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20 août 2015

Fini les codes, payez par selfie !

Temps de lecture: 3 minutes

Regarder l’objectif de son smartphone, cligner de l’œil et payer ses achats : difficile de faire plus simple. Du moins de l’avis de MasterCard. L’entreprise vient de lancer un projet pilote qui permet aux clients de payer leurs achats par selfie ou par empreinte digitale.

Le monde entier semble pris d’une passion dévorante pour les selfies, ces autoportraits que les gens ou les groupes prennent en tenant à bout de bras leur appareil-photo. Terriblement narcissiques selon certains, mais MasterCard s’en tamponne le coquillard : l’entreprise y voit avant tout un mode de paiement sûr et rapide. Lancé aux Pays-Bas, le projet Selfie Pay s’inscrit dans la volonté de MasterCard de trouver de nouveaux moyens de sécuriser les achats en ligne.

À l’heure actuelle, les clients peuvent configurer un mot de passe, mais il n’est pas rare qu’ils le perdent ou se le fassent voler, si bien que l’entreprise s’ingénie à innover. À l’exemple d’Apple, on devrait bientôt pouvoir confirmer un paiement à l’aide d’une simple empreinte digitale sur son smartphone. Il pourrait même être possible de payer ses achats grâce à un scan du visage, le fameux selfie.

Isabelle Roels, responsable de la communication de MasterCard Benelux : « Le grand avantage est que les gens n’ont plus besoin de réfléchir à leur code. La facilité d’utilisation est bien supérieure et c’est ce que les clients attendent. Les magasins proposent déjà de nombreux nouveaux modes de paiement, entre autres avec des smartphones et des cartes sans contact. Les clients des boutiques en ligne attendent la même facilité pour leurs paiements.»

Voilà pourquoi MasterCard a lancé ce projet pilote auprès de 750 Néerlandais, sélectionnés pour leurs penchants pour les nouvelles technologies, explique Isabelle Roels. Ils reçoivent ainsi l’honneur de cette première mondiale. « Si nous pouvons convaincre les Néerlandais, nous devrions aussi y arriver avec le reste du monde », ironise-t-elle. La phase d’essai s’étend jusqu’au 30 novembre, mais Isabelle Roels compte bien déployer prochainement la technologie dans le reste du monde : «  nous y croyons fermement. »

La reconnaissance faciale n’est pas la seule méthode biométrique testée par MasterCard, qui expérimente aussi le paiement par empreintes digitales et par reconnaissance vocale. « Mais nous croyons surtout au succès de la reconnaissance faciale et des empreintes digitales. Si le test est concluant, nous étendrons le système aux cartes bancaires et à d’autres pays. »

Techniquement, la nouvelle méthode de paiement utilise un « selfie vidéo », car le consommateur est censé cligner des yeux au moins une fois durant le contrôle du visage sur le smartphone. MasterCard veut ainsi éviter que des fraudeurs utilisent des photos ou des vidéos sur un téléphone mobile afin de contourner la sécurité.

Que le consommateur se coupe la barbe ou qu’il adopte une nouvelle coiffure ne fait aucune différence au moment de la vérification du selfie. L’application mesure les dimensions et la forme de l’œil, du nez, de la mâchoire et des pommettes ainsi que l’écart entre ceux-ci.

« Tout est piratable »

Exactement comme pour la photo d’un passeport, l’utilisateur ne peut pas rire sur le tout premier autoportrait qu’il présente au service bancaire. Un visage souriant est plus difficile à reconnaître. S’il veut s’identifier par un selfie, celui qui porte de lunettes doit les ôter. À défaut, le système ne pourra pas identifier correctement les traits du visage de l’utilisateur et être perturbé par la réflexion des verres. Un reflet pourrait également être le signe qu’on utilise une photo imprimée ou une capture d’écran.

Pour réduire encore les risques, on pourrait aussi limiter le montant de la transaction payée par selfie, même si MasterCard n’en a pas l’intention pour l’instant. Pieterjan Van Leemputten, journaliste attaché à la revue professionnelle DataNews : « il est logique que MasterCard expérimente la reconnaissance faciale et les empreintes digitales. Ces méthodes sont plus sûres et plus faciles pour les utilisateurs, surtout les empreintes digitales, alors que c’est beaucoup moins vrai pour les codes PIN et les mots de passe, toujours plus exposés aux hackers. Ils subsisteront encore un peu, mais ils sont voués à une mort certaine. Aujourd’hui, les entreprises recherchent activement d’autres solutions, comme en témoigne ce projet pilote. Même si dans l’absolu, tout système reste piratable. »

Reste à savoir si les Belges s’enthousiasmeront eux aussi pour ces modes de paiement biométriques. Bien plus que les Néerlandais, nous ne jurons encore que par l’argent liquide. L’an dernier, nous avons atteint un montant record de 42 milliards d’euros. « Je ne voudrais pas exagérer la longueur d’avance technologique des Pays-Bas. Je ne pense pas qu’ils aient cinq ou dix ans d’avance sur nous, même s’ils sont très actifs dans le domaine du numérique », dit Pieterjan Van Leemputten. « Je n’entrevois toutefois aucun obstacle à la mise en place de cette nouvelle technologie dans notre pays. »

L’article en VO

Traduit du néerlandais par Marie-Andrée Pieters

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