Il est des réalités si effroyables que l’on préfère ne pas y penser, et moins encore en parler. C’est pourtant précisément ce qu’ont choisi de faire les auteurs du nouveau documentaire de Woestijnvis, « Het bestaat » [Cela existe, ndlr]. Il est ici question d’abus sexuels sur mineurs. Au fil de trois épisodes, les réalisateurs donnent la parole à des victimes, à des experts, mais aussi à des auteurs de tels actes. Parmi eux figure même Sven Pichal, ancien visage de la VRT, qui a été pris en possession d’images à caractère pédocriminel. Que les choses soient claires : rien ne peut, en aucun cas, justifier de tels actes. L’objectif, en l’occurrence, consiste plutôt à éviter qu’ils ne se reproduisent.
Selon les experts, 1 % des hommes – soit entre 45 000 et 50 000 personnes en Belgique – éprouveraient une attirance sexuelle pour les enfants. La plupart d’entre eux, heureusement, ne passent jamais à l’acte. Un accompagnement approprié permettrait toutefois d’en réduire sensiblement le risque. Mais encore faut-il pouvoir en parler quelque part. C’est précisément la raison d’être de Stop it Now!, une ligne d’aide confidentielle à laquelle ces personnes peuvent s’adresser. Toute la difficulté est là : pour demander de l’aide, elles doivent accepter de confier à quelqu’un ce qu’elles préféreraient sans doute ne jamais avoir à révéler.
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Le message porté par les auteurs de « Het bestaat » et les experts n’est donc pas facile à entendre. Pour les 99 % restants de la société, une telle réalité est presque inconcevable. En effet, comment peut-on éprouver une attirance sexuelle pour des enfants, sans même parler de passer à l’acte ? Rien que cette idée suscite dégoût et répulsion. D’autant que notre mémoire collective reste marquée au fer rouge par une série d’affaires sordides. Marc Dutroux et Roger Vangheluwe. Un tueur en série et un évêque pédophile qui a abusé de membres de sa propre famille.
Voilà pourquoi il importe tant d’établir une distinction. Ceux qui sont aux prises avec de telles pulsions doivent avoir la possibilité d’être aidés avant qu’il ne soit trop tard. Ils n’ont pas choisi d’éprouver ces attirances. Faire comme si ces personnes n’existaient pas constitue un risque que nous ne pouvons ni ne devons prendre. Pour elles, certes, mais surtout pour nos enfants.
Quant à ceux qui ne parviennent pas à se maîtriser et franchissent la ligne rouge, ils relèvent de la justice. On peut, jusqu’à un certain point, comprendre la détresse d’une personne aux prises avec une addiction, bien que cela ne l’exonère en rien de sa responsabilité lorsqu’elle commet des actes répréhensibles. Au fond, il suffit de voir les choses sous cet angle : si nous parvenons à accompagner ne serait-ce qu’une seule personne confrontée à ce type d’attirance et à l’empêcher de passer à l’acte, alors nous aurons sauvé la vie d’un enfant.