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Désinformation sur les réseaux sociaux, une fatalité ?
09·03·22

Désinformation sur les réseaux sociaux, une fatalité ?

Dominique est rédacteur pour la section culture/médias du quotidien De Standaard.

Temps de lecture : 2 minutes Crédit photo :

Pixabay

Jamais auparavant nous n’avions vécu une guerre par fils d’actualité interposés. Pourtant, ce n’est pas la première fois que Facebook, Instagram, Twitter et autre TikTok jouent un rôle clé dans des évolutions géopolitiques, loin s’en faut. 

En 2008, Barack Obama était passé maître dans l’utilisation de Facebook, de Twitter et de Myspace (oui, Myspace !). Tous avaient salué cette preuve de modernité, ce rapprochement de ses concitoyens. Deux ans plus tard, le Printemps arabe prospérait en grande partie grâce à l’impulsion de groupes Facebook. 

À l’époque, ces évolutions ne nous avaient guère frappés, car elles confirmaient un cliché en cours depuis une bonne dizaine d’années : l’Internet incarnerait la délivrance. Chacun pourrait avoir accès à l’information, au grand dam des dictateurs. Puis, Evgeny Morozov est venu jouer les trouble-fête. Dans son livre « The net delusion », il affirme que les réseaux sociaux sont au contraire du pain béni pour les autocrates et les démagogues.

Cinq ans plus tard, tout le monde a dû lui donner raison. Huit ans après le président « Facebook », nous avons eu droit au président « Twitter », Donald Trump. Là, les Européens ont été plus inquiets :  ils y ont vu la preuve du danger des réseaux sociaux comme vecteurs de fake news et d’idées polarisantes. Pire, les entreprises poussaient le cynisme jusqu’à s’enrichir au passage en diffusant des publicités !

{Pour la petite histoire} Les réseaux sociaux, ces petits villages

Aujourd’hui, ce sont les Ukrainiens qui maîtrisent le mieux Twitter, Instagram, Facebook et TikTok. Si bien, qu’ils s’attirent le soutien de la quasi-totalité des Occidentaux. Dans les premiers jours du conflit, j’ai vu resurgir dans une discussion sur Facebook de la désinformation en provenance de Russie. Un internaute faisait remarquer qu’il fallait aussi comprendre les Russes après les massacres perpétrés par les Ukrainiens dans le Donbass. 

Cette info, il l’avait trouvée sur RT, une chaîne qu’il recommandait à toutes celles et tous ceux désirant « s’informer » et « se forger sa propre opinion ». Le discours classique qui marchait avec la désinformation autour de la covid-19, mais qui ne prend manifestement pas cette fois.

Pourquoi ? Peut-être parce que dans ce cas, la vérité saute aux yeux : la Russie est clairement l’agresseur et l’Ukraine, l’agressé, le petit pays plein de courage qui suscite notre compassion. Les excellentes vidéos postées par ce dernier sur Instagram n’y sont évidemment pas étrangères. (même si certaines sont trompeuses, voire fausses.)

Cette dernière évolution nous poussera-t-elle à revoir de nouveau notre position sur les réseaux sociaux ? Cela semble, pour l’instant, peu probable. Mark Zuckerberg se rend lui-même bien compte que l’image de « Facebook » est irrémédiablement ternie, du moins en Occident. Il n’a pas rebaptisé sa société Meta par hasard. 

En Belgique, les élections se jouent aussi sur Facebook

Cette semaine, nous prenons conscience que les réseaux sociaux ne sont pas forcément une source de polarisation et de désinformation. À condition d’y mettre la volonté et les moyens technologiques, on peut éviter ces écueils.

À l’évidence, ce changement ne doit pas seulement dépendre du bon vouloir de Mark Zuckerberg, il faut l’ancrer dans un cadre solide comme la législation européenne sur les services numériques. Et la bataille ne sera jamais définitivement gagnée. Mais s’il ne devait y avoir qu’une seule lueur dans la grisaille de ces dernières semaines, ce serait sans doute celle-là.

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