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25 octobre 2016

Voitures de société virtuelles : un nouvel exemple de surréalisme à la belge

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Aucun parti majoritaire n’ose se mettre à dos la classe moyenne la plus aisée en lui retirant le luxueux cadeau que sont les voitures de société. Pourtant, ce dossier tabou bouge plus rapidement que bon nombre d’observateurs ne l’avaient anticipé. S’ils rendent leur voiture de société, les travailleurs reçoivent, comptant, entre 300 euros par mois pour une Renault Megane moyenne et 600 euros pour une luxueuse Audi A6. Pour désigner cet argent, on parle de « budget mobilité », mais le travailleur est libre d’en disposer comme il l’entend. Il s’agit simplement d’une rémunération. Ou, plus précisément, d’un complément de salaire à peine imposé qui n’ouvre aucun droit de pension et sur lequel seules de maigres cotisations sociales sont retenues. Une rémunération spéciale, en somme. Ces montants sont suffisamment élevés pour semer le doute parmi les travailleurs. Dans les cantines, les débats promettent d’être agités. Ce plan a donc un mérite.

Deux catégories de salariés

Mais il est mince. Car cette initiative fait courir de grands risques à l’État. En théorie, elle n’aura aucune conséquence sur le budget. En revanche, elle créera deux catégories de salariés : ceux qui bénéficient d’un régime fiscal préférentiel, et les autres. Les employeurs s’efforceront, dans la mesure du possible, d’octroyer une augmentation de salaire avantageuse à leurs employés. Mais les retombées pour le trésor public et la sécurité sociale seront négligeables.

Avec le budget mobilité, le gouvernement s’enfonce donc encore un peu plus dans le dédale fiscal. Certes, les bénéfices et déductions permettent aux salariés lourdement imposés qui appuient les autorités de respirer un peu. Mais ils sont répartis de manière inégale. Ce dont nous avons besoin, c’est d’une grande réforme, à l’image de celle de l’impôt des sociétés. Il faut abolir tous les régimes préférentiels pour mettre en place un barème fiscal uniforme, transparent et raisonnable. Les choses ne fonctionnent pas ainsi, malheureusement.

le parc automobile qui roule au diesel peut continuer à croître

Si l’on analyse la situation avec un peu de recul, on n’y voit rien d’autre qu’une illustration du fameux surréalisme belge. L’État a commencé par subventionner lourdement l’octroi de voitures de luxe et de cartes carburant. Mais alors que les routes se congestionnent, que le nombre d’accidents continue de connaître de sommets et que la qualité de l’air est devenue la pire d’Europe, il ne supprime pas ces subventions. Non : il en accorde désormais également aux voitures virtuelles. Entretemps, le parc automobile qui roule au diesel peut continuer à croître. Tous les coûts liés à l’environnement et à la santé restent à la charge de l’État. Et ceux qui ne reçoivent pas de voiture sont également mis à contribution.

Une consolation, cependant : à présent que la brèche de l’alternative fiscale est ouverte, il sera possible d’imposer les voitures de sociétés plus lourdement. Elles sont devenues un chapitre fixe des négociations. À ce titre également, le récent accord budgétaire a donc donné le ton.

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