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Et si on imposait une « taxe virus » à ceux qui refusent de se faire vacciner ?
17·11·21

Et si on imposait une « taxe virus » à ceux qui refusent de se faire vacciner ?

Temps de lecture : 4 minutes Crédit photo :

The New York Public Library

Imposer la vaccination obligatoire risque de muer les réfractaires au vaccin en combattants de la liberté. Évitons cela. Au contraire, tâchons d’améliorer le taux de vaccination par un incitant économique : une taxe « Virus ».

Comme tant d’autres, nous n’avons guère d’indulgence pour nos concitoyens qui, par anxiété, par laxisme ou par principe, refusent la vaccination anti Covid-19, alors que le vaccin est une arme efficace, gratuite, et simple. Il nous semble cependant contre-productif d’imposer une obligation vaccinale (assortie d’éventuelles conséquences pénales pour les récalcitrants), et même une quasi-obligation (recours universel au Covid Safe Ticket). Certains y verraient une incitation à se considérer comme des combattants pour la liberté (en petit citoyen lambda opposé à l’État anonyme et tout-puissant), ouvrant la porte à d’infinis débats idéologiques – et à une stagnation.

Le prix à payer pour les antivax

Pour améliorer le taux de vaccination, mieux vaut recourir à un stimulus économique tout simple. Si quelqu’un revendique, personnellement, la liberté de ne pas se laisser injecter une substance bizarre, nous devons lui faire comprendre le coût sociétal élevé de son attitude. Et lui expliquer que s’il tient à pérenniser ce coût sociétal, il y a un prix à payer. Par lui.

Ces mots, « coût » et « prix », nous les entendons au sens littéral. Chaque fois qu’une personne refuse la vaccination, elle occasionne des coûts directs (traitement en cas d’hospitalisation), mais aussi ce que l’on appelle des « externalités » : la surmortalité due à la circulation accrue du virus, le report d’autres soins, le développement perturbé de l’enfant en raison du masque buccal, le ralentissement de l’activité économique pour cause de maladie, et les dépenses publiques liées à la gestion de crise.

S’ajoutent à cela des « coûts d’opportunité », comme le temps consacré à la gestion du coronavirus par les pouvoirs publics, au détriment d’autres dossiers importants. S’ajoute encore à cela l’impact sur chaque citoyen : devoir porter un masque pour faire ses emplettes, en raison d’un environnement insuffisamment exempt de virus, est perçu comme un coût inutile.

Rien de plus simple, pour un binôme composé d’un biostatisticien et d’un spécialiste de l’économie comportementale, que de produire une estimation raisonnable de ces coûts en fonction du taux de vaccination, de calculer le coût total que représente une personne non vaccinée de plus sur les six mois à venir, et d’en déduire le prix à faire payer par chaque personne non vaccinée, par journée supplémentaire de non-vaccination. Bien sûr, une telle estimation ne doit pas être exacte à l’euro près.

Un concept qui renvoie au « pollueur-payeur »

On peut comparer ça au calcul des droits d’émission de carbone. Puisque les émissions de tel ou tel pollueur entraînent des « externalités » (les coûts liés au réchauffement climatique), la société réagit en autorisant les émissions (il arrive que le pollueur n’ait pas le choix), mais en réclamant une indemnité par tonne d’émissions. Clairement, il y a là un stimulus économique à chercher des méthodes de production moins polluantes. Bien sûr, le mécanisme des droits d’émission ne connaît pas de problème de parasitisme, alors qu’un antivaxx invétéré pourrait « s’accrocher », espérant que d’autres cèdent avant lui, jusqu’au moment d’atteindre un point (taux de vaccination de 99 % ?) où la taxe « virus » serait moins élevée.

Prenons un autre exemple, moins récent, mais tout aussi parlant : celui du service civil effectué en remplacement du service militaire. Estimant alors indispensable de disposer d’une armée suffisamment nombreuse pour assurer la liberté de toute sa population, la société se sentait en droit d’exiger de tout homme en bonne santé qu’il fasse son service militaire. Elle acceptait cependant l’existence d’objecteurs de conscience, mais estimait normal qu’ils paient le prix de leur liberté individuelle : 24 mois de service au lieu de 12. Ici aussi, le stimulus économique est évident, puisqu’il faut une bonne dose de conviction pour assumer le coût d’opportunité d’une année supplémentaire sans revenus.

Une question de volonté politique

Pourquoi ne pas s’inspirer de tout cela pour la vaccination anticovid ? Il n’y a là rien d’antisocial. Souvent, les personnes défavorisées sont celles qui courent le plus de risques de contracter le virus et d’en mourir. Serait-il antisocial de leur laisser le choix : soit une piqure gratuite à proximité, soit une taxe « virus » mensuelle ?

Cela poserait-il des problèmes de respect de la vie privée ? Nous ne manquons pas d’institutions (secrétariats sociaux, CPAS, etc.) capables de gérer avec soin des informations à caractère personnel fournies par les pouvoirs publics, en y ajoutant simplement une ligne pour gérer cette taxation.

Cela poserait-il des problèmes d’ordre juridique ? Il suffirait d’ajouter au binôme biostatisticien + spécialiste de l’économie comportementale un spécialiste du droit constitutionnel. Voire de le transformer en quintette, en y adjoignant en outre un sociopsychologue et un expert en communication. C’est une simple question de volonté politique. Et ce serait plus rapide que les six mois passés à étudier l’intérêt éventuel d’imposer l’obligation vaccinale au personnel soignant.

L’« obligation vaccinale » doit sortir de la sphère dogmatique (« ma liberté ») et de la sphère répressive (« nous allons vous punir »). Il faut admettre la liberté de choix. Mais exiger une indemnisation pour les dommages qui en découlent. Ne serait-il pas étrange de voir la société sanctionner des citoyens pratiquant, pour des raisons liées à leur liberté religieuse, l’abattage d’animaux sans étourdissement, mais n’exiger aucune réparation de la part de citoyens qui, pour des raisons liées à leurs convictions philosophiques, contribueraient de manière évidente – quoiqu’indirecte – à la mort de milliers de personnes ?

Les auteurs

Gert Bijnens est économiste à la Banque Nationale ; Herman Vantrappen est administrateur-délégué du cabinet de consultance Akordeon. – Tous deux s’expriment ici en leur nom personnel.

La question :  bon nombre de citoyens continuent de refuser toute vaccination contre la Covid-19.

La proposition : Évitons, en imposant la vaccination obligatoire, de muer les réfractaires au vaccin en combattants de la liberté. Créons plutôt une taxe « virus ».

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