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Vidéo polémique de Studio Brussel: sommes-nous encore tous Charlie ?
26·03·26

Vidéo polémique de Studio Brussel: sommes-nous encore tous Charlie ?

À l’occasion du « Blue Monday », considéré comme le jour le plus déprimant de l’année, des animateurs de Studio Brussel (VRT) ont cassé toutes sortes d’objets dans une « rage room » improvisée, afin d’évacuer leurs frustrations. Parmi ces divers objets se trouvaient notamment deux statues de Marie et de Jésus, ce qui a attiré l’attention de Colm Flynn, un journaliste irlandais qui travaille notamment pour la chaîne catholique EWTN News. Lors d’une interview aux Radiodays Europe, ce dernier a interpellé les animateurs Eva De Roo, Dries Lenaerts et Sam De Bruyn à ce sujet. Il a ensuite publié l’extrait sur X, où il a depuis été visionné des centaines de milliers de fois (voir vidéo ci-dessous).
Temps de lecture : 3 minutes Crédit photo :

© Belga Image

« Oseriez-vous faire la même chose avec des symboles musulmans ou juifs ? » C’est la question qu’un journaliste de la BBC a posée à des animateurs de Studio Brussel après les avoir vus fracasser au marteau des statuettes de la Vierge et du Christ.

Son intuition était juste : on peut s’attaquer de front à sa propre religion, mais gare à ceux qui se moqueraient de l’islam ou du judaïsme. Les animateurs en question ont d’ailleurs convenu que ce serait aller trop loin. Mettre ces reliques en morceaux ? Aucun problème : elles proviennent de la tradition chrétienne, et l’on peut rire de soi et de sa culture. Mais pas de celles d’autrui.

Il ne faut y voir ni une bonne blague ni une prise de position de la part de la radio publique flamande. Le trio d’animateurs n’a rien voulu faire d’autre que d’évacuer les frustrations des auditeurs en démolissant des objets. L’époque où Studio Brussel était la grande radio des esprits rebelles est bel et bien révolue. Cela étant, le raisonnement voulant qu’on ne puisse rire que de sa propre culture ne tient pas plus debout que la statuette dont les éclats jonchent le sol. Quelle forme de musellement s’impose-t-on là ?

« Je suis Charlie ! »

Cette question m’a spontanément ramenée une dizaine d’années en arrière, quand, de gauche à droite, tout le monde s’écriait avec indignation « Je suis Charlie ! ». On défendait alors le droit de rire du prophète Mahomet. Des journalistes de l’hebdomadaire satirique avaient payé cette idée de leur vie. C’était l’union sacrée, les rues étaient noires de monde. Mais sommes-nous encore tous Charlie ? À en juger par la réponse des trois animateurs de la VRT, la chose est loin d’être évidente. Considéreraient-ils le fait de se moquer de l’islam comme discriminatoire ? Dans l’affirmative, ne serait-ce pas là la preuve ultime que l’intégration n’est pas encore achevée ? Car traiter une autre religion comme un petit objet fragile, c’est maintenir la distance. Pour se montrer véritablement inclusif, ne faudrait-il pas plutôt se moquer de tout le monde, sur un pied d’égalité ?

« Veillons à ne pas nous retrouver dans une situation où la gauche ménagerait l’islam par peur de blesser l’autre et où la droite sanctuariserait le christianisme par crainte de perdre son identité. »

Il y a aussi une autre hypocrisie dans ce débat. Se moquer de l’islam ne provoquerait peut-être pas de critiques dans l’immédiat. Après tout, on a le droit de penser et de dire ce que l’on veut ! Mais dès qu’on raille le christianisme, les susceptibilités s’enflamment. Sont alors brandis les arguments de l’effacement culturel et de l’identité honteuse : weg met ons ! Le sénateur N-VA Karl Vanlouwe voit d’ailleurs dans ces images une forme de haine de soi. Ce sentiment existe peut-être chez certaines personnes, mais de là à en faire une généralisation à la moindre plaisanterie sur nos propres traditions et culture… Veillons à ne pas nous retrouver dans une situation où la gauche ménagerait l’islam par peur de blesser l’autre et où la droite sanctuariserait le christianisme par crainte de perdre son identité.

Le raisonnement des animateurs de Studio Brussel — selon lequel ils ne pourraient rire que de leur propre religion — ne tient pas. Mais l’idée suivante, aussi inconfortable soit-elle, vaut peut-être aussi la peine d’être retenue : pouvoir rire de sa propre culture et de sa propre religion est non seulement positif, c’est aussi un signe de liberté.

Liberté d’expression : faire taire la haine c’est nourrir le populisme

 

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