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La frontière linguistique, un éternel mur du chômage

(cc) Antrania via Pixabay

2 mai 2019

La frontière linguistique, un éternel mur du chômage

Temps de lecture: 2 minutes
Fabrice Claes
Traducteur Fabrice Claes

Certes, la Wallonie n’est pas la seule région d’Europe à connaître des taux de chômage désastreux. Il est vrai également que les écarts peuvent être énormes en fonction des provinces. Le taux de chômage du Hainaut (10 %) est le double de celui de la province du Luxembourg (5,4 %). Mais malgré ces divergences, la situation binaire de la Belgique demeure dramatique. La frontière entre l’Europe latine et l’Europe germanique marque la séparation entre les pays à chômage élevé et peu élevé. De plus, l’écart entre ces deux mondes ne rétrécit pas : le nord s’envole tandis que le sud reste bloqué au sol. La frontière linguistique risque bien de devenir un mur du chômage permanent autant qu’un piège à pauvreté.

C’est la crise insidieuse qui, depuis tant de temps, mine la construction belge. Nul besoin des clairons nationalistes pour le savoir : la crise deviendra institutionnelle si, dans cinq ans, par l’effet de la sixième réforme de l’État, on s’approche d’un système où les entités fédérées sont financées à hauteur de ce que rapporte l’impôt sur les personnes physiques dans les régions. Etant donné leurs besoins financiers, Bruxelles et la Wallonie seront en position de demandeuses : une aubaine pour les confédéralistes.

Cependant, les chiffres sur le fossé grandissant de la Belgique en matière de chômage de longue durée, de ménages où personne ne travaille, de pauvreté infantile, d’espérance de vie et de qualité de vie posent la question suivante : quel est le véritable intérêt de la Flandre ? Une Wallonie immobile, découragée, puis abandonnée ? Certainement pas. Si, pendant longtemps, on a parlé de solidarité interrégionale, aujourd’hui, c’est d’un problème de stabilité nationale qu’il s’agit. En termes de chômage, Bruxelles fait partie des plus mauvais élèves d’Europe, derrière des pays comme la Bulgarie. Notre capitale se situe au niveau désastreux de la Grèce et du sud de l’Italie, en plein désarroi économique. Au cas où quelqu’un, en pleine crise d’hallucination, le proposerait : non, la Flandre ne peut pas abandonner Bruxelles à son sort. Ne serait-ce que pour la richesse produite par la ville-région.

La seule manière de mener des discussions positives sur ce qu’il convient d’entreprendre, c’est de mettre ouvertement sur la table la question de l’intérêt flamand. La régionalisation, qui a commencé il y a trente ans, a ceci de paradoxal : plus on transfère aux régions des leviers économiques et des compétences, moins le fédéral dispose d’outils pour intervenir. Le malaise wallon est profond. Toutes les tentatives de relance politique ont échoué. Les milliards d’euros de fonds européens et les moyens investis dans les différents plans Marshall sont épuisés. Les réussites sont trop rares. L’espoir ne suffit plus, il faut changer de stratégie. La Flandre, dont les caisses se vident petit à petit, parle désormais de « fédéralisme de responsabilisation ». Un bel euphémisme pour dire que dorénavant, les transferts nord-sud seront liés à des objectifs vraiment contraignants. C’est un exercice périlleux que d’utiliser sa suprématie avec sagesse.

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