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La condamnation pour racisme de Dries Van Langenhove est… une injustice
01·06·26

La condamnation pour racisme de Dries Van Langenhove est… une injustice

Temps de lecture : 3 minutes
Bart Eeckhout
Auteur
Dominique Jonkers
Traducteur Dominique Jonkers

La condamnation pour racisme et pour incitation à la haine et à la violence qui vient d’être prononcée contre Dries Van Langenhove est une injustice. Qu’un éditorial du Morgen lance une telle affirmation peut paraître surprenant – voire choquant. Mais ce qui est dit est dit. Point.

Entendons-nous bien : Dries Van Langenhove est bel et bien un activiste d’extrême droite, et il a un casier judiciaire. La discrimination et la remise en cause des droits des personnes en fonction de leur origine constituent la pierre angulaire de son engagement politique. Sa vision de la société est condamnable, et les racines idéologiques sinistres et fascisantes qui la sous-tendent sont pleinement assumées.

Lorsqu’il a été condamné en appel, dans un précédent dossier d’incitation au racisme et au négationnisme, le jugement m’avait semblé correct. L’arrêt avait alors démontré, de manière détaillée, que ses activités au sein de Schild & Vrienden relevaient bien moins de simples plaisanteries ou de mèmes déplacés que d’une structure d’incitation à la haine et à la violence à l’encontre de groupes ethniques ou religieux, y compris les Juifs.

Or dans le dernier jugement en date, c’est précisément là que le bât blesse : la motivation de la condamnation est, au pire, inexistante, et au mieux, fragile.

Dries Van Langenhove, un précieux « martyr » pour le Vlaams Belang

Elle porte sur une conférence présentée par Dries Van Langenhove devant le NSV[1] dans un auditoire de la KU Leuven. Le juge considère qu’il s’y serait « exprimé à plusieurs reprises de manière dénigrante à l’égard des personnes appartenant à ce(s) groupe(s) (ethniques) et aurait délibérément incité son public à la haine ou à la violence à leur encontre ».

Or, les éléments de preuve avancés dans ce jugement de quatorze pages semblent particulièrement maigres. Le juge cite longuement des extraits de la conférence : des propos souvent condamnables, choquants, offensants, parfois tout simplement inexacts. Et ainsi, le juge estime l’incitation à la haine, à la violence et au racisme « établie ». C’est une approche risquée, car à aucun moment, cette incitation n’est établie de manière concrète.

Et c’est justement pour cela que ce jugement est sujet à caution — et, à mes yeux, injuste — mais surtout dangereux : il ouvre la voie à une interprétation excessivement large de la législation réprimant l’incitation à la haine et au racisme, au risque de glisser vers une restriction des libertés et une répression des idées.

Il faut le rappeler : la liberté d’expression est un droit fondamental dont l’objet n’est pas tant (ou pas uniquement) la protection d’opinions consensuelles, mais aussi celle d’opinions choquantes, dérangeantes ou condamnables. Si les propos de Van Langenhove cités dans le jugement sont offensants, ils ne sortent pas pour autant des limites de ce droit fondamental.

« Mais toi, ce n’est pas pareil »: quand le racisme ordinaire persiste en Belgique germanophone

Dès lors, cette nouvelle condamnation de Dries Van Langenhove offre au monde politique et à notre société une opportunité. Dans la « législation anti-haine » actuelle, il y a quelque chose qui cloche. Il conviendrait de limiter strictement son champ d’application aux appels explicites et concrets à la violence contre des personnes. À défaut, c’est la liberté d’expression qui risque de s’éroder sous l’effet d’une surprotection de notre société contre les opinions jugées « inadéquates ».

Cet appel, je l’adresse tout particulièrement aux responsables politiques progressistes.

Lisez ce jugement.

Prenez conscience du risque de voir vos propres opinions, dans des contextes moins favorables, entrer elles aussi un jour dans le champ d’application du droit « anti-haine ». Prenez l’initiative, et réformez ces textes.

Ne jouez pas le jeu des J.D. Vance et autres extrémistes de tout poil. Ne donnez pas à Dries Van Langenhove l’occasion de jouer les martyrs. Au contraire, revendiquez la liberté d’expression pour ce qu’elle est : une valeur fondamentale, à la fois progressiste et libérale.

[1] NdT : Nationalistische Studentenvereniging – organisation estudiantine nationaliste flamande

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