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« Abandoned, boarded-up, and for sale »

Tim Green

7 avril 2016

Opération Calice : six ans d’enquête pour rien

L’opération Calice (Kelk en néerlandais) est le nom donné à l’enquête judiciaire sur les abus sexuels commis sur des enfants et la possible tentative pour étouffer l’affaire au sein de l’Eglise catholique en Belgique.

 

Il était écrit dans les étoiles que la grande enquête fédérale sur les abus sexuels dans l’Église ne mènerait nulle part. Opération Calice : six ans d’enquête pour rien, de l’argent jeté par les fenêtres, une perte d’énergie. Mais il y a encore plus grave : beaucoup de faux espoirs pour les victimes déjà lourdement marquées et contraintes, une nouvelle fois, de se rappeler tous ces pénibles événements.

Pourtant, ce n’est pas un échec parce que la justice n’a pas voulu explorer le fond du dossier. Tout le
monde se souvient encore du dynamisme peu commun avec lequel le juge d’instruction Wim De Troy
et ses troupes ont débarqué à l’archevêché de Malines Bruxelles. Ce n’était pas une simple visite de courtoisie.

« Les choses sont allées très loin, jusqu’à forer des trous dans le sol de la crypte »

Les choses sont allées très loin, jusqu’à forer des trous dans le sol de la crypte ; un témoin
avait en effet indiqué que le cardinal y avait caché des documents secrets. Bien sûr, cela n’a rien
donné. Même si de nombreux cartons contenant de la correspondance ont été saisis, dont des cartes
de voeux du Roi (mince alors !), on n’a rien trouvé qui puisse être de quelque utilité devant un tribunal.

Tout le monde le savait déjà à l’époque : la quasitotalité des abus consignés, quelle que soit leur
gravité, étaient désespérément prescrits. Même en prolongeant le délai de prescription à quinze ans.
La justice n’a pu qu’en faire le constat. Ce qu’a également annoncé le parquet fédéral hier. Une gifle
de plus pour les victimes, c’est certain, mais on ne peut rien y faire.

Le tribunal s’est focalisé sur l’abstention coupable dans le chef du Cardinal Godfried Danneels, des
évêques et des supérieurs de congrégations. Les « Cassettes Danneels » avaient en effet révélé que
l’archevêque était au courant des abus commis par Roger Vangheluwe et qu’il avait naturellement
étouffé l’histoire. Des archevêques et des supérieurs des Frères n’en sortaient pas indemnes non
plus. Mais toute personne s’y connaissant un tant soit peu en questions juridiques sait que rien n’est
plus difficile que de fournir la preuve d’une abstention coupable. Il ne suffit pas d’être au courant de
quelques éléments d’un délit, il faut que la douleur se soit fortement aggravée par votre négligence
pour pouvoir être puni. Et la justice est à présent libérée de cet exercice délicat de réflexion. Si les
faits sur lesquels porte l’abstention coupable sont prescrits, alors l’absence coupable de prévoyance
l’est aussi. Le Cardinal Danneels, l’archevêque Léonard et le supérieur général Stockman peuvent
dormir sur leurs deux oreilles. La justice ne peut plus rien tenter contre eux.

« Vangheluwe vit toujours caché. Une vallée tranquille, quelque part en France. »

Les avocats des victimes déclarent qu’ils vont demander des compléments d’enquête et que « l’affaire
n’est pas encore terminée ». Pourtant les chances sont minces d’en obtenir encore quelque chose de
substantiel. Mais ce ne sera rien d’autre qu’un petit combat dans la marge. Car on dirait bien que le
rideau est tombé. Vangheluwe vit toujours caché. Une vallée tranquille, quelque part en France. C’est
Rome qui a tout organisé pour lui, et les chances sont faibles de le voir ressortir en pleine lumière. Il a
déjà causé assez de scandale, pour des faits dont le délai de prescription est l’éternité.

D’autres articles traduits de José Masschelin, journaliste au Laaste Nieuws depuis plus de 30 ans

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