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Saint-Valentin ou carême : il va falloir choisir !

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14 février 2018

Saint-Valentin ou carême : il va falloir choisir !

Temps de lecture: 2 minutes

Même si les derniers confettis ne sont pas encore retombés, les réjouissances carnavalesques ont officiellement pris fin hier. Moment d’exubérance débridée, de facéties et de douce mutinerie, le carnaval prélude, dans la tradition catholique, à son exact contraire : le carême. Cette période de jeûne commence aujourd’hui, le mercredi des Cendres. Et par un malheureux hasard de calendrier, ce jour d’abstinence coïncide cette année avec une autre tradition qui lui est en tous points opposée : la Saint-Valentin.

Marquant le début du jeûne, le mercredi des Cendres est un jour de frugalité, de réserve, de repentir et d’introspection – les cendres étant le symbole de notre condition de simples mortels. Mais cette année, le mercredi des Cendres tombe le 14 février, jour où nous célébrons traditionnellement la Saint-Valentin.

Les plus attachés aux valeurs de notre société occidentale chrétienne sont donc déchirés par un effroyable dilemme : choisir entre la sobriété du mercredi des Cendres et l’abondance de la Saint-Valentin, fête chrétienne presque aussi ancienne, qui figurait déjà en bonne place dans notre calendrier à la fin du Xe siècle. Le problème est que la Saint-Valentin est tout sauf un symbole de retenue et nous avons pris pour habitude de la fêter dans l’animation, la consommation, les cadeaux, et parfois même un certain degré d’hédonisme.

Aujourd’hui, dans notre culture occidentale, la Saint-Valentin est devenue une sorte de prolongation du carnaval (réservée à la sphère privée), une occasion pour les fleuristes, bijoutiers et autres restaurateurs de se remplir les poches. Soulignons quand même au passage la facilité avec laquelle certaines « habitudes » passent à la postérité : la Saint-Valentin, au sens commercial du terme, n’existe finalement que depuis un bon quart de siècle. À ce titre, elle est logée à la même enseigne que la fête des Mères, la fête des Secrétaires et, plus récemment encore, Halloween, qui est d’ailleurs tout sauf une célébration chrétienne.

Ceux qui rechigneront à acheter en ce jour un bouquet de fleurs ou à lever une coupe de bulles pourraient se voir affublés de l’étiquette de marginal. Les conventions sociales présupposent ainsi que quiconque ne fait rien de particulier à la Saint-Valentin a manqué l’amour et passe ses journées dans la solitude, accablé sous le poids de l’échec sentimental. Une étiquette qui n’est finalement pas très éloignée de la croix de cendre que les catholiques dévots se traceront sur le front en ce mercredi.

Ce 14 février sera ainsi placé sous le signe du paradoxe : faire la fête ou faire la diète. Mais c’est un simple hasard de calendrier, où la Saint-Valentin a toujours eu une place fixe, contrairement au mercredi des Cendres, fête chrétienne par excellence, qui tombe 40 jours exactement avant Pâques. Qui de ces grandes traditions culturelles remportera la bataille ? À l’évidence, la Saint-Valentin et le secteur horeca. Mais le mercredi des Cendres et le carême ne perdront pour autant. Car chaque culture se décline à plusieurs niveaux. Nous sommes partagés entre deux visions de la tradition, mais qui ne sont pas nécessairement contradictoires. Le dilemme qui est le nôtre aujourd’hui témoigne avant tout de la diversité et de la polyvalence de notre culture. Deux caractéristiques qui en font toute la richesse. Vive les paradoxes !

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