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Le contrôleur aérien, ce malade imaginaire

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14 avril 2016

Le contrôleur aérien, ce malade imaginaire

Temps de lecture: 3 minutes

Ils en sont malades, les contrôleurs aériens. Malades à l’idée qu’ils devront à l’avenir travailler jusqu’à 58 ans et plus jusqu’à 55. À un tel point qu’hier (mardi), ils ne pouvaient même plus se concentrer sur leur travail. Pour le moins fâcheux, car la capacité de concentration et la résistance au stress sont deux exigences indissociables de la fonction. Ce sont donc ces malades imaginaires qui ont paralysé l’aéroport de Zaventem. Oui, comme dans la dernière comédie de Molière. Et on en rirait presque, si ce n’était à en pleurer. Une grève. Maintenant. Trois semaines à peine après les attentats à Zaventem. Quel timing ingénieux. Qui a décidé de mener cette action ? À quel point faut-il être coupé des réalités pour faire grève à ce moment ? Depuis le 22 mars, tous ceux qui travaillent au sein et autour de l’aéroport ont fait montre d’un courage inouï. Tous ont ramassé les morceaux, rassemblé les débris, la tête haute, le regard fier, en faisant abstraction de leurs peurs. Zaventem revivait, Zaventem revolait.

Jusqu’à hier. À cause d’une bande de nombrilistes. Et il y a aussi de quoi en être malade, en tant que voyageur mais aussi en tant que citoyen, que contribuable et que Belge tout court. Malade à l’idée qu’un petit, mais puissant groupe de privilégiés puisse ainsi faire passer impunément ses intérêts personnels au-dessus de l’intérêt général de l’aéroport, mais aussi de tout un pays qui a été lourdement meurtri par les attentats. Quel manque de respect. Quel manque de discernement.

Le gouvernement doit à présent retirer ses gants de velours pour régler ce conflit qui exige une main de fer. Il en va de sa crédibilité, à nouveau menacée dans ce dossier. La moindre concession faite aux contrôleurs aériens ouvrirait une brèche dans laquelle s’engouffreraient immédiatement tous les autres groupes professionnels, qui se sentiraient alors lésés, à juste titre.

Bien sûr, le métier de contrôleur aérien est exigeant. Physiquement, en raison des horaires irréguliers, et psychologiquement, en raison des nombreuses vies humaines menacées par la moindre erreur d’appréciation. Un nombre bien supérieur à celui des victimes des attentats du 22 mars. S’agit-il d’un métier pénible ? Oui, mais il n’est pas le seul. Ces travailleurs méritent-ils de travailler moins longtemps que les autres ? Non, pas nécessairement.

Aujourd’hui, arrêter de travailler à l’âge 55 ans est une absurdité. Et prendre sa retraite à 58 ans reste un privilège. Personne ne conteste le fait que les contrôleurs aériens assument de lourdes responsabilités, mais leur confortable salaire et leurs autres avantages compensent déjà largement cette pénibilité. Leur rémunération de base s’élève à 6200 € bruts. Ils la méritent. Ce traitement de faveur n’est d’ailleurs pas une exclusivité belge. En Espagne, et aussi ailleurs, la majorité des contrôleurs aériens gagnent plus qu’un ministre. Mais sommes-nous alors aussi en droit d’attendre d’eux le même sens des responsabilités qu’un ministre ? Est-ce vraiment beaucoup leur demander que de ne pas se comporter continuellement comme des enfants gâtés, comme des éternels insatisfaits qui n’hésitent pas à faire grève pour une chaise de bureau déglinguée qui perturberait leur concentration ? Sic. Sick.

Les organisations syndicales de la fonction publique ont rejeté l’accord social de Belgocontrol. Ils ne se sont pas rendu service. Et on en revient inévitablement à l’éternel débat sur les limites du droit de grève et sur la prestation d’un service minimum, même dans le secteur aérien. Une histoire sans fin, dont nous ne sortirons jamais. Il serait bien plus sensé d’ajouter simplement une exigence au descriptif de fonction du contrôleur aérien : le sens civique. Car de toute évidence, il n’en fait pas partie. Lamentable et scandaleux.

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