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Expulsions d’enfants : la défaillance de l’Etat

(cc) BriYYZ

30 août 2016

Expulsions d’enfants : la défaillance de l’Etat

Temps de lecture: 3 minutes

Les autorités ont suscité l’illusion que la régularisation des sans-papiers n’impliquait qu’un délai d’attente de cinq ans.

Djellza, la jeune fille de 16 ans qui, ce soir, allait être mise dans un avion pour le Kosovo, a fait son choix. Elle a opté pour la clandestinité et est donc vouée à vivre dans l’obscure illégalité. Elle ne fait plus partie de ces nombreux demandeurs d’asile sans papiers qui, s’ils font preuve d’un peu de prudence, peuvent continuer à vivre dans notre pays sans trop de tracas.

C’est maintenant seulement que son avenir paraît désespéré. Sans scolarité, sans adresse fixe. Désormais, elle sera pourchassée avec toute sa famille. Et un jour, on finira par la trouver et on la boutera violemment hors du pays, vers ce pays qu’elle ne connaît pas, et où son avenir est des plus incertains.

Qui lui a recommandé de franchir ce pas ? Son père, son avocat ? Cette décision n’est pas très judicieuse. Sa famille met dans l’embarras l’ensemble des autorités belges, la police, tous les services des étrangers, jusqu’au ministre lui-même. Cette décision ne restera pas sans conséquences et hypothèque ses chances de pouvoir à terme revenir légalement dans notre pays pour y faire des études. Quiconque engage une lutte ouverte avec les autorités est voué à échouer.

Voilà donc un dossier d’asile qui tourne mal, un de plus. Ce ne sera pas le dernier car les autorités ont durci leur attitude dans des dossiers où elles se montraient autrefois plus tolérantes pour des motifs humanitaires.

De nouvelles voies

Ne faut-il donc pas appliquer la loi ? Si, bien entendu, la loi doit être appliquée, car le maintien de la législation en est une composante essentielle. Autrement, il ne servirait à rien de légiférer.

Pourtant, il convient de nuancer cette affirmation. Des juges équitables doivent tenir compte des antécédents ; au moment de prendre une décision, ils doivent vérifier si les autorités n’ont pas elles-mêmes suscité de faux espoirs et si elles ont bel et bien mené leur politique d’une manière égale pour tous.

Dans cette affaire, il est clair que les avocats d’asile ne sont pas seuls en faute. C’est aussi le cas des autorités elles-mêmes. Comme leurs collègues des pays voisins, les gouvernements et ministres successifs sont restés en défaut durant des décennies. Nous avons dénoncé et répété maintes fois dans ce journal qu’il ne pouvait pas être question d’une politique sérieuse si les gens pouvaient réintroduire sans cesse de nouvelles demandes sans apporter de nouveaux faits ou arguments, pour échapper ainsi de facto à l’expulsion.

La famille de Djellza l’a fait à sept reprises et a donc reçu huit fois une décision négative. Sans que ces refus ne débouchent sur une expulsion effective. Comment était-ce possible ? C’est très simple : c’était possible parce que les autorités l’ont permis, en connaissance de cause, malgré des critiques répétées et sévères. Parce que certains y trouvent leur intérêt et que d’autres pouvaient ainsi éviter de faire leur travail. Quel pouvait en être le message ?

Les demandes répétées n’étaient pas le seul symptôme de l’échec de la politique d’asile. Les autorités belges ont aussi suscité d’une autre manière l’illusion que tout finirait par s’arranger plus tard, que les gens ne devaient attendre que cinq ans et qu’ils seraient ensuite régularisés collectivement. Elles ont aussi organisé plusieurs opérations de ce type, pour des dizaines de milliers de demandeurs d’asile à la fois, en plus de mettre une loi sur la nationalité accélérée (“snel-Belg-wet”) à la disposition des candidats.

Cette approche était une politique réfléchie, organisée sciemment, de manière à créer de nouvelles voix.

Et c’est précisément ce qui a permis aux avocats spécialisés de recommander aux candidats de faire juste preuve d’un peu de patience. Il est donc facile de rejeter la faute sur les parents qui ont indubitablement cru qu’ils agissaient dans l’intérêt de leur fille.

Le sujet suscite d’autres considérations, telles que celle-ci : la justice a-t-elle aussi traité tout le monde de la même manière ? On a pu constater récemment que des criminels illégaux ou les combattants d’une armée étrangère, jusqu’y compris un personnage soupçonné de terrorisme, étaient remis à la rue après quelques nuits de cachot, certains équipés d’un bracelet électronique.

Ici, il ne s’agissait pas de familles intégrées qui ne font de mal à personne, mais qui représentent contraire un atout pour notre pays. Et qui doivent quand même le quitter parce qu’entre-temps, le climat dans la communauté a changé. Et qu’il leur est aujourd’hui défavorable, même s’ils ont entendu l’appel des autorités. Apprenez la langue, adaptez-vous. Cela vous aidera. Que nenni.

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