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La « guerre » contre le Covid, ou l’importance des mots face aux maux
18·11·21

La « guerre » contre le Covid, ou l’importance des mots face aux maux

Temps de lecture : 2 minutes Crédit photo :

Photo by Brett Jordan on Unsplash

Julie Cafmeyer
Auteur⸱e

Dans son essai « Maladie comme métaphore » paru en 1977, Susan Sontag analyse les métaphores employées pour parler de la maladie. La guerre est l’un des thèmes abordés. Un patient atteint de cancer est ainsi « la cible d’une attaque », et la « riposte » est le seul traitement possible.

Susan Sontag se penche sur la terminologie militaire. « Les cellules ne prolifèrent pas ; elles sont invasives, elles colonisent l’organisme et bombardent le patient de substances toxiques. »

Le coronavirus connaît également son lot de figures de style belliqueuses. Ensemble, nous luttons contre le virus pour conquérir le « royaume de la liberté ». Les heureux détenteurs du pass sanitaire sont hors de danger, tandis que les autres sont vus comme des traîtres à la nation. Quand la menace gronde, le couvre-feu est décrété. Les masques, vaccins et respirateurs constituent notre artillerie. La police sanitaire veille.

« Les heureux détenteurs du pass sanitaire sont hors de danger, tandis que les autres sont vus comme des traîtres à la nation »

Bien entendu, les avis divergent à propos de la tactique qui nous permettra de voler vers la victoire. Car il ne s’agit pas uniquement d’une guerre contre le virus ; nous nous battons également entre nous. Au travail, dans notre entourage, en famille, de vives discussions éclatent afin de déterminer la stratégie gagnante. En cas de défaite, l’autre est pointé du doigt. La logique de guerre exige un coupable. Et une fois trouvé, il y a lieu de le punir. Les réfractaires au vaccin sont exclus. Les distraits qui ont le malheur d’oublier leur masque buccal passent à l’amende. Les malades sont confinés. Et malgré tout, d’autres tombent malades à leur tour. Le personnel hospitalier n’est pas en mesure d’accueillir tout le monde. Certains patients se verront refuser l’accès aux hôpitaux. Et quand bien même y aurait-il assez de lits, le personnel viendrait à manquer. Tout le monde est puni, malades y compris. Dans ce contexte, comme en temps de guerre, l’heure n’est pas au dialogue ; les sanctions s’appliquent sans tir de sommation.

Selon Susan Sontag, ces métaphores de la maladie trahissent un manque de connaissances. Logique, dans la mesure où le virus est entouré de mystère.

Les journalistes pourraient-ils réfléchir à une communication porteuse d’espoir ?

Il n’empêche que les politiques et les citoyens n’ont pas le monopole de l’ignorance. Les médias, aussi, pèchent par méconnaissance. Un titre tel que « Les chiffres passent au rouge : que faire ? » fait porter le chapeau aux petits soldats sans grade que nous sommes, alors que nous n’avons d’autre choix que de suivre les instructions. Un tel titre a le don d’énerver, de semer la panique, de distiller la peur en nous. Comme si nous avions la réponse à cette question et, au demeurant, comme si nous avions notre mot à dire !

Les journalistes pourraient-ils réfléchir à une communication porteuse d’espoir ? Utiliser un langage apaisant ? Des mots qui incitent au respect mutuel et à la bienveillance ? La crise que nous traversons mérite d’autres métaphores. Elle a besoin, en définitive, d’une langue nouvelle.

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