les administrations et les agences se sont prêtées au jeu. Résultat : des projets prometteurs et sept transitions à réaliser. Les transitions « énergie et mobilité », « économie circulaire », « industrie 4.0 », « apprentissage perpétuel », « habitat durable », « vivre-ensemble en 2050 ».

Dans un certain nombre de secteurs, comme le climat et la protection de l’environnement, la planification à long terme est déjà encadrée au niveau international et européen. D’autres branches ou comités consultatifs stratégiques ont déjà défini leurs objectifs à long terme comme l’utilisation de l’espace (« betonstop »). Autre projet encourageant : les prospectives 2030 « Richard Celis » organisées par le mouvement flamand pendant cinq ans.

Les visions à long terme sont donc bel et bien présentes, mais il y a des lacunes. On constate au moins deux ou trois failles, pour la plupart des initiatives : fondement méthodologique et scientifique insuffisant, fragmentation des initiatives et manque de continuité (des projets tombent à l’eau, puis émergent à nouveau).

Il est urgent que la Flandre élabore des visions à long terme et les mette en œuvre. Elle doit se montrer plus rigoureuse et plus sérieuse dans son approche en mettant en place un CSPG, basé sur l’exemple néerlandais WRR, auquel s’ajoute un service d’étude qui se consacre aux considérations méthodologiques et scientifiques. Il peut s’agir d’un service d’études virtuelles qui formerait un réseau avec les services existants. Ce CSPG devrait se consacrer à des thématiques difficiles comme celles qui donnent du fil à retordre aux Pays-Bas, telles que la persistance des inégalités sociales.

Recrutés dans les universités

Cela fait déjà un petit temps que le conseil scientifique pour la politique gouvernementale est dans les cartons, mais aucun projet concret n’a encore vu le jour. Cela paraît notamment dans le « Livre blanc pour une politique ouverte » de Geert Bourgeois. L’association flamande de stratégie politique (VVBB) avait également préconisé un CSPG dans son avis sur la qualité du système politique. Les recteurs de Flandre ont également proposé de contribuer, dans leur dernier mémorandum interuniversitaire, à l’élaboration d’un conseil.

On a donc déjà suffisamment réfléchi à poser les bases d’un tel conseil pour les derniers mois de cette législature. Plusieurs familles politiques soutiennent visiblement cette proposition. Même son de cloche du côté de la société civile, des citoyens et des associations citoyennes. Le conseil devra perdurer d’une législature à l’autre.

La Flandre aurait, dit-on, d’autres traditions : celles de « conseils de sages » ou de « captains of society ». Souvent ces derniers sont uniquement composés en fonction des nécessaires équilibres politiques, ce qui peut être une bonne chose, mais pas dans ce cas. À l’instar de l’exemple néerlandais, le CSPG doit être indépendant. Sa composition doit par ailleurs être faite sur base d’un solide recrutement dans les universités. Les décisions du conseil ne peuvent reposer sur les intuitions de ceux qui ont déjà tout vu. Ces avis doivent être éprouvés scientifiquement et de manière publique, en dehors de toute considération politique.

Nous tenterons, au cours des prochains mois, de réunir les partisans de cette proposition et les penseurs capables de se doter d’une vision à long terme. Le dépôt d’un décret semble possible ou, à défaut, l’élaboration d’un concept détaillé. La prochaine législature prendra alors le relais. De préférence sans tarder.

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