L’hypocrisie des carnivores que nous sommes

28 mars 2017 | Auteur : | Traducteur : Guillaume Deneufbourg | Temps de lecture : 2 minutes

L’hypocrisie est un vice collectif. Les mots paraissent durs, mais sont à prendre comme un aveu de culpabilité. Que celui qui n’a jamais péché jette la première pierre.

La vue des horreurs infligées aux cochons de Tielt (qui ne sont hélas certainement pas les seuls) a légitimement conduit à une vague d’indignation. Ces réactions émotionnelles sont pavées de bonnes intentions. Puissent-elles nous sensibiliser aux traitements réservés à ces animaux, qu’ils soient abattus avec ou sans étourdissement.

Mais ceux-là mêmes qui se disent scandalisés par cette barbarie se réjouissent, avec la même énergie, de l’ouverture prochaine d’une grande chaîne de fast-food dans notre pays. Croient-ils vraiment que les animaux de la restauration low-cost sont abattus avec plus de dignité ?

L’horreur de Tielt fait naître des questions qui dépassent l’enceinte des abattoirs. En définitive, le sort des cochons est comparable au bric-à-brac vestimentaire des magasins Primark et aux rayonnages d’autres enseignes du même acabit qui nous refourguent des produits fabriqués dans des conditions qui s’apparentent aux ténèbres, et dont la durée de vie dépasse à peine une saison. Toutes proportions gardées, les enfants esclaves exploités dans les usines de confection ne sont finalement pas beaucoup mieux lotis que les porcs de Tielt.

Il est facile de s’indigner face à la consommation de masse en faisant valoir des principes moraux d’un ordre supérieur. Pour de nombreux consommateurs, une côtelette achetée au supermarché ou un chemisier trouvé au fond d’une manne de vêtements vendus en vrac est la seule manière de se rapprocher de notre idéal collectif de prospérité, de croissance et de consommation. L’abattoir de Tielt n’est autre que l’aboutissement du processus par lequel nous conformons notre économie et notre société à notre logique d’évolution.

Il faudrait idéalement changer les choses, ne serait-ce que pour préserver un tant soit peu notre planète. Nous le savons pertinemment, et tout ce que nous voyons dans les abattoirs de Belgique, ou dans les fabriques de smartphones en Asie, nous le rappelle.

Nous voulons mettre un terme à de tels excès ? Il ne nous reste qu’une option : renverser notre ordre économique et sociétal. Ne plus croire à la croissance comme principe politico-économique suprême, en revenir à ce que le philosophe Tim Jackson a appelé la « culture de la parcimonie ».

Mais le voulons-nous seulement ? Pas si sûr. Nous crions à l’envi que nous voulons moins de viande, moins de t-shirts, moins de voyages en avion, moins de ceci, moins de cela… Mais l’évolution du chiffre d’affaires de McDonald’s, d’Apple, de Primark et de Zalando indique tout le contraire.

Nous semblons bel et bien condamnés à ces vagues d’indignation successives, qui se répéteront inlassablement, que ce soit pour des porcs égorgés ou des enfants esclaves. Et dans l’instant d’après, nous ressortirons notre nouveau téléphone de notre poche d’un geste nonchalant pour savoir si le rôti est déjà dans le four.

L’écrivain flamand Gerard Walschap le disait déjà en son temps  : « l’être humain, c’est à n’y rien comprendre. »

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De Morgen

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Traducteur : Guillaume Deneufbourg
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Date de publication : 25/03/2017