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Asile et Migration : un ministère qui ne paye plus électoralement
29·06·22

Asile et Migration : un ministère qui ne paye plus électoralement

Bart Haeck est journaliste politique au quotidien De Tijd.

Temps de lecture : 2 minutes
Bart Haeck
Auteur
Guilhem Lejeune
Traducteur Guilhem Lejeune

La nouvelle secrétaire d’État à l’Asile et à la Migration se voit confier une mission essentielle, mais particulièrement ingrate. Voilà bien longtemps que ce portefeuille n’est plus un gage de succès dans les urnes.

Le conseil du CD&V a désigné, lundi, Nicole de Moor pour succéder à Sammy Mahdi au poste de secrétaire d’État à l’Asile et à la Migration. Cette décision, prise alors qu’aucun candidat naturel ne s’imposait clairement, témoigne de la difficulté qu’éprouvent les démocrates-chrétiens à se trouver un avenir politique : les nominations y sont toujours très délicates.

Sans compter que le portefeuille de l’Asile et de la Migration est devenu un véritable casse-tête : les retombées électorales sont négligeables, mais le risque d’erreur très élevé.

Problématique des migrants : informer plutôt qu’enfermer

Il n’en a pas toujours été ainsi. Ce poste a valu à Maggie De Block (Open VLD) de devenir la responsable politique la plus appréciée de Flandre, de même qu’à son successeur, Theo Francken (N-VA). Mais dans un cas comme dans l’autre, il était, à l’époque, plus facile de se démarquer.

Succédant aux démocrates-chrétiens francophones Melchior Wathelet et Joëlle Milquet, qui s’étaient montrés incapables d’affronter une crise de l’accueil, Maggie De Block a en effet pu s’acquitter de sa tâche en se posant en gestionnaire de crise pragmatique. À sa suite, Theo Francken a opéré une rupture radicale non pas par sa politique, mais par sa rhétorique, fondée selon certains sur des provocations verbales, selon d’autres sur une ingénieuse stratégie de dissuasion.

Or, les politiques de gestion de crise restent nécessaires. Et il est devenu impossible, pour le CD&V, de faire l’impasse sur la rhétorique de Theo Francken. Résultat : l’Asile et la Migration est désormais un maroquin semé d’embûches — le plus sensible sur le plan communautaire — et qui nécessite souvent de mener bataille pieds et poings liés.

Demandeurs d’asile : un afflux de main d’oeuvre à recruter

Tout d’abord parce que le contexte géopolitique est défavorable. Les frontières extérieures de l’Europe, longues et poreuses, nous séparent d’un monde instable devenu une véritable poudrière. La guerre en Ukraine n’a fait qu’aggraver la situation et la crise alimentaire qui se profile en Afrique du Nord risque d’encourager les départs.

« Quelle que soit la personne chargée de l’administrer, nous avons en grande partie perdu prise sur la politique migratoire. »

Ensuite, il manque à la politique d’asile et d’immigration sa clé de voûte : la conclusion d’accords clairs, avec les pays en question, concernant le renvoi des personnes qui ne peuvent demeurer en Belgique. La volonté ne suffit pas : la coopération de ces pays est indispensable.

Quelle que soit la personne chargée de l’administrer, nous avons en grande partie perdu prise sur la politique migratoire, prise en tenaille entre le sens moral des uns et les craintes identitaires et culturelles des autres. Même si l’on souhaitait choisir l’un de ces deux camps, les obstacles pratiques sont trop importants pour appliquer ce choix dans les faits.

Crise de l’asile: les politiques ne peuvent pas fuir leurs responsabilités

L’Asile et la Migration n’est plus le gage de succès électoral d’autrefois. On se contente de sauver les meubles en empêchant les gens de dormir dans la rue, en établissant des procédures rapides et claires et en évitant les astreintes. Ce qui revient à essayer de se parer d’un minimum de décence morale face à une situation sur laquelle on n’a jamais totalement prise.

Il s’agit d’une mission essentielle qu’il importe de mener à bien le mieux possible. Mais en aucun cas d’une recette magique pour la résurrection électorale des démocrates-chrétiens.

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