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3 février 2016

John Crombez enterre la Convention de Genève

Temps de lecture: 3 minutes
Micheline Goche
Traducteur Micheline Goche

Limiter le nombre de réfugiés et les renvoyer en Turquie… Une idée de Dewinter (Vlaams Belang) ? Une idée de De Wever (N-VA) ? Non, c’est celle de John Crombez (SP.A).     

Contexte : Diederik Samsom, président du parti travailliste néerlandais (PvdA), a présenté un plan de migration qui vise à limiter le nombre de migrants en Europe et à renvoyer le plus rapidement possible tous les migrants partis de la Turquie pour entrer en Europe via la Grèce. John Crombez, président du parti socialiste flamand (SP.A) a soutenu les déclarations de son homologue néerlandais lors de l’émission de la VRT De Zevende Dag.

Que serait-il arrivé si Bart De Wever avait soutenu le plan Samsom ? La gauche flamande – le SP.A essentiellement – aurait explosé. « Inhumain ! » « Inacceptable! » « Irréalisable ! »  Sur les réseaux sociaux, on brandirait la réaction d’Amnesty International qui décrit le plan du chef du PVDA comme une « banqueroute morale ». Les journalistes prendraient immédiatement contact avec des professeurs d’université et des associations de réfugiés pour dresser un état de tous les problèmes juridiques pour le journal du lendemain.

Mais voilà, c’est donc John Crombez qui s’est révélé un fougueux partisan de son collègue néerlandais. Ce qui, pendant des mois, était une abomination semble aujourd’hui une piste valable. Les sociaux-démocrates flamands se rangent derrière l’idée d’un plafond du nombre annuel de réfugiés et le principe d’un renvoi de ceux-ci vers la Turquie. Si De Wever a été accusé de se situer juste au seuil de l’extrême droite, Crombez veut nous faire croire maintenant que ceci est une recette socio-démocratique, que c’est une voie correcte qui nous évite le chaos. Même pour un président de parti flamand, il y a là une pirouette vertigineuse.

Crombez déborde De Wever sur sa droite. Dans l’optique de De Wever, la Convention de Genève doit être revue : selon le président de la N-VA, les réfugiés ne peuvent bénéficier tout simplement, sans limites, des avantages sociaux pour lesquels les Flamands ont cotisé. Jusqu’à présent, la N-VA n’a encore proposé aucun plafond formel du nombre de réfugiés qui pourraient venir en Europe – ce que Diederik Samsom a fait. Dans les faits, le plan Samsom met un terme à la Convention de Genève – ce qu’en Flandre, Bart Eeckhout a également reconnu dans De Morgen. Qui instaure un quota de réfugiés prive, en effet, de nombreuses personnes du droit d’introduire encore une demande d’asile. C’est le raisonnement du style « trop c’est trop » qui a été déversé, pendant des années, par tous ceux qui se disaient de gauche.

Ce n’est pas le fait de renverser radicalement la vapeur qui fait de vous un capitaine fiable. Crombez prouve surtout qu’il sait interpréter les sondages. Toutes les enquêtes réalisées auprès des électeurs montrent qu’une politique d’asile généreuse n’est pas du tout appréciée par le grand public, même par les électeurs de gauche. Le vent tourne dans toute l’Europe et, même en Allemagne, tout le monde a, en fait, revu sa position. Crombez ne veut pas attendre le dernier moment pour quitter le navire Willkommenskultur à la dérive (ce que le CD&V semble avoir l’intention de faire). Le président du SP.A franchit le pas maintenant, dans l’espoir que beaucoup d’électeurs auront oublié le parcours sinueux pour les prochaines élections. Le prince héritier d’Ostende voit un marché ouvert pour un parti ancré à gauche : populiste contre la politique d’économies et populiste contre une hospitalité illimitée. Pour Crombez, cette prise de position vaut bien quelques détours.

Reste la question de la crédibilité de la conversion de Saint-Paul de Crombez. En fait, il faut voir comment se manifestera l’ancrage à gauche du SP.A. Dans le parti, il y a sûrement un bon nombre de progressistes qui n’ont aucune envie de donner raison à Bart De Wever. Même si Crombez n’est pas l’objet de critiques publiques, on peut être certain qu’à l’intérieur de son parti, il en est pas mal qui sont prêts à s’opposer fortement à lui sur ce point. Le SP.A peut aussi s’attendre à de vives objections de la part d’instances gauchisantes et journalistiques. Si alors les sondages devaient encore montrer que l’électeur ne prête pas attention au nouveau parcours de Crombez, il se pourrait bien que le SP.A se tourne, à nouveau, sous peu vers la moralité, au prix, évidemment, d’un nouveau changement de cap.

Entretemps, la puissance de tous ces reproches de gauche a été démontrée une fois de plus.  Ils peuvent pulluler pendant des mois. Ils peuvent débiter les précédents historiques les plus atroces. Ils peuvent surfer sans honte sur des enfants morts. Ils peuvent déformer tous les sentiments imaginables. Ils peuvent détourner votre point de vue. Ils peuvent vous inonder de mensonges. Mais quand les choses se passent vraiment, quand le problème se manifeste de manière pressante, quand la crise s’éternise, alors les partis de gauche traditionnels eux-mêmes prennent un virage. Il est rare qu’en Flandre, une conférence ait créé autant de chahut que le jour où Bart De Wever a stigmatisé la Convention de Genève devant un public d’étudiants, à Gand. Il n’y a pas six mois, l’opposition reprenait même l’opinion en l’amplifiant. Les déclarations de John Crombez sont à retenir pour la prochaine fois qu’on parlera à nouveau de racistes et de fascistes.

Leonie De Pauw pour Doorbraak
Traduit du néerlandais par Micheline Goche

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