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28 juillet 2020

Gestion du coronavirus en Belgique : l’opinion d’un flamingant

Cette opinion est parue dans le Doorbraak, média proche du mouvement flamand, la veille du nouveau Conseil national de sécurité. Elle est signée par Johan Sanctorum, philosophe et éditorialiste proche de la droite radicale flamingante. 

Temps de lecture: 4 minutes

À la veille de ce que l’on considère généralement comme la deuxième vague du coronavirus, il s’est produit un événement remarquable que les politologues semblent ne pas avoir remarqué. Il s’agit pourtant d’un véritable bouleversement du système fédéral belge.

En effet, dans un certain nombre de villes et communes, des bourgmestres se sont mis à définir leurs propres règles, et même à exiger des systèmes de traçage, simplement pour pallier les manquements des autorités fédérales (mais aussi flamandes). Ce sont les décideurs locaux qui reprennent la main, ce qui constitue une révolte en soi en ces temps de crise.

Qui se soucie encore des mesures nationales ?

Début juillet, Jan Vermeulen, le bourgmestre CD&V de Deinze, a été rappelé à l’ordre par son camarade de parti Pieter De Crem, ministre de l’Intérieur, pour avoir imposé le port du masque dans les supermarchés locaux. Mais depuis lors, Bart De Wever a décidé de mettre de l’ordre lui-même dans sa ville d’Anvers, et le tocsin sonne dans presque toute la Flandre. Les médecins de famille et les agents de prévention locaux ont repris le rôle des call centers et des bases de données nationales en matière de traçage des contacts. À Anvers, il apparaît clairement que les foyers de contagion se situent surtout dans les communautés allochtones, mais cette information est trop politiquement incorrecte pour que madame Wilmès ose l’annoncer ouvertement. Il faut donc s’attaquer à ce problème, et le plus vite possible.

Les instances supérieures manquent à leurs obligations et perdent donc toute légitimité dans la gestion de cette crise. C’est du jamais vu. Après la longue succession de gaffes de Maggie De Block au niveau fédéral et de Wouter Beke au niveau flamand à propos des masques, des tests et maintenant des systèmes de traçage, les autorités locales ont fini par prendre conscience de la nécessité de prendre les choses en main. D’ailleurs, c’est ce que la loi prévoit dans une certaine mesure, mais pas assez clairement pour certains bourgmestres.

Karine Moykens, la haute fonctionnaire flamande responsable du traçage des contacts, est présente mais ne fait qu’assister au spectacle. Son rôle est tellement insignifiant qu’elle pourrait tout aussi bien partir en vacances. Au niveau fédéral, on agite des mesures nationales que doivent appliquer les autorités locales et régionales, qui ne les prennent plus au sérieux. Le bourgmestre d’Alost, Christoph D’Haese (N-VA), considère ces mesures comme « un instrument lourd et bureaucratique » et insiste fortement sur son pouvoir de décision. Les décisions de Sophie Wilmès & Co, dévoilées lors de conférences de presse branlantes, n’ont plus aucun intérêt. M. D’Haese tient sa revanche, après la contribution de Wilmès à la diabolisation de sa ville lors du carnaval.

Vive les beffrois

D’un point de vue institutionnel, ce glissement du pouvoir fait l’effet d’une bombe. Ce pays se démantèle en provinces et en villes-républiques à cause de sa mauvaise gestion par les niveaux supérieurs. Avec l’assistance, entre autres, de Cathy Berx et de Michel Carlier, respectivement gouverneurs des provinces d’Anvers et du Limbourg, la faillite de l’État fédéral belge et de ses vassaux régionaux est annoncée. 

Maintenant que même les experts, qui avaient d’abord participé au charabia à propos des masques, laissent aussi tomber les politiques, le chaos est total. Erika Vlieghe a démissionné du Conseil national de sécurité, mais accepte encore de « donner des conseils par écrit », parce qu’elle considère que la politique actuelle en matière de lutte contre le coronavirus est inefficace. En effet, on n’ose même plus prendre des décisions qui, pourtant, recueillent l’assentiment de la majorité de la population. Le mensonge évident de Jan Jambon au sujet de sa vision des bulles fut la goutte d’eau qui a fait déborder le vase.

Les gouvernements belge et flamand d’aujourd’hui entreront dans l’histoire comme ceux qui ont couru après les faits dans la gestion de la crise du coronavirus. Le niveau flamand souffre trop du syndrome belge et n’affiche que très peu ses ambitions républicaines. La semaine passée, deux excellences flamandes très prometteuses, Bart Somers (Open VLD) et Hilde Crevits (CD&V), ont fui par la fenêtre afin de ne pas répondre aux questions des journalistes de la VRT. C’est très symptomatique. Qui accepterait encore de se soumettre à ces ministres d’opérette ? Le coup d’État des villes et des communes est justifié. Espérons qu’il n’arrive pas trop tard dans cette deuxième vague de contagion, et qu’il réveille les décideurs flamands de leur léthargie.

Autonomisme et révolte

Au demeurant, les villes flamandes peuvent témoigner d’une longue tradition d’autonomisme et de révolte, entre autres grâce à leurs beffrois. Pensons à Bruges et à sa révolte contre l’occupant français qui déboucha sur la Bataille des Éperons d’or, à Gand avec son chef rebelle Jacob van Artevelde, mais aussi aux républiques gantoises et anversoises de 1577 à 1585, en rébellion face au pouvoir espagnol.

Aujourd’hui, l’ennemi est le coronavirus, et il n’y a pas d’autre issue que de lui faire la guerre. L’inertie et la lenteur causent des morts. Les règles sont ce qu’elles sont, il faut armer le citoyen et agir de manière solidaire. Et sans leadership, rien de tout cela n’est possible.

Nous, républicains, ne pouvons qu’espérer que la monarchie belge ne survive pas à cette crise. Mais la Flandre a encore tout à prouver, et il ne lui reste que peu de temps. C’est pourquoi la révolte des villes et communes revêt actuellement une importance capitale et constitue une source d’inspiration pour quiconque rêve de souveraineté.

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