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Faut-il sanctionner plus lourdement les squatteurs de la bande centrale?

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15 février 2018

Faut-il sanctionner plus lourdement les squatteurs de la bande centrale?

Temps de lecture: 3 minutes
Jan Segers
Auteur
Fabrice Claes
Traducteur Fabrice Claes

Papy payera bientôt 116 euros lorsqu’il monopolisera encore la bande centrale, soit la même somme que le jeune cadre dynamique qui le dépassera par la droite. Vous trouvez ça logique ? Faut-il vraiment sanctionner de la même façon la conduite agaçante et la conduite dangereuse ?

Qui n’a jamais levé le majeur en dépassant – par la gauche ou par la droite – un de ces accros à la bande du milieu, homme ou femme qui a généralement plus d’années que de kilomètres au compteur ? Motif de la colère : ils ne se rabattent pas assez vite sur la bande de droite, soit par distraction, soit par paresse, soit tout simplement parce qu’ils ne se sentent pas en sécurité entre les camions. Ils ont toujours existé, ces empereurs du milieu, et ils sont tenaces. En 2006, nos autorités ont lancé une campagne de sensibilisation sur les autoroutes, à grand renfort d’affiches pleines d’esprit dénonçant les comportements dangereux. « Vous roulez à gauche ! Vous avez des ancêtres anglais ? » La campagne n’a servi à rien. Aujourd’hui encore, selon un sondage mené par Vias (l’ex-IBSR), rien n’énerve plus les conducteurs que ces automobilistes scotchés sur la bande du milieu. À côté d’eux, même ceux qui vous collent au train ou qui zigzaguent sous l’effet des notifications WhatsApp seraient des enfants de chœur.

Ce sondage nous éclaire surtout sur notre seuil d’irritabilité au volant. Celui qui monopolise la bande du milieu n’est en général pas un maniaque de la vitesse. Il ralentit inutilement la circulation. Ce comportement, considéré depuis belle lurette comme une infraction de premier degré, est sanctionné par une amende de premier degré de 58 euros. Deux députés Open Vld désirent désormais faire passer cette infraction au deuxième degré et doubler le montant de l’amende à 116 euros. Autrement dit : papy devra payer autant que le jeune cadre nerveux et pressé qui le dépasse par la droite. Pour les libéraux, les deux infractions se valent. En effet, si le jeune cadre est tenté de commettre une infraction, c’est bien papy qui l’a tenté, selon leur raisonnement. C’est un peu comme si une femme qui se fait tripoter se faisait sanctionner de la même manière que le peloteur, au motif qu’elle n’avait pas à le provoquer en mettant une mini-jupe. De surcroît, on sanctionne ici un comportement agaçant au niveau d’une infraction mettant en péril les autres conducteurs. Est-ce bien le but ? Va-t-on dorénavant sanctionner aussi sévèrement ce qui nous énerve que ce qui est dangereux ? Rester sur la bande du milieu, est-ce aussi répréhensible que de refuser une priorité ou utiliser son smartphone au volant ?

Le système d’amendes belge actuel a été introduit en 2006 par le ministre des Transports de l’époque, Renaat Landuyt (sp.a). Ce système est logique, raisonnable et proportionnel. Depuis, divers tarifs ont été revus à la hausse, mais dans un but bien précis, notamment celui de s’adapter à l’évolution des sensibilités de notre société. Par exemple, la récidive de conduite en état d’ivresse est plus sévèrement sanctionnée. Mais il arrive aussi qu’on chipote inutilement à ce système de proportions, comme dans ce cas-ci. C’est une belle somme, 116 euros. Est-elle seulement proportionnelle à la gravité de l’infraction ? 116 euros, c’est ce que coûte de rouler à 66 km/h en agglomération, ou à 141 km/h sur l’autoroute. Sans parler des amendes nettement supérieures infligées par nos tribunaux de police et rarement encaissées. Dans la pratique, les véritables chauffards et les multirécidivistes s’en sortent bien trop souvent à bon compte, et ce sont toujours les petits qui paient bravement leur amende, et bientôt même le double, comme ce pécheur amoureux de la bande du milieu.

Bien sûr, on me rétorquera qu’aux Pays-Bas, squatter la bande du milieu coûte 140 euros. Mais là-bas, dépasser par la droite coûte 230 euros. En d’autres termes, la distinction que l’Open Vld et le MR veulent abroger reste d’application aux Pays-Bas, et à juste titre. Puis, à quoi bon doubler une amende qui ne fait l’objet que de 50 procès-verbaux par semaine ? La police considérera-t-elle tout à coup la bande du milieu comme une priorité ? Dans ce cas, comment constater cette infraction sans recourir à l’arbitraire ? En effet, s’il est facile de constater que quelqu’un double par la droite, combien de temps et à quelle vitesse faut-il rouler sur la bande du milieu pour être en infraction ? Aussi, tiendra-t-on compte de la densité de la circulation ? Non, cette proposition n’a pas lieu d’être. Que veut-on ? Toujours plus de sévérité ? Des amendes de plus en plus élevées ? De moins en moins de tolérance ? Encore plus de sacrifices sur l’autel de la sacro-sainte séc

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