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Décolletés et jambes dénudées: revoilà les nuisances phallocrates

(cc) Pixabay

1 juillet 2019

Décolletés et jambes dénudées: revoilà les nuisances phallocrates

Temps de lecture: 3 minutes

Enfin ! L’été est de retour. Quelle joie ! Les soirées qui n’en finissent plus, la douce effervescence des terrasses, les tenues délicieusement légères. La chaleur de la semaine écoulée a produit ses effets bénéfiques sur mon humeur. Le sourire aux lèvres, je mets le nez dehors, heureuse de pouvoir profiter des premières lueurs matinales. La journée s’annonce torride. Vêtue d’une jupe et d’un t-shirt, je pars au bureau à pied…

De temps à autre, des voitures ralentissent. Naïvement, je poursuis ma route, musique dans les oreilles. Un moustachu en vélo me toise de la tête aux pieds, pousse un ricanement. Quelques instants plus tard, alors que j’attends pour traverser, une voiture s’arrête à ma hauteur dans un déluge de décibels. Quelques pubères excités me hèlent et me sifflent.

Oh, attendez… Nom d’un chien, mais évidemment ! La saison de chasse est ouverte !

Un sentiment de malaise m’envahit. L’année dernière déjà, on me sifflait à longueur de journée, je me faisais importuner à tout bout de champ, verbalement et physiquement. La mascarade va donc recommencer. 

Je sais que je ne suis pas la seule à subir ces outrances : autour de moi, de plus en plus de femmes en parlent. Toutes font l’objet de remarques déplacées, toutes vivent des situations gênantes. Une amie me racontait l’autre jour qu’elle avait définitivement renoncé aux jupes, lassée des remarques désobligeantes, des œillades lubriques, de ces mecs qui la sifflent. 

Moi aussi, par beau temps, je me surprends de plus en plus à réfléchir à deux fois avant d’enfiler ma tenue du jour. Cette jupe noire… hum… probablement too much. « Le souci, c’est pas la jupe ! » s’agace une autre amie avec qui j’évoque le sujet au téléphone. « Tu ne vas quand même pas changer ta façon de t’habiller à cause de ces types ?! »

Ce n’était pas dans mes intentions.

Le moment le plus embarrassant de la semaine aura été cette interview. Installée à une terrasse de café, je suis interrompue par une impressionnante quantité d’hommes, d’ados et de gamins en mal d’attention.

Les joues rougies de honte, je tente de poursuivre mon entretien, mais je n’y arrive plus. Les remarques et les commentaires fusent tous azimuts, entrecoupés par les sifflements et les sourires suggestifs.

Je marche ensuite jusqu’à la bouche de métro, lunettes de soleil vissées sur le nez, tête basse. Je n’ai plus la force de regarder autour de moi. Je me sens fatiguée. 

Les femmes ne peuvent donc plus marcher en rue l’été sans devoir subir ces oppressions. Mais pourquoi donc sommes-nous réduites à des objets de désir ? Pourquoi sommes-nous la cible quotidienne de ces hyènes affamées, qui se pourlèchent les babines à notre passage ? 

Je prie pour qu’un jour, nous puissions sortir en ville, vêtues de notre plus belle jupe, sans devoir subir ces nuisances phallocrates. Que cherchent-ils exactement, ces siffleurs ? À soulager leur frustration ? Ou leurs envies sont-elles à ce point irrépressibles ? Des paires de sein et de fesses, ils en ont pourtant déjà vu, non ? Ne serait-ce qu’au cours d’éducation sexuelle ?

Bref, j’en ai ma claque de me faire importuner. Non, messieurs, vos approches n’ont rien d’agréable ou de flatteur. Elles sont embarrassantes et lassantes. Point. L’été n’est pas une invitation au « laisser-aller ». Fichez-nous la paix. 

Nos vêtements n’y sont pour rien, pas plus que les températures. Ceci relève d’un mal sociétal, qui se manifeste encore plus fortement l’été. Les frustrés veulent attirer l’attention des femmes qui – ô joie – exhibent quelques morceaux de chair. Le problème nous touche au plus profond de nous. Quoi que nous fassions, quoi que nous portions, il y aura systématiquement des commentaires. Nous sommes constamment visées. Vivre sa féminité pleinement est, semble-t-il, incompatible avec notre société. Le constat est affligeant. 

Mon amie m’informe que les températures vont allègrement dépasser les trente degrés dans les jours qui suivent. « Tu ne vas quand même pas changer ta façon de t’habiller ? »

Non, hors de question.

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