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16 février 2018

Jef Geys : mort d’un artiste humaniste

Temps de lecture: 2 minutes

L’artiste conceptuel flamand Jef Geys est décédé lundi dernier à l’âge de 83 ans à Genk, dans le Limbourg. DaarDaar a demandé à l’artiste liégeois Jacques Charlier, proche de son courant artistique et ami de longue date, en quoi Geys a marqué l’art contemporain en Flandre et en Belgique en trois questions.

DaarDaar : Comment et quand avez-vous rencontré Jef Geys ?

Jacques Charlier : J’ai fait la connaissance de Geys dans le début des années 70, à l’occasion d’une performance au Musée d’Art Moderne d’Anvers [Aujourd’hui le M HKA, ndlr] au moment où il avait réalisé un plan de sabotage fictif du musée  : il avait disposé de faux bâtons de dynamite dans tous les coins du bâtiment. Moi, je faisais une exposition directement après. A cette occasion, Jef Geys avait d’ailleurs écrit une lettre au Ministère de la Culture de l’époque où il expliquait que le Musée était une prison pour l’artiste.

Par après, on a fait quelques expositions collectives, avec Panamarenko, notamment. Ils avaient tous deux une orientation politique proche de la mienne, mais aussi proche du public de la région de Mol (Province d’Anvers) où Geys a enseigné et organisé une exposition dans une école où figurait d’ailleurs mes Paysages professionnels [œuvres de Jacques Charlier exposées dans les années 70, ndlr]. 

On s’est revu au fil des expositions. Il n’a jamais changé de formule, mais il changeait souvent de style et de support : peinture, performance, etc. Nous avions pas mal de choses en commun mais son art était plus poétique que le mien. Quand on fera une rétrospective, on s’en rendra forcément compte, mais on verra aussi qu’il a toujours cherché à être proche du peuple, sans pour autant être pop, et à se distancer des milieux intellectuels.

DD : Quelle est, à votre avis, l’œuvre la plus représentative de Jef Geys :

JCH : Ce serait sans doute celle où, en 1969, il couvre le Tour de France et la première victoire d’Eddy Merckx (« Le Tour de France 1969 d’Eddy Merckx », ndlr). Il fait une série de photographies du cycliste, mais aussi des banderoles, des logos, des publicités… Une autre œuvre à laquelle je pense est celle où il a peint, chaque année, sur des sachets de semences de fleurs ou de légumes avant d’en faire un agrandissement.

DD : Comment devrait-on se souvenir de lui ?

JCH : Pas uniquement comme d’un artiste, aussi comme d’un humaniste. Il était très représentatif de l’art conceptuel en Flandre. Il n’a jamais sombré dans le commercial même si il s’en tirait tout à fait sur le marché de l’art.

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