Métiers pénibles: qui sera le dindon de la farce?

1 mars 2018 | Auteur : | Traducteur : Guillaume Deneufbourg | Temps de lecture : 3 minutes

La grève menée par l’ACOD, syndicat des services publics à tendance socialiste (pendant flamand de la CGSP, ndt) a occasionné mardi plus d’agacement que d’embarras. Mais pourquoi diable faire grève pour dénoncer le flou qui règne autour de la reconnaissance de la pénibilité ? Tous les métiers sont pénibles, sans exception. Il est donc insensé, voire injuste, de vouloir dresser une liste des professions donnant droit à une pension anticipée. Encore plus lorsqu’elle est faite sur la base de critères obscurs. À chaque métier ajouté, une autre catégorie professionnelle se sentira à juste titre lésée, laissant ainsi une place toujours plus grande à l’arbitraire et à la partialité. La liste la plus équitable – ou la moins inéquitable, si vous préférez – est une liste vierge. Point final.

En quoi consistent exactement ces quatre critères sur lesquels se fondent les autorités pour définir ce qui est pénible et ce qui ne l’est pas ? Le travail physique lourd, la charge mentale, les risques pour la sécurité, les horaires inconfortables. Bien. Demandez à présent au conducteur de train d’évaluer la pénibilité de son travail. Il trouvera probablement qu’il répond à chacun des critères précités. Posez ensuite la question aux usagers, et tout porte à croire qu’ils indiqueront que le métier du conducteur n’en remplit aucun. À chacun sa vérité.

Qu’est-ce que la pénibilité ? Tout est pénible : les charges qui vous brisent le dos, le froid qui vous mord la peau, les nuits qui vous épuisent, le stress qui vous ronge, le bruit qui vous assourdit, les échéances qui vous traquent, les responsabilités qui vous accablent, les risques qui vous tourmentent, les dangers qui vous guettent. La pénibilité n’est pas tant liée au métier que vous exercez qu’à la façon dont vous le vivez au quotidien. Un journaliste ou un enseignant ne tiendrait pas une semaine dans la peau d’un maçon ou d’un pompier, c’est évident. Mais l’inverse est tout aussi vrai.

Tous les métiers sont lourds, mais pas nécessairement toutes les fonctions à l’intérieur d’une même catégorie professionnelle. Sur un chantier, dans une école ou dans un hôpital, tout le monde n’exerce pas le même travail, même lorsqu’ils ont le même titre. Enseigner le grec ancien dans une école élitiste ne revient pas à expliquer la théorie de l’évolution à des allochtones dans une école de banlieue. Une journaliste qui couvre le conseil des ministres à la rue de la Loi n’est pas le reporter de guerre qui relate l’évolution d’un conflit armé dans une région reculée du monde. Un magasinier qui charge des caisses à bout de bras dans un camion n’est pas logé à la même enseigne que celui qui arpente des allées dans un chariot élévateur.

Allons-nous donc subdiviser chacune de ces professions ? Autant d’années pour les lombalgies, autant pour les Manitous ? Pas simple, d’autant que les carrières linéaires se font de plus en plus rares. Un nombre croissant de travailleurs accumulent les postes au cours de leur vie professionnelle. Un travail pénible quelques années, une interruption, puis un autre travail, présenté comme moins pénible, mais qui le devient quand même par la suite. Bonne chance pour les calculs. Des compensations sont du reste déjà prévues par profession ou par secteur. Prenez les jours de congé supplémentaires pour les personnes âgées dans le secteur de la santé. Sont-ils réservés aux infirmiers et aux aides-soignants ou les employés de l’accueil y ont-ils également droit ?

Je serais curieux de connaître l’avis de Chris Reniers (AOCD/CGSP) sur les métiers qu’elle considère comme n’ayant pas droit aux conditions privilégiées ? Nous pourrions ainsi savoir directement qui seront les dindons de la farce, quand les décideurs se seront enfin mis d’accord. Vous et moi, probablement, qui appartenons à la majorité silencieuse des travailleurs qui n’ont pas la chance d’être protégés par un syndicat (public), un groupe de pression ou un ministre influent. Pour chaque privilège accordé aux métiers pénibles, des années supplémentaires devront être prestées dans ceux restés sur le carreau. L’équité présuppose ipso facto l’absence de liste, quelle qu’elle soit.

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Traducteur : Guillaume Deneufbourg
Auteur :
Date de publication : 27/02/2018