La Belgique aura-t-elle un jour son Macron ?

14 juin 2017 | Auteur : | Traducteur : Guillaume Deneufbourg | Temps de lecture : 2 minutes

Au Palais Bourbon, siège de l’Assemblée nationale française, aucune salle de réunion n’est assez grande pour accueillir les prochaines réunions de fraction de La République en Marche (LREM). Le constat est anecdotique, mais nous offre néanmoins une indication des bouleversements politiques qui s’opèrent en France. Le mouvement du nouveau président, qui n’existait pas il y a un an et demi, pourrait s’adjuger 80 % des sièges à l’issue des législatives : du jamais vu.

La presse française a dans l’intervalle trouvé le surnom du nouveau président : « Jupiter 2.0 ». Parmi les victimes du tonnerre présidentiel, la quasi-totalité des autres partis : la droite traditionnelle, les populistes des deux côtés du spectre, mais aussi et surtout le Parti Socialiste de l’ancien président Hollande. Pour son ami belge Elio Di Rupo, qui vient de passer une semaine effroyable avec le scandale du Samusocial, les temps sont durs. Qu’adviendra-t-il de son PS en 2018 et 2019 ?

Il est tentant de prononcer la mort définitive de la social-démocratie. Reconnaissons que ses partisans font tout pour y parvenir, à tous les niveaux. Mais qui oserait encore se hasarder à des pronostics après les surprises électorales qu’a connues le monde occidental au cours de l’année écoulée ? Les socialistes pourraient en effet tout aussi bien se sentir revigorés par l’étonnante victoire du parti travailliste au Royaume-Uni, un parti dont le leader, Jeremy Corbyn, avait été qualifié d’ami des terroristes peu après les derniers attentats. Non, il est difficile de dégager des tendances claires au sein des électeurs occidentaux. Après le Brexit et Trump, l’Union européenne s’attendait au pire. Mais quelques mois plus tard, le candidat le plus pro-européen qui soit a été élu à la présidence française et le parti qui a déclenché le Brexit – l’Ukip – a été rayé de la carte.

On peut toutefois souligner une constante : les électeurs détestent les politiques qui se montrent incohérents avec les grands principes qu’ils défendent et sanctionnent sans pitié ceux dont l’intégrité est remise en cause. Le parti travailliste néerlandais en a également fait la cruelle expérience, au même titre que François Fillon. Les imposteurs paient le prix fort.

De l’autre côté, il y a l’immense espoir de changement qu’incarne Emmanuel Macron. Une sorte de « Yes, we can » à la française. Mais sera-t-il à la hauteur des espérances ? Par rapport à Obama, Macron a l’avantage d’une gigantesque majorité parlementaire. Sauf que la pression sur ses épaules sera encore plus forte. Dans cinq ans, s’il ne tient pas ses promesses, Jupiter sera foudroyé comme les autres.

Posons-nous la question suivante : avons-nous dans notre pays un Macron ou un Corbyn ? Côté flamand, Groen ne ménage pas ses efforts pour surfer sur la vague. Mais en attendant l’improbable éventualité d’un exploit électoral de Wouter Van Besien à Anvers, son parti restera un acteur modeste de la scène politique. Il est possible que la Flandre ait déjà eu son Macron, en la personne de Bart De Wever et de sa N-VA, qui est passée en 11 ans d’un seul siège parlementaire à une hégémonie absolue, sur tous les fronts. En Wallonie, Raoul Hedebouw présente toutes les caractéristiques du nouveau Messie, mais que Dieu nous préserve du jour où il pourra mettre son programme en œuvre. Il ne doit en tout cas pas craindre que le PS profite d’un scénario à la Corbyn : si Laurette Onkelinx et Elio Di Rupo s’estiment capables d’incarner le renouveau, c’est que notre pays n’a pas encore touché le fond.

 

 

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Traducteur : Guillaume Deneufbourg
Auteur :
Date de publication : 13/06/2017