Les Groningois ? Revêches. Les Limbourgeois ? Mollassons. Les Flamands occidentaux ? Incompréhensibles ! On admire les sonorités régionales, mais on fronce vite les sourcils en entendant quelqu’un les utiliser. Cette attitude ne dit rien des dialectes eux-mêmes et révèle surtout nos préjugés.
D’après des sondages menés aux Pays-Bas et en Flandre, la plupart des néerlandophones considèrent les dialectes et les langues régionales comme une richesse qu’il serait dommage de voir disparaître. Les langues régionales et les dialectes sont donc vus d’un assez bon œil. Pourtant, on ne peut pas en dire autant des personnes qui les parlent. En entendant, au détour d’un voyage en train, un enfant demander une tartine à ses parents en dialecte (meug kik nog e stuutjen en?), beaucoup se disent en effet que ce pauvre petit âne n’ira pas bien loin dans la vie. Mais pourquoi?
Dans son livre Le labyrinthe belge, le journaliste et écrivain Geert van Istendael décrit le gantois comme une langue brute, mais attendrissante, qui lui fait penser à un charbonnier qui berce un enfant. Son rapport au dialecte gantois est donc assez ambigu, et il n’est pas le seul dans ce cas. Dans les faits, de nombreux néerlandophones nourrissent des sentiments mitigés à l’encontre des langues régionales et des dialectes locaux. D’un côté, ils chérissent ces idiomes qui rapprochent, qui leur rappellent leurs jeunes années, et dont le nerf et le caractère font passer le néerlandais standard pour une langue aseptisée et sans saveur. D’un autre côté, les usagers des dialectes et des langues régionales sont mal vus, comme si leur parler dénotait un manque de tact, d’intelligence ou de civilisation. Ainsi, chez les locuteurs, la fierté se mêle souvent à la honte; une attitude quelque peu schizophrénique qui s’explique notamment par une obligation de changer de variante en fonction de la situation.
➤➤➤ Pour en savoir plus, lisez l’article original d’Anne-Sophie Ghyselen sur le site des plats pays.
Dans notre nouvelle série DURF: Les stars de Flandre, le néerlandais en vrai, découvre la « tussentaal ». Cette langue parlée, entre néerlandais standard et dialectes flamands, n’est pas celle qu’on apprend à l’école, mais on l’entend partout.